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la féodalité et robsciirantisme : « J'aime les souvenirs de ces luttes et de ces héros, dit Heine, je les révère autant que peut le faire la jeunesse française, j'admirais dès avant la révolution de Juillet Robespierre et Saînt-Just et les Montagnards, — mais je n'aurais pas voulu vivre sous le gouvernement de ces hommes sublimes, je n'aurais pas supporté d'être guillotiné tous les jours, et personne ne le supporta, et la république ne put que vaincre et perdre tout son sang \ » 11 n'}^ a pas, à ses yeux, d'inconséquence à admirer la glorieuse République de 1789 tout en souhaitant qu'elle ne recommence pas et en estimant qu'elle n'est pas une forme de gouvernement qui convienne pour l'instant au caractère français.
Ce n'est pas, du reste, sans inquiétude que Heine consisidère l'avenir de la France. Il ne peut se défendre de l'impression qu'elle s'achemine vers une catastrophe. Elle lui apparaît comme le pays du « matérialisme » philosophique et moral, et il se demande si ce matérialisme, qui s'étale avec un cynisme effronté dans la comédie française, n'aboutira pas à quelque crise redoutable. Il lui semble que les Français ont le pressentiment confus du sort qui les menace : ils ne s'asseyent pas à leur aise au banquet de la vie, mais se hâtent au contraire d'engloutir les mets délicats et les vins savoureux, comme les enfants d'Israël qui, avant leur départ d'Egypte, célébraient la Pâque et mangaient l'agneau debout, tout prêts à se mettre en route et le bâton à la main. Qui sait si la France n'est pas à la veille d'un cataclysme formidable ? Sans doute la nation française est douée d'une merveilleuse élasticité : elle est comme le chat qui ne se casse jamais le cou, de quelque hauteur qu'il tombe. Mais un malheur est toujours possible : « Ceux qui commencent une révolution en sont d'ordinaire les victimes, et ce sort atteint les peuples aussi bien que les individus. Le peuple français, qui a commencé la-grande révolution de l'Europe, est peut-
être en train de périr, tandis que les nations qui le suivront récolteront les fruits de son martyre héroïque \ »
Pour juger des choses d'Allemagne. Heine adopte la même attitude que pour apprécier la politique française : il affirme sa ferme résolution de combattre pour la cause delà démocratie, non pour celle deldij'épubliqtic. Il lutte, dit-il, pour le triomphe du principe d'égalité : tous les hommes sont égaux en dignité, aucun ne doit occuper par droit de naissance une situation prévilégiée. C'est là le credo du parti démocratique et il y souscrit de tout cœur. Mais il nie qu'un démocrate doive être nécessairement républicain. Pour ce dernier, l'essentiel est la forme du gouvernement : il s'agit de savoir si l'Etat doit être régi par une seule personne ou si, au contraire, lepouvoir doit appartenir à une pluralité de personnes désignées périodiquement par le vote populaire. Or Heine pose en fait que, d'une part, l'idéal démocratique, l'égalité civile peut se trouver réalisée dans des « monarchies » a^-ant à leur tête un chef unique, empereur ou khalife, président ou roi, sultan ou protecteur; tandis que, d'autre part, des « républiques » comme les répubhques grecques, la république romaine, les cités libres italiennes du mo3'en âge, les villes hbres d'Allemagne, furent non point du tout des démocraties mais des aristocraties ou des oligarchies \ Il conclut de cette observation qu'il est légitime de distinguer nettement entre la cause démocratique et la cause républicaine et de servir fidèlement Tune sans pour cela nécessairement embrasser l'autre.
Nous le voyons dès lors poursuivre depuis Paris la guerre de plume qu'il avait commencée en Allemagne contre les adversaires de l'idéal démocratique, contre les aristocrates et les prêtres. Cette polémique ne présente d'ailleurs rien de bien neuf. Journaliste brillant plutôt que penseur original, Heine excelle dans l'art d'enfoncer une idée simple dans le cerveau du public en frappant indéfiniment sur le même clou, en ne se lassant pas de répéter indéfiniment la même chose à ses