III
sion étrangère. Mais les rois en ont usé envers lui comme ce négrier qui pendant une tempête avait promis à ses esclaves la liberté s'ils aidaient à sauver le navire et qui, le danger une fois passé, s'était empressé de les remettre à la chaîne, de les replonger dans les ténèbres de la cale où ils avaient désormais tout loisir de se livrer à de très démagogiques réflexions sur les promesses des marcliands d'âmes'... Le patriotisme apparaît, somme toute, à Heine soit comme une pose où se complaisent des intrigants ou des toqués, soit comme une passion généreuse mais aveugle que les grands de la terre ont adroitement encouragée, savamment attisée pour, finalement, l'exploiter à leur profit.
Et pourtant Heine, malgré son aversion pour le patriotisme phraseur, malgré ses sympathies hautement avouées pour la France et la culture française, n'en affirme pas moins avec énergie son amour passionné pour l'Allemagne et le génie allemand. Rien de plus significatif à cet égard que la lettre si curieuse qu'il adresse en 1824 à R. Christiani-. Après avoir décoché contre les « fous noirs » une série de plaisanteries, il déclare de la façon la plus catégorique à son ami qu'on se tromperait fort si l'on s'imaginait qu'il s'efforce à dessein de se dépouiller de sa nature d'Allemand. Bien au contraire. Il sait à n'en pas douter qu'il est « une bête très authentiquement allemande », que l'élément germanique lui est aussi nécessaire que l'eau au poisson, qu'il passerait « à l'état de morue sèche » s'il prétendait sauter hors des flots vivifiants du germanisme, qu'il aime, au fond, le génie allemand a plus que tout au monde », que son cœur est « un temple du sentiment allemand » et ses livres « des archives de poésie allemande ».
11 est assez malaisé, dans ces conditions, de résoudre la question si souvent débattue de savoir ce qu'il faut penser du patriotisme de Heine. On ne manque pas, évidemment, d'arguments spécieux lorsqu'on le dépeint comme un juif rhénan