‹ Henri Heine, penseurChapitre 62 sur 188 · Lettre du 19 novembre 1830 : XX, 208 s · texte numérisé non relu

Lettre du 19 novembre 1830 : XX, 208 s

Sa thèse, c'est qu'il est indispensable, pour fonder une ère de liberté parmi les hommes, de briser pour commencer le pouvoir des nobles et des prêtres. Nous avons vu précédemment sa polémique contre le clergé. Celle contre la noblesse n'est pas moins passionnée. Partisan du trône et du pouvoir monarchique, il hait, dit-il, « ces insectes de vieille naissance qui ont fait leurs nids dans les crevasses de la chaise couverte de velours rouge ^ ». 11 ne s'attarde guère à combattre la légitimité juridique des privilèges de la noblesse ; il dénonce surtout ses usurpations de fait ; il s'indigne contre « la conspiration invisible de tous ceux qui peuvent prouver un certain nombre d'ancêtres » pour s'emparer du pouvoir dans tous les Etats, mettre à l'écart les roturiers, s'adjuger presque tous les hautsgrades militaires et tous les hauts postes d'ambassadeurs, de manière à tenir les peuples en respect par la force des baïonnettes et à pouvoir les contraindre, par des intrigues diplomatiques, à lutter les uns contre les autres au lieu s'unir fraternellement entre eux pour briser les chaînes de l'oppression aristocratique ". Il voudrait affranchir les rois de la tutelle des grands , persuader les souverains qu'ils vivraient beaucoup plus en sûreté sous la protection des lois que sous la grade meurtrière de leurs barons et gentillâtres. A tout prix il faut les soustraire à cette tyrannie que fait peser sur eux une petite caste de privilégiés en qui Heine voit les auteurs responsables de la réaction qui, depuis la chute de Napoléon, relève partout insolemment la tête.

Dans cette lutte sainte des peuples contre les privilégiés, les écrivains ont pour mission de se faire les porte-paroles et les diplomates des nations. Heine ne veut pas faillir à ce devoir. Il se donnera tout entier à cette noble tâche. Et il a foi dans le succès final. « Oui, ce sera un beau jour, s'écrie-t-il, le soleil de la liberté réchauffera la terre plus joyeusement que toute cette aristocratie d'étoiles nocturnes ; une nouvelle génération fleurira, engendrée dans les embrassements de choix libres,

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