‹ Henri Heine, penseurChapitre 7 sur 188 · VII · texte numérisé non relu

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à rextrcme ses théories et de verser dans rulopie ou dans le fanatisme sectaire. Mais bien qu'elle ait su inspirer à son fils une durable et touchante affection, bien c|u'elle lui ait légué son sens artistique et sa foi rationaliste, elle paraît avoir assez mal dirigé l'éducation de cet enfant si tendrement aimé, et cela en dépit des meilleures intentions du monde.

Issu d'une famille où l'aptitude au négoce était fort développée — son grand-père, Heymann Heine était commerçant à Hanovre, son oncle Isaac eut deux fils qui devinrent de riches banquiers, son oncle Salomon acquit dans les affaires une des plus grosses fortunes de l'Allemagne, un autre oncle enfin était courtier estimé à Hambourg — Heine était pauvre et totalement dénué de tout espèce de don pour le commerce. Dès son enfance il se sentait invinciblement attiré par les choses de l'esprit ; il était né poète. Or Betty Heine, dont la raison et la sensibihté étaient la santé même, ressentait pour la poésie une véritable aversion : « Ma mère, racontent les Mémoires de Heine, avait alors la plus grande terreur de me voir devenir poète; c'était, disait-elle, la pire chose qui pût m'arriver. L'idée qu'on se faisait alors d'un écrivain n'était rien moins que flatteuse : un poète était un pauvre diable en loques qui confectionne pour quelques thalers des poésies de circonstances et finit par mouiir à l'hôpital^ ». Et la raisonnable Betty, dès lors, s'efforce de tout son pouvoir d'étouffer chez son fils le goût du romantique et du fantastique : elle lui arrache tous les romans qu'elle trouve entre ses mains, lui défend le théâtre, lui interdit de prendre part aux fôtes populaires, gronde les servantes qui racontent en sa présence des histoires de revenants, bref « elle fit tout son possible pour éloigner de moi la superstition et la poésie 2 ». Au lieu de le laisser suivre la voie où le menaient ses dons naturels, elle s'efforce un peu au hasard et sans grande suite dans les idées de pousser son fils pour qui elle rêve les plus hautes destinées, vers une carrière bourgeoise avantageuse et brillante. Elle

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