Treitschke, Deutsche Geschichte, II, 540, ii7C
que? années plus tard, mêmes persécutions: toutes les associations* universitaires sont impitoj^ablement dissoutes par la police et une trentaine d'étudiants chassés de Berlin; les étudiants polonais soupçonnés de menées démagogiques contre la Russie sont encore plus maltraités : les uns sont jetés en prison, les autres se hâtent de se soustraire par la fuite aux rigueurs de la police \ Pour devenir l'adversaire de la réaction féodale et cléricale qui se déchaîne en Allemagne, Heine n'a qu'à se laisser aller au courant qui entraîne à ce moment vers le libéralisme une grande partie de la jeunesse studieuse.
Rien de plus confus d'ailleurs que ce libéralisme teinté de romantisme qui fleurit parmi les membres de la Durschenschaft. Il peut convenir aux tempéraments les plus opposés. Et l'on trouve dans les rangs des Bw'schen, à côté de libéraux ou radicaux, de futurs conservateurs comme Léo ou Stahl, Hengstenberg, Menzel ou Jarcke. Heine les coudoie, à ce moment, sans pressentir le moins du monde les divergences fondamentales qui les sépareront plus tard ; il concilie sans difficultés l'idéal nationaliste et romantique des « teutomanes » avec les convictions démocratiques toujours plus avancées qui se font jour en lui. Ces deux courants d'idées, cependant, divergeaient trop pour que Heine ne dût pas, tôt ou tard, prendre conscience de l'écart qui les séparait et opter pour l'un ou pour l'autre. Ce moment vint pour lui vers 1821 : à partir de celte époque, nous le voyons s'éloigner de plus en plus du nationalisme et se rapprocher du parti de la « révolution ».
Deux faits surtout paraissent avoir révélé à Heine les divergences qui le séparaient des teutomanes : son exclusion de la Bnrchenschaft vers la fin de son séjour à Gottingen - et son
1. H. Hïiffer, Aus dem Leben IL Reines, Berlin, 1878, 74 ss. Cf. Slrodlmann, lleines Leben und Werke, Z" éd. llamburg 1884, I, 66. 132 s.
2. Les circonstances dans lesquelles Heine s'est brouillé avec laBurschenschaft sont mal connues. La légende d'après laquelle Heine aurait été exclu, pour infraction au code de morale en vigueur parmi les Burschen, A cause de la nature spéciale de la maladie qui l'avait retenu à Gottingen en janvier 1821, au moment où il recevait le consilium abeundi,
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aversion pour rantisémitisme et la gallophobie qui sévissent parmi les Burschen. Il s'irrite, dès lors, contre Tétroitesse de leur patriotisme. A partir de 1822 on trouve dans sa correspondance ces diatribes humoristiques contre TAUemagne et les Allemands qui ont si fort indisposé Topinion contre lui et lui ont valu sa réputation de sans-patrie : « Tout ce qui est allemand fait sur moi Teffet d'un vomitif » ! ou bien : « Je n'aurais jamais cru que ces bêtes qu'on nomme Allemands soient une race si ennuyante et malicieuse M » ou encore : « Je ne suis point Allemand... et, si je l'étais, je ne m'en ferais pas gloire. Oh ! ce sont des barbares ! Il n'y a que trois peuples civilisés : les Français, les Chinois et les Persans. Et je suis fier d'être Persan ! w. Il parle des « Vieux Allemands » comme de ses pires ennemis". Il oppose, dans ses Lettres de Berlin, à l'étroitesse sectaire des teutomanes le véritable amour de la liberté qui n'a pas sa source dans la bouteille d'eau-de-vie et ne se fonde pas sur la gallophobie et l'égoïsme national. Il déclare que son amour pour l'Allemagne et les Allemands ne l'empêche pas d'aimer les habitants du reste de la terre dont le nombre dépasse quarante fois celui de tous les Allemands et que, par suite, comme l'amour donne à l'homme sa vraie valeur, il vaut aussi quarante fois plus que ceux qui ne peuvent pas se dégager du bourbier de l'égoïsme national. Il raille les lieder de Kôrner, ces vers fades, niais, plats, sans poésie qui enthousiasmaient jadis les combattants de la guerre de l'indépendance et font pâmer d'aise aujourd'hui encore les « vierges allemandes » de Berlin; et, s'excusant de parler sur un ton d'amère moquerie de choses sacrées pour d'autres personnes, il conclut : « Mon âme est trop ardemment amoureuse de vraie
paraît être une simple supposition que ne confirme aucune preuve sérieuse. 11 est plus vraisemblable que l'intolérance sectaire et le nationalisme agressif des Bî/recAe/i ont dû froisser Heine. Peut-être aussi Massmann que Heine a plus tard si cruellement persiflé s'est-il trouvé mêlé à cette affaire, ce qui expliquerait la longue rancune du poète. Voir G. Karpeles, H. Heine, Ans seinera Leben und aus seiner Zeit, Leipzig, 1899, p. 111.