‹ Henri Heine, penseurChapitre 47 sur 188 · Lettres, XIX · texte numérisé non relu

Lettres, XIX

SES IDliES REMGIEUSES ET POLITIQUES AVANT 1831 71

qui se déverse du pays des Francs sur la Germanie, « apjjortantla honte et riiumilialion dans la pieuse patrie allemande », de l'entendre évoquer le souvenir des signaux de feu allumés sur les montagnes lors de la guerre d'indépendance; célébrer les héros allemands, les descendants de Hermann, pareils à des lions — « les héros ne sont point engendrés par des colombes » — et cependant doux et humains aussi ; exalter les vertus de la femme allemande qui se penche, infirmière dévouée, sur le lit de douleur des héros blessés dans la guerre sainte, tandis que les « beautés de la Seine n'ont d'amour que pour l'or vénal » ; terminer enfin sa pièce par une invocation à la reine Louise et par le cri de « Gloire et prospérité à l'Empire allemand ! ^ » — De même, dans une poésie qui date vraisemblablement de ses années de Bonn, Heine oppose à la corruption de l'époque présente la grandeur du bon vieux temps « où les bonnes mœurs et la vertu marchaient sans faste la main dans la main, où la jeunesse avec une crainte respectueuse se levait devant les vieillards; — où pas un jeune homme ne trompait une jeune fille avec des soupirs à la mode, où nul despote ingénieux n'érigeait le parjure en système ; — où une poignée de main valait plus que les serments ou les actes notariés, où dans l'armure de fer il 3avait un homme, et dans l'homme un cœur' ». Et le 18 octobre, jour anniversaire de la bataille de Leipzig, Heine s'était rendu avec ses camarades sur le Kreuzberg, s'était accroupi avec eux devant le feu de joie allumé parmi les ruines du Di'aehonfels, avait comme eux poussé un vivat en l'honneur de Bliicher et de la liberté allemande, entonné « le chant des saintes victoires de l'Allemagne », vidé des cruches de vin du Rhin « à la prospérité de l'Allemagne » — et rapporté de cette expédition un bon rhume de cerveau^.

1. Voir la poésie intitulée Deulschland, publiée en 1829 dans les AUrjemeine Unterhaltungshldlter zur Verbreitung des Schônen, Guten und NïdzUchen, V, 246 s., et remise au jour récemment par Elster, IJeines ersles Gedicht, Deutsche Dichtung. XXV, 7.

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