IV, 187 s
Le christianisme a éprouvé riiumanité comme une véritable maladie; il Ta affaiblie, il l'a attristée; ne pouvant anéantir la malièi-e, il s'est du moins efforcé de la rabaisser et de la flétrir; il a réprouvé les jouissances les plus saines et les plus innocentes; réduisant les sens à l'hypocrisie, il a rempli le monde de mensonge et de péché; il a rompu cette belle harmonie qui régnait jadis entre l'homme et la nature, entre le monde de l'esprit et de la matière. Au point de vue social, enfin, il a fini par devenir le plus puissant soutien du despotisme. « Sublime et divine dans son principe, mais, hélas! trop désintéressée pour ce monde imparfait, une pareille religion devint le plus ferme soutien des despotes qui ont su exploiter à leur profit ce rejet absolu des biens terrestres, cette naïve humilité, cette béate patience, cette céleste résignation prêchée par les saints apôtres ^ » On a enseigné au pauvre et au faible la soumission au pouvoir et le mépris de la richesse ; on a consolé Lazare de sa misère et on lui a fait prendre ses maux en patience en lui promettant la vie éternelle et la félicité dans un monde meilleur. Le prêtre est devenu l'alUé de César et du banquier talmudiste pour opprimer le peuple et lui ôter impunément le bien-être dont il pourrait jouir sur cette terre. Aujourd'hui l'idée chrétienne a fait son temps ; elle a été le rêve de jeunesse de l'humanité, « une de ses plus généreuses illusions de collège qui font plus d'honneur à son cœur qu'à son jugement'. » Il est temps, à présent, de lui substituer une conception de la vie plus pratique et plus virile. « L'humanité sacrifie aujourd'hui au système d'utilité terrestre ; elle pense sérieusement à un établissement de bourgeoise aisance, à un ménage raisonnablement ordonné, à une vie confortable pour ses vieux jours \ »
Si la religion de l'avenir, continue Heine, n'est pas le christianisme, elle ne saurait pas davantage être le déisme. Hâtonsnous de nous débarrasser de cette idée banale et puérile d'un