‹ Henri Heine, penseurChapitre 85 sur 188 · VII, GO, G · texte numérisé non relu

VII, GO, G

2. V, 73 s. — Cf, IV, 627 : « Je n'ai certes pas envie de regretter l'ancien régime du privilège nobiliaire ; car ce n'était que putréfaction peinte, cadavre fardé et parfumé, qu'on n'avait plus qu'à descendre paisiblement ou à jeter de force dans sa tombe, au cas où il eût voulu continuer une existence mensongère et se révolter contre son enterrement. Mais le régime nouveau, qui a pris la place de Tancien, est bien plus repoussant encore, et nous devons trouver bien autrement insupportable cette grossièreté sans vernis, cette vie dénuée de parfums, cette industrieuse chevalerie d'argent, cette garde nationale, cette force armée qui vous frappe avec la baïonnette intelligente quand vous osez soutenir que le gouvernement du monde n'appartient qu'au génie, à la beauté, à l'amour et à la force. Les hommes de pensée, si infatigables pendant le xvni« siècle à

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Paris a élevé Louis-Philippe à la royaulé il voyait en lui « un homme dont le père avait déjà reconnu, par son nom même, Tégalité civile des hommes, un homme qui avait combattu de sa personne pour la liberté à Jemmapes et à Valmy, qui depuis sa plus tendre jeunesse jusqu'à ce jour avait eu à la bouche les mots liùcrté, rgali/r, et qui, en opposition avec sa propre parenté, s'était posé comme un représentant de la démocratie. » Ce trône qu'il devait au peuple et aux pavés de juillet, Louis-Philippe devait Tappuyer sur la confiance du j)euple, l'entourer d'institutions républicaines ; il ne pouvait ^ ivre qu'en vertu du principe qui lui avait donné naissance, la souveraineté populaire. Or Louis-Philippe a commis la méprise ordinaire des hommes qui, voulant être bien avec leurs ennemis, se brouillent avec leurs amis ; il a cajolé l'aristocratie qui le haïssait, il a voulu se soutenir par une quasilégitimité, par des alliances avec les princes absolus, par la continuation de la période de la restauration. Il a offensé ainsi le peuple qui était son meilleur soutien, ébranlant de la sorte par sa faute la solidité de son trône '. Et de même qu'il ne ménage pas la royauté de Juillet, Heine juge sans indulgence les hommes politiques qui soutiennent le nouveau régime ;

préparer la révolution en France, rougiraient s'ils voyaient comme l'intérêt personnel bâtit ses misérables cabanes sur l'emplacement des palais' renversés, et comme de ces cabanes sort une aristocratie nouvelle qui, plus déplaisante que l'ancienne, ne cherche même pas à se légitimer par une idée, par la foi à la vertu héréditaire, mais trouve sa dernière raison dans des acquisitions qu'on doit ordinairement à un étroit esprit de chilTres sinon aux plus ignobles qualités. »

1. V, 30. 81 ss. Heine reconnaît d'ailleurs que, s'il n'a jamais varié dans la condamnation qu'il porte sur le régime du juste milieu, son jugement sur la personne même de Louis-Philippe a subi des iluctuations notables : (( Au début, dit-il. j'étais mal disposé pour lui parce que je le tenais pour un aristocrate ; plus tard quand je me fus convaincu de la sincérité de son civisme bourgeois je parlai de lui en meilleurs termes; lorsqu'il nous effraya par la proclamation de l'état de siège (après les journées de Juin) je m'indignai de nouveau fort contre lui : cette irritation se calma au bout de quelques jours lorsque nous eûmes vu que le pauvre Louis-Philippe n'avait commis cette bévue que dans l'étourdissement du premier moment de terreur; depuis, les carlistes, par leurs diatribes, m'ont inspiré une vraie sympathie pour le roi » (V, 155). D'une manière générale on voit que la sévérité initiale de ses jugements sur Louis-Philippe tend à s'adoucir, au fur et à m:^sure qu'il se rend niieu.x ci)m[)le des qualités personnelles du roi.

Thiers en qui il voit un « indifTérenliste de Tespèce la plus profonde )), un « Gœlhe de la politique » ; Guizot, qui excelle « à parer les choses les plus illégales du voile de Tordre légal )) ; Périer surtout, Tapostat de la liberté, la « figure sombre qui s'est placée si hardiment entre les peuples et le soleil de Juillet », « F Atlas qui porte sur ses épaules la Bourse, et la maison d'Orléans, et tout l'échafaudage des puissances européennes » ; l'homme qui entraînerait avec lui dans sa chute « la grande boutique où l'on a trafiqué des espérances les plus nobles de l'humanité », le néfaste politicien qui par ses mesquines idées de comptoir serait responsable devant la France et l'humanité de la perte de sa patrie, « si jamais le langage grasse3'ant des lieutenants de Potsdam devait encore retentir dans les rues de Paris, la sale botte teutonique souiller de nouveau le noble pavé des boulevards, le Palais-Royal exhaler encore une fois l'odeur de cuir de Russie ' ».

Mais si Heine n'aime pas le i-égime du juste milieu, il ne sympathise pas pour cela avec ses adversaires.

Il va de soi, d'abord, que les légitimistes, les carhstes lui sont odieux. A côté de l'obscurantisme carliste, le mérite des hommes du juste milieu, d'un Guizot ou d'un Thiers, d'un Dupin ou d'un Ro\'er-Collard et autres étoiles dont l'éclat s'est perdu dans la flamboyante clarté du soleil de Juillet lui paraît de nouveau éclatant. Entre les Bourbons et les d'Orléans il fait dans son estime la distinction la plus complète. La maison d'Orléans s'est attachée d'une manière si complète au peuple français qu'elle a été régénérée avec lui et est sortie purifiée, assainie, embourgeoisée du terrible bain de la Révolution, « tandis que les Bourbons, qui n'ont pas pris part à ce rajeunissement, appartiennent encore tout entiers à cette génération décrépite et maladive que Crébillon, Laclos et Louvet ont si bien peinte dans tout l'éclat de leurs péchés, dans la fleur de leur corruption ». Louis-Philippe peut, s'il reste fidèle à ses origines démocratiques, laisser un

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