Ibid. XX
3. Sur le Saint-Simonisme, voir S. Charléty, Histoire du Saint-Simonisme, Paris, 1896 et j. Weill, L'École Saint-Simonienne, Paris 1896.
dans la salle de la rue Tailbout et dans- celle de FAthénée, place de la Sorbonne. Une propagande ardente était organisée à Paris pour atteindre le peuple, convertir et grouper les ouvriers. Des groupements saint-simoniens se fondaient en province et môme à l'étranger, notamment en Belgique. — C'est à ce moment que Heine entra en relations personnelles avec plusieurs des principaux personnages de la petite église ^ Il se lia tout particulièrement avec Michel Chevalier qu'il appelle dans sa Correspondance son très cher ami et dont il admire la rare noblesse de caractère-; il tenait en haute estime les chefs du parti, Olinde Rodrigues et surtout Enfantin qu'il regardait comme « l'esprit le plus considérable de notre temps* ». Ces relations devinrent même compromettantes pour lui, à tel point qu'il dut démentir le bruit de sa conversion officielle et complète au Saint- Si monisme, déjà colportée en Allemagne par des compatriotes mal informés ou malveillants '.
Quelques mois à peine après l'arrivée de Heine commençait la décadence rapide de la nouvelle église. Il suffit de rappeler brièvement les faits. C'estd'abord, au mois de novembre 1831 , la rupture entre les deux Pères suprêmes, Bazard et Enfantin, sur la question de la morale nouvelle et de l'émancipation de la femme, et le schisme de Bazard, suivi dans sa retraite par plusieurs des membres les plus éminents de l'association. C'est, un peu plus tard, la révolte et lé schisme d'OHnde Rodrigues. Puis c'est l'intervention du gouvernement qui, le 22 janvier 1832, ferme la salle des conférences de la rue Taitbout et fait commencer une instruction judiciaire contre les Saint-Simoniens. Un peu plus tard, en présence des défections toujours plus nombreuses et des difficutés financières grandissantes, c'est la retraite d'Enfantin avec ses derniers fidèles
-1. Strodtmann, H. Heine, 11,77 cf. Karpeles, H. Heine und zeine Zeitgenossen, Berlin. 1888, p. 111.