‹ Henri Heine, penseurChapitre 55 sur 188 · Lettre à Sethe, 21 janvier · texte numérisé non relu

Lettre à Sethe, 21 janvier

d'autre issue pour lui que d'obtenir une fonction publique qui assurerait son indépendance tout en lui laissant des loisirs. Et à mesure qu'il voit plus clairement l'impossibilité pour lui d'arriver à ses fins, il sent grandir aussi son ressentiment contre la société. A partir de 1826 environ, quand il se rend compte que sa conversion au christianisme ne l'a nullement rapproché du but qu'il poursuit, son attitude se fait plus hostile. Il insiste auprès de W. Millier sur la nécessité de combattre à outrance « le mal qui s'enfle d'orgueil et la médiocrité qui se pavane de si insupportable façon ^ ». Ses Reisebildei' deviennent toujours plus agressifs. Au lendemain de la publication du second volume, il énonce dans les termes les plus nets sa résolution de se jeter dans la lutte politique : « Je puis faire beaucoup, écrit-il à son ami Moser; j'ai maintenant une voix qui se fait entendre au loin ; souvent encore tu l'entendras tonner contre les sergents de ville de la pensée et les oppresseurs des droits les plus sacrés. J'obtiendrai, dans l'université des grands esprits, une chaire de professeur très extraordinaire ^ « — Et le troisième volume doit encore dépasser le second : ce sera, dit-il, un vaisseau de guerre armé plus formidablement encore, avec une artillerie d'un plus fort calibre pour laquelle il a inventé tout exprès une poudre nouvelle^. — Pourtant Heine, même à ce moment, ne demanderait pas mieux que de se réconcilier avec les autorités. Pendant son séjour à Munich il fréquente les cercles aristocratiques de la capitale bavaroise, se lie avec le ministre Edouard de Schenk, cherche à se faire bien voir du roi luimême. Son but est de se faire nommer à l'université de Munich, et il est certain que si cet espoir s'était réalisé, il aurait mis une sourdine à ses accents belliqueux '*. Il serait

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