‹ Henri Heine, penseurChapitre 58 sur 188 · III, 4b · texte numérisé non relu

III, 4b

que Heine marque nettement où s'arrête son admiration pour le grand homme. Son hommage dit-il, s'adresse « non aux actes, mais au génie de Napoléon »; il ne l'aime complètement que jusqu'au 18 brumaire : ce jour-là Bonaparte trahit la liberté. « Et il ne le fit pas, ajoute-il, par nécessité, mais par une prédilection secrète pour Taristocratisme. Napoléon Bonaparte était un aristocrate, un féodal ennemi de l'égalité civique; ce fut par un colossal malentendu que l'aristocratie européenne représentée par l'Angleterre le combattit jusqu'à la mort; car bien qu'il se proposât de faire quelques modifications dans le personnel de celte aristocratie, il en aurait néanmoins conservé la plus grande partie et le principe essentiel; et il aurait régénéré cette aristocratie, tandis qu'aujourd'hui elle s'affaisse, par suite de décrépitude, pertes de sang et épuisement causé par sa dernière victoire, la toute dernière assurément' ». Heine se défend donc «d'être un bonapartiste quand même»; il tient à indiquer en passant que son admiration pour le grand Empereur n'est pas une idolâtrie aveugle. Ce qu'il aime avant tout en Napoléon, c'est — il s'en rend compte lui-même — une admirable fiction poétique qu'il accepte en artiste sans se soucier d'en contrôler l'exactitude historique et en sachant très bien, au fond, qu'elle ne correspond pas de tout point à la réalité. Il aime cette « image colossale » qui vit dans les imaginations des hommes, s'envelopj)ant peu à peu d'un brouillard nwthique; si bien qu'un ])eau jour (juelque ingénieux maître d'école viendra doctement prouver dans une dissertation académique que Napoléon Bonaparte est identique à ce titan qui voulut ravir la lumière aux dieux, et qui, pour ce crime, fut enchaîné sur un rocher solitaire' au milieu des mers et livré en proie à un vautour qui, chaque jour, lui dévorait le cœur -.

L'idéal politique vers lequel tend Heine n'est donc nullc-

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