IV
que sujette à la corruption et à la mort ; que notre vraie patrie n'est pas celte terre où régnent le péché et la mort, mais le ciel, où notre âme, dégagée de tout lien matériel, épurée par la souffrance et le renoncement, viendra se reposer après son exil terrestre. — Et la doctrine nouvelle se répand avecune inconcevable rapidité; Rome se meurt, dévorée par le poison juif du spiritualisme ; les nobles Romains se tuent par ennui ou par orgueil, ou, s'ils ne veulent pas renoncer au monde d'un seul coup, choisissent le suicide lent de l'ascétisme chrétien; les vieux dieux païens, vaincus et détrônés par le Dieu jaloux des chrétiens, achèvent lentement de mourir ou bien encore tombent au rang de sombres démons, de puissances inquiétantes, mystérieuses ou malfaisantes ; toute l'Europe est bientôt en proie à une fièvre de spiritualisme, à un délire d'ascétisme qui pousse les hommes à martyriser leurs corps, à violenter la matière, pour que l'âme se dégage plus pure et s'envole plus majestueusement vers le royaume de la lumière.
S'affranchir de cet idéal tristement ascétique, de cette religion de mercredi des cendres, et leur substituer un idéal nouveau plus en harmonie avec la vraie nature de l'homme, des croyances plus pratiques et plus douces, c'est là le but vers lequel marche l'humanité moderne. Est-ce à dire qu'il faille combattre à outrance le spiritualisme? Nullement. Le spiritualisme n'est pas mauvais en soi. « L'essence de rose est une chose précieuse, et une fiole de cette essence paraît délicieuse à ceux qui passent leur vie dans les appartements dun harem. Mais nous ne voulons pas qu'on effeuille et qu'on écrase toutes les roses de cette vie pour en extraire quelques gouttes, si enivrantes qu'elles soient. Nous ressemblons plutôt au rossignol, qui fait ses délices de la rose elle-même, et qui jouit autant de la vue de ses couleurs que de son vaporeux parfuma » Il ne saurait donc être question de revenir au matérialisme de jadis. Mais le spiritualisme exalté est un danger.