‹ Henri Heine, penseurChapitre 44 sur 188 · I, 187 ss.; III, 394 s · texte numérisé non relu

I, 187 ss.; III, 394 s

vers un hôpital, dans la mort le médecin toujours prêta guérir les maux de l'humanité avec son remède unique et infaillible, son éternel somnifère. Lorsqu'il regarde, à Lucques, une procession défdant la nuit à travers les rues éclairées, parmi la foule compacte, sous les 3eux des jeunes filles fraîches et fleuries qui se pressent aux fenêtres, il lui semble voir « la Vie elle-même qui célèbre son mariage avec la Mort et a invité à la fête la Jeunesse et la Beauté ». Le cortège lui apparaît comme un défdé d'incurables qui se traînent lamentablement vers la tombe : « C'était certainement la Mort en personne que je vis aux côtés d'un prêtre pâle et soucieux ; elle lui tenait de ses mains sèches et tremblantes le cierge qui pétillait, lui faisait de son pauvre chef dépouillé des signes d'amitié et tout encourageants ; et quelque peu solide qu'elle fût elle-même sur ses jambes, elle soutenait encore de temps à autre le pauvre prêtre, qui pâlissait davantage à chaque pas, et semblait vouloir s'évanouir. La mort avait l'air de lui souffler du cœur, et de lui dire : « Attends encore quelques petites heures, nous rentrerons; alors j'éteindrai le cierge, et je te mettrai au lit, et tes jambes froides et fatiguées pourront se reposer, et tu dormiras d'un sommeil si profond, que tu n'entendras pas la cloche plaintive de Saint-Michel. » Comme Nietzsche, Heine se révolte contre cette vision pessimiste de l'univers. Mais au lieu de prendre parti comme le « dur » Zarathustra contre les malvenus et les dégénérés, au lieu de montrer dans le christianisme la grande révolte des esclaves contre les maîtres, des décadents contre les hommes sains, il se laisse gagner par la pitié et conclut : « Je ne veux pas écrire contre cet homme, me dis-je, en voyant le pauvre prêtre pâlissant, que la Mort incarnée, son cierge à la main, allait mettre au lit'. »

Et de même qu'il ne se pose pas en adversaire irréconciliable du christianisme, Heine se garde aussi d'afficher contre l'Eglise catholique l'inimitié aveugle d'un fanatique. Il se

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