‹ Henri Heine, penseurChapitre 83 sur 188 · Lettres. XX. 244, 245. 2.>i, 2ô9 s. etc · texte numérisé non relu

Lettres. XX. 244, 245. 2.>i, 2ô9 s. etc

HEINK TRIBUN 139

lettrée il faut s'imposer un « calme raisonné », il faut de la prudence et des précautions. Si Ton veut agir sur le grand public, le convertir aux idées de liberté et d'égalité, c'est une erreur de le brusquer, de l'effrayer, de le violenter ; il faut au contraire faire son éducation progressivement, sans l'effaroucher, et feindre la modération pour le gagner insensiblement à la grande cause de la démocratie. Heine écrira donc dans la Gazette d'Augsbourg [Augsburgcr Allgemeine Zcit^ing) qui, en raison de son autorité et de son immense débit, lui paraît le mieux en situation de servir de véhicule à ses idées. 11 consent ainsi à se soumettre à une double censure, celle des autorités bavaroises et celle, plus gênante encore, de la rédaction de la Gazette. Contrebandier journaliste, « il est souvent obligé do pavoiser l'esquif de sa pensée de banderoles dont les emblèmes no sont guère la véritable expression de ses opinions politiques ou sociales. » Du moins est-il sûr, en s'imposant cette contrainte, que sa parole portera, que ses idées passeront S3US les 3^eux de milliers de lecteurs et qu'il réussira souvent à « introduire dans le port de l'opinion publique » la « bonne cargaison » que porte son navire \

Les correspondances parisiennes que Heine envoie à la Gazette d Augshourg de décembre 1831 à juin 1832 et qu'il a réunies ensuite en volume sous le titre De la France [Franzosische Zustande), nous montrent clairement l'attitude que prend Heine en face des événements politiques.

Leur thème général, c'est la protestation contre la réaction qui suit la révolution de Juillet en France comme en Europe. Le peuple en 1830 a vaincu l'ancien régime, mais n'a pas profité de sa victoire. La noblesse a été remplacée par la bourgeoisie qui ne vaut pas mieux et qui est tout aussi égoïste. Quand Heine s'est rendu à Paris il a voulu voir le chien Médor, le fameux Médor qui avait apporté à son maître le fusil et la cartouchière, et s'était ensuite couché, vivante image de la fidélité, sur la tombe de l'insurgé victo-

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