IV, 170 cf. Y. 327; IV, 13 s., VII
i. IV, 223 .s. Comparez à cette tirade le passage suivant où Enfantin
La grande révolution qui mettra fin à Tère du spiritualisme chrétien et fera triompher le panthéisme et le sensualisme est pour Heine le fait capital de l'histoire universelle. Pour en raconter les phases, Heine n'a guère qu'à reprendre, en les précisant davantage et en les adaptant à ses conceptions nouvelles, ses théories d'avant 1831.
La révolution est depuis longtemps commencée. En France elle a triomphé dans le domaine des idées comme dans celui des faits. La philosophie française aboutit au xviii" siècle à un sensualisme matérialiste ^ qui, tout en conservant en général l'hypothèse déiste, fait de l'esprit humain une sorte de mécanisme et de l'homme tout entier une machine perfectionnée. Ce matérialisme, malgré ses défauts, fut « un contrepoison efficace contre le mal du passé, un remède corrosif dans une maladie désespérée, une panacée souveraine pour uu peuple infecté". » 11 fut la hache froide et tranchante avec
exprime avec éloquence un sentiment analogue (Œuvres, XIV, 74 s.) : « Certes, nous avons bien fait d'entrer dans la chambre de l'ouvrier, de l'en tirer, de l'associer avec ses frères, nous faisons bien encore de foncier de's ateliers, de veiller à l'amélioration du sort moral, intellectuel et j)hysique de ces enfants qui viennent à nous ; mais nous abdiquerions la mission que Saint-Simon nous a donnée, et nous mériterions presque les accusations qui seront lancées contre nous, si nous réduisions le temple nouveau aux mesquines proportions d'une caserne ou plutôt d'un hospice. Ce ne sont point clés secours que la classe la plus pauvre et la plus nombreuse attend des fds de Saint-Simon : elle veut une vie nouvelle tout enlière, une vie de religion et de poésie, il lui faut du grand, de la gloire ; il lui faut des artistes qui l'excellent et qui l'entraînent: l'ouvrier veut des fêtes ; l'oisif en paie encore, mais n'en inspire plus ; ce n'est pas seulement de l'industrie que nous faisons, c'est du culte; Y utile ne nous suffit plus, nous voulons du beau; nous sommes entrés chez les travailleurs en leur demandant le partage de leurs souffrances et de leurs larmes ; mais n'oublions pas que pour qu'ils voient en nous autre chose que des aumôniers du Christ, nous devons leur rapporter un glorieux, un joyeux enthousiasme, et le répandre avec eux et par eux sur toute la terre. »
■l. Heine distingue soigneusement entre le sensualisme — qui s'oppose au spiritualisme, se révolte contre « l'outrageante prétention de l'esprit » à fouler aux pieds la matière, conclut à « la réhabilitation de la matière et revendique les droits inaliénables des sens, quoiqu'il ne nie pas pour cela les droits ni même la suprématie de l'esprit » — et le matérialii)ne qui s'oppose à l'idéalisme, nie l'existence des idées innées et regarde l'esprit comme une table rase où l'expérience écrit successivement et chaque jour quelque chose de nouveau (IV, 208). Le sensualisme ne procède pas nécessairement du matérialisme ; il n'est véritablement « beau et imposant » aux yeux de Heine, que lorsqu'il apparaît comme résultat du panthéisme (IV' 209).
laquelle les Français accomplirent leur glorieuse révolution politique.
En Allemagne la révolution ne se produit pas dans le domaine des faits mais, elle est d'autant plus radicale dans celui des idées : « En France tout droit, en Allemagne toute pensée, est mis en accusation et forcé de se justifier. Ici tombe la royauté, clef de voûte du vieil édifice social ; là-bas le déisme clef de voûte de l'ancien régime intellectuel » '.
C'est à la notion de Dieu que s'attaque en effet la pensée allemande. Elle la dépouille peu à peu de tous les éléments historiques et personnels qui constituaient la personnalité divine. Luther délivre l'humanité de la tradition, constitue la Bible comme source unique du christianisme, et, en accordant à rinteUigence humaine le droit d'interpréter les Saintes Ecritures, institue la raison comme juge suprême dans toutes les discussions religieuses, préparant ainsi l'avènement de la liberté de penser et d'exprimer sa pensée. Après lui Lessing combat le culte superstitieux et étroit de la Bible qui s'est éttd^li après Luther, met fin à la tyrannie de la lettre qui obscurcit l'esprit du christianisme et montre que cet esprit est identique au pur déisme de la philosophie rationaliste. Mais les choses n'en restent pas là : il faut que Dieu achève de mourir. « Nous l'avons si bien connu, depuis son berceau en Egypte, où il fut élevé parmi les veaux et les crocodiles divins, les oignons, les ibis et les chats sacrés... Nous l'avons vu dire adieu à ces compagnons de son enfance, aux obélisques et aux sphinx du Nil, puis en Palestine devenir un petit dieu-roi chez un pauvre peuple de pasteurs... Nous le vîmes plus tard en contact avec la civilisation assyro-babylonienne ; il renonça alors à ses passions par trop humaines, s'abstint de vomir la colère et la vengeance ; du moins ne tonna-t-il plus pour la moindre vétille... Nous le vîmes émigrer à Rome, la capitale, où il abjura toute espèce de préjugés nationaux, et proclama l'égalité céleste de tous les