‹ Henri Heine, penseurChapitre 56 sur 188 · Ibid. XX · texte numérisé non relu

Ibid. XX

4. Dans une lettre à Cotta [Lettres XX, 72), Heine demande au célèbre éditeur de le recommander au roi de Bavière et ajouta : « Es kiime mir auch sehr zu gute, wenn sie ihm andeuten woUten : der Verfasser selbut sei viel m'ilder, besser, und vielleicht jetzt auch ganz anders, als seine fniheren Werke. Ich denke, der Konig istweisegenug, dieKlinge nurnach

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injuste de vouloir conclure de là qu'il était prêt à se vendre pour une place avantageuse. La conduite de Heine en cette circonstance n'avait rien d'héroïque, mais rien de méprisable non plus. Il n'a jamais songé à vendre sa plume et personne n'a songé à l'acheter. Mais il eût été fort aise de faire une paix honorable avec les puissants du jour et d'obtenir une situation qui lui agréait, sans d'ailleurs abdiquer le moins du monde sa hberté de penser et d'écrire. Cette attitude n'est pas, assurément, celle qui convient à un chef de parti. Mais Heine ne songeait pas, en 1828, à se poser en homme politique et il a toujours été plutôt poète que tribun. Je ne vois pas qu'il faille nécessairement l'en blâmer. Surtout il n'y a pas lieu, pour ce motif, de suspecter la sincérité de ses convictions démocratiques. Si Heine était devenu professeur d'université, l'apostolat politique aurait probablement tenu une moindre place dans son existence et dans son œuvre, mais il n'aurait, selon toute vraisemblance, rien renié de ses convictions et serait demeuré un adepte fervent de la religion de liberté et d'égalité qu'il a préchée dans ses écrits. — Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, les ambitions universitaires de Heine échouèrent. Le parti ultramontaiii, peu soucieux de voir l'auteur des Reiscbilder occuper une situation influente dans la capitale de la Bavière, intrigua contre lui, et le roi refusa finalement de ratifier la nomination que lui proposait le ministre von Schenk. Heine se vit ainsi de nouveau rejeté dans l'opposition. Et dans les troisième et quatrième volumes des Reisebilder il poursuit, dès lors, la campagne en faveur des idées libérales avec une ardeur redoublée.

La ferveur de Heine pour les principes de la Révolution

ihrer Scharfe zu schàtzen, und nicht nach dem etwa guten oder schlimmen Gebrauch, der schon davon gemacht worden. » — Vers la même époque nous voyons Heine en relations suivies avec Wit de Dorring, un aventurier de lettres très médiocrement recommandable et notoirement à la solde du duc de Brunswick ; Heine s'efforce même d'obtenir par son intermédiaire un ordre brunswickois voir Elster, Detitsche Rundschau, t. 91, p. 379, ss.

SES IDÉES RELIGIEUSES ET POLITIQUES AVANT 1831 Slj

s'alliait, comme on sait, à Tenthousiasme le plus passionné pour Napoléon ^ .

Lorsqu'on cherche à s'expliquer comment est né, chez notre poète, le culte napoléonien, on observe d'abord qu'il n'est pas seul, loin de là, à allier ainsi le bonapartisme au libéralisme. On sait le revirement rapide qui, au lendemain de la chute de l'Empire, se produisit dans l'opinion en faveur de Napoléon, et cela non pas seulement en France, mais dans toute l'Europe, notamment en Allemagne. Une fois qu'il a cessé d'être un danger public, on cesse aussitôt à voir en lui « l'ogre de Corse ». La Sainte Alliance avait deux ennemis : la Révolution et Napoléon. Or, à mesure que se montrent plus clairement les tendances réactionnaires de la Restauration, à mesure que l'opinion se retourne contre les gouvernements qui ont déçu les espérances des patriotes, à mesure que renaissent les S3'mpathies pour les principes de la Révolution, la haine de Napoléon tend à s'atténuer. On s'apitoie sur les infortunes du titan foudroyé; on s'indigne contre la perfidie britannique qui traite en captif le grand vaincu qui était venu demander l'hospitalité de l'Angleterre; on oublie peu à peu les sanglantes catastrophes que Napoléon a déchaînées sur l'Europe; on rappelle avec une admiration croissante les étapes successives de sa prodigieuse carrière; on parle moins du 18 brumaire et l'on songe davantage que Napoléon a fait triompher en France un des principes essentiels de la Révolulion, celui de l'égalité de tous les citoyens devant la loi; on se souvient aussi de ses déclarations libérales de l'époque des Cent Jours. Waterloo n'apparaît plus, dès lors, comme la victoire des peuples européens coalisés contre le t3Tan qui les opprimait, mais bien comme une victoire de la vieille monarchie, de la réaction féodale et cléricale contre la Révolution. C'est un triomphe « inutile » puisqu'il n'a eu, pour les nations, d'autre résultat que de substituer plusieurs tyrans à un seul; c'est peut-être même une journée néfaste, car il

1. Sur le bonapartisme de Heine, je renvoie une fois pour toutes à iï'lude de Holzhauscn, H. Heine und Sapoleon 1, Franlcfurt 1903.

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n'est pas sûr que la nouvelle tyrannie ne soit pas pire que Tancienne,

Heine va jusqu'au bout dans cette évolution vers le bonapartisme qui se dessine de divers côtés dans Topinion allemande. Nous l'avons vu, dans sa jeunesse, admirateur de Napoléon à Tépoque de la domination française, puis entraîné par la réaction contre TEmpire jusqu'à souhaiter de faire campagne en I8I0 contre Napoléon, s'enthousiasmant pour les aspirations nationalistes des patriotes et composant son poème sur V Allemagne dans le jargon de la teutomanie à la mode, revenant enfin progressivement à son culte de jeunesse pour Napoléon et célébrant, dans la ballade des Grenadiers, le dévouement absolu de Tarmée impériale à son maître vaincu. A mesure qu'il s'émancipe davantage de l'idéal nationaliste, à mesure que s'exaspère son antipathie pour la Prusse intolérante et hostile aux juifs, pour l'Allemagne réactionnaire, pour le romantisme féodal et chrétien, à mesure qu'il se passionne davantage pour les principes de hberté et d'égalité, il sent aussi grandir sa sympathie pour la France et pour Napoléon en qui il voit son plus magnifique représentant. 11 est attiré vers lui parce qu'il voit en lui l'adversaire des teutomanes qu'il déteste et de la Prusse qu'il hait, l'irréconciliable ennemi de la Sainte Alliance. Il l'aime comme démocrate parce qu'il le considère comme le représentant de la Révolution; il l'aime comme poète parce qu'il salue en lui un des génies les plus glorieux de tous les temps, un « surhomme » qui domine de haut la foule des médiocres. Il dévore la littérature de Sainte-Hélène, les mémoires de Maitland, d'O'Meara, d'Antommarchi, de Las Cases. 11 s'enthousiasme en octobre 1823 pour le livre de Ségur qu'il appelle « un Océan, une Odyssée et une Iliade, une élégie d'Ossian, un chant populaire, un soupir de tout le peuple français «; il voit dans ce récit un poème épique comparable au Mahabharata ou à l'Edda, au Nibelungenlied ou à la Chanson de Roland, un chant national français, qui, pour le ton et le sujet ne le cède en rien aux chants épiques de tous les temps : « Une race héroïque évoquée sur le sol

de France par la formule magique : liberté ! égalité ! a, comme dans une marche triomphale, enivrée de gloire et conduite par le dieu môme de la gloire, parcouru le monde, le monde épouvanté et exalté par ses hauts faits. Elle danse enfin sa bruyante pyrrhique sur les champs de glace du Nord qui se brisent sous ses pieds, et les fils du feu et de la liberté périssent parle froid et par les mains des serfs barbares'. » Et désormais Heine ne se lasse pas, dans la Mer du Nord, dans le Livre de Le Grand, dans sa critique de la Vie de Napoléofipixv Walter Scott, dans son Voijage de Munich à Gènes ^ dans les Fragments anglais, d'exalter Napoléon et de déverser ses invectives ou ses sarcasmes sûr son vainqueur Wellington, sur son bourreau Hudson Lowe et sur tous les détracteurs de sa gloire. 11 accepte d'enthousiasme et, sans critique, ni restrictions, la légende napoléonienne de Ségur et des écrivains de Sainte-Hélène. Il nous peint Napoléon comme « un de ces grands hommes de tous les temps » qui vivent les uns avec les autres dans une mystérieuse intimité :« Ils se saluent au-dessus des siècles, échangent entre eux des regards significatifs, et leurs yeux se rencontrent sur les tombeaux des générations qui se sont pressées dans les temps qui les séparent, et ils se comprennent et s'aiment. » C'est un être d'exception dont l'intelligence, est non point discursive, comme celle du commun des hommes, mais intuitive et s'élève d'emblée à la contemplation du tout pour descendre ensuite à l'analyse dos parties; c'est un génie « synthétique » qui possède l'art de comprendre les masses, qui sait les conduire, qui découvre avec une sûreté prodigieuse les combinaisons nécessaires pour assurer le succès de ses entreprises. Il est l'incarnation la plus complète de l'esprit du temps : « Gomme d'ailleurs l'esprit de ce siècle n'est pas seulement révolutionnaire, mais qu'il a été formé par le concours des deux esprits opposés, de celui de la Révolution et de celui de la contre-Révolution, Napoléon n'a jamais agi tout à

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