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religion panthéiste des Allemands, annonça dès les temps de Paracelse les fleurs les plus belles, mais fut étouffée par l'introduction du cartésianisme. Hélas ! et à la fin il restaura des choses par lesquelles il peut encore être comparé dans le plus mauvais sens à la restauration française. » Mais la raison publique s'insurge contre lui et le renverse du trône de la pensée. Son disciple Hegel, « le plus grand philosophe que FAUemagne ait enfanté depuis Leibnitz », un penseur aussi pénétrant que Kant, aussi vigoureux que F'ichte, mais plus harmonieux que Tun et l'autre, s'empare de la puissance de son maître, le dépasse et finit par le rejeter dans l'obscurité. Il a résumé la philosophie de la nature en un système sohde, expUqué par cette synthèse tout le monde des faits. Et tandis que Schelling dépossédé, vivait comme un pauvre frère lai au miUeu des moinillons de Munich, image douloureuse d'une royauté déchue, Hegel « se fit couronner, et malheureusement oindre aussi quelque peu à Berlin, et il régna depuis lors sur la philosophie allemande. » Le cycle de la révolution philosophique était achevé, le panthéisme sensualiste était fondé en théorie ^
Et en littérature comme en philosophie la révolution se prépare. Après la tourmente de la Révolution française les puissances du passé relèvent, il est vrai, la tète en Allemagne. Le romantisme — que Heine combat maintenant avec Tàpreté d'un transfuge — essa}^ de ressusciter le passé. Par réaction contre la platitude et le prosaïsme du rationalisme en décadence, les Schlegel, pour rajeunir la poésie allemande et lui infuser un peu de sang nouveau, proposent comme modèles Shakespeare, Calderon et surtout les poètes ingénus et naïfs du moyen âge; Ils mettent à la mode un mysticisme maladif, une naïveté voulue qui rappelle celle des primitifs italiens avec la grâce en moins, une poésie moyenâgeuse
1. Le parallèle entre la Révolution française et la philosophie allemande de Kant à Hegel qui est développé au livre III de Zur Geschichle der Reli- (lion und Philosophie in Deutschland (IV. 2't7 ss.) est déjà indiqué dans. Einleilung zv « Kahldorf iiber den Adel » (VII, 281s.).
digne de Charenton. Et les événements politiques et sociaux favorisentle développement des tendances romantiques. D'une })art, les maux de la domination étrangère et de la guerre exaltent le sentiment religieux, — la mauvaise fortune, dit le proverbe, enseigne à prier, — les Allemands vaincus cherchent dans la religion une consolation à leurs misères et attendent de Dieu seul un remède aux calamités qui accablent leur pays. D'autre part les princes s'efforcent de grouper, pour abattre la puissance de Napoléon, toutes les forces vives de la nation, et à cet effet les personnages les plus éminents se mettent à prôner la nationalité allemande, la réunion des races chrétiennes de la Germanie, l'unité allemande. « On nous commanda le patriotisme, et nous devînmes patriotes; car nous faisons tout ce que nos princes nous commandent ^ )) Les principes de l'école romantique passent alors de mains en mains, avec les excitations des gouvernements et le mot d'ordre des sociétés secrètes. Et quand le patriotisme allemand eut remporté la victoire, l'école romantique, gothique, germanique, chrétienne triompha ainsi que l'art patriotique, religieux, allemand. Le grand classique Napoléon tomba terrassé sur le sol, tandis que les petits romantiques relevaient la tète en vainqueurs. Mortellement frappées en France, les puissances du passé se mettent à revivre en ^Ulcmagne, elles étendent leur ombre sur une grande partie du pa^^s : « En France, la mode du gothique n'était qu'une mode, et ne servait qu'à rehausser la joie des temps présents. On laisse flotter ses cheveux en longues boucles de mo^en âge; mais il suffit d'une observation distraite du coiffeur qui vous dit que cela va mal, pour qu'on se fasse abattre du même coup de ciseaux la chevelure moyen âge et les idées qui s'y rattachent. Hélas !• c'est tout autre chose en Allemagne. La raison en est que le moyen âge n'y est pas encore entièrement mort et décomposé... Le moyen âge allemand ne gît point pourri dans son tombeau ; il est souvent animé
par un méchant fantôme ; il apparaît au milieu de nous à la pleine clarté du jour et suce la vie la plus colorée de notre cœur.^ »
Mais les exagérations des romantiques ne tardent pas à provoquer à leur tour une réaction. Un coup terrible leur est porté par la défection de Gœlhe qu'ils avaient longtemps encensé. Or voici que le grand Olympien renie ces disciples compromettants. Et du coup sa voix dissipe l'apparition tout entière : « Les fantômes du moyen âge s'enfuirent ; les hiboux se cachèrent de nouveau dans les ruines des vieux châteaux ; les corbeaux s'envolèrent à tire d'ailes dans les tours des églises gothiques ; Frédéric Schlegel s'en alla à Vienne, où il entendit la messe tous les jours et mangea de ces bonnes poulardes rôties qu'on y fait si bien ; et M. Auguste-Guillaume Schlegel se relira dans la pagode de Brahma ^ ». A la suite de ce coup d'Etat, de ce dix-huit brumaire, Gœthe se fit proclamer seul maître dans l'empire littéraire, et bien qu'il se soit montré parfois quelque peu despote, trop enclin à opprimer la noblesse de lettres et à louer la médiocrité, il est reconnu par les meilleurs d'entre les écrivains allemands pour le prince du Parnasse. On l'attaque de droite et de gauche. D'un côté les orthodoxes s'indignent contre le vieux païen et le tiennent pour l'adversaire le plus redoutable de la croix ; de l'autre côté les radicaux blâment la stérilité de sa parole, son indifférentisme olympien, lui reprochent d'avoir répandu en Allemagne l'esprit artiste et entravé ainsi la régénération politique de la nation : '< tandis qu'un cafard noir frappait sur lui à coups de crucifix, un enragé sans-culotte lui présentait la pointe de sa piquet » Mais cette coahtion des partis extrêmes est impuissante à ébranler sa domination. Et voici que derrière lui surgit la phalange des écrivains de la Jeune Allemagne. Artistes, tribuns et apôtres tout à la fois, résolus à ne pas séparer la pohtique de la science, l'art de la religion,