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Louis-Philippe serrant la main à sa garde nationale soit le même peuple qui a vu si souvent « Napoléon Bonaparte passer avec son impérial visage de marbre, ses yeux immobiles et ses mains inaccessibles^ », si même, lorsqu'il compare Napoléon et La Fayette, il ressent manifestement plus d'admiration et de respect pour « l'homme d'airain » de la colonne Vendôme que pour Ihonnête et pacifique héros de la liberté, son culte pour l'empereur est cependant moins absolu que jadis. Il se sent de l'hostilité soit pour l'auteur du 18 brumaire, soit pour le conquérant qui fit couler des flots de sang. Le martyre de Sainte-Hélène lui apparaît maintenant non plus comme une fatalité imméritée mais comme un juste châtiment, comme l'expiation de « l'erreur la plus fatale de Napoléon, de l'infidélité dont il se rendit coupable envers la Révolution, sa mère' ». Il se demande même une fois si l'époque napoléonienne fut bien une ère de beauté et de bonheur comme le disent les bonapartistes, et sa réponse est fort sceptique : « Les champs restaient en friche et les hommes étaient conduits à la boucherie. On ne voyait que larmes de mères, dépeuplement des habitations ; » et Heine compare les bonapartistes à ce mendiant ivre qui avait observé que tant qu'il restait à jeun sa maison lui paraissait un taudis, sa femme un paquet de haillons et son enfant un avorton malingre, mais que tout se métamorphosait dès qu'il avait bu quelques verres d'eau-de-vie : sa cabane devenait un palais, sa femme une princesse, son enfant l'image de la santé. Au lieu d'eau-de-vie, c'était la gloire et l'ambition qui montaient à la tête des bonapartistes et les empêchaient de voir le véritable aspect des choses^. Aussi Heine n'hésite-t-il pas à déclarer que. pour sa part, il préfère Napoléon mort à Napoléon vivant : « Car, dit-il, s'il vivait encore, il me faudrait aider à le combattre*. » 11 regarde d'ailleurs le bonapar-
±. V, 195 cf. 8(J.