‹ Henri Heine, penseurChapitre 91 sur 188 · V, 449 ss · texte numérisé non relu

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2. « Nous ne serons plus forcés, par défiance mutuelle, de nourrir des armées permanentes de meurtriers au nombre de quelques centaines de mille; nous utiliserons au profit de l'agriculture leurs glaives et leurs chevaux, et nous aurons enfin paix, aisance et liberté. » (V, 11 s.)

3. Voir notamment un article de Unser Planet, 1833. n" 87 où Heine affirme hautement sa volonté de servir d'intermédiaire entre la France et l'Allemagne et déclare qu'il est a le cosmopolitisme incarné ». Cité par II. Meyer, Verzeiclmis einer H. Heine Bibliothek, Leipzig, 190S, p. 176.

4. Il n'est pas sans intérêt de constater que Heine, comme la plupart des socialistes modernes, repousse absolument l'alliance du christianisme et de la démocratie. « Certains prêtres, dit-il, ont remarqué combien était funeste pour le spiritualisme chrétien l'alliance avec le despotisme ; et, pour sauver la religion, ils feignent de renoncer à cette alliance pernicieuse, se jettent dans les rangs de la démocratie, arborent le bonnet rouge et jurent une haine éternelle aux rois et aux exploiteurs du peuple. Entre nous, si vous les observez bien, vous verrez qu'ils disent la messe dans la langue des jacobins, et de môme que jadis ils ont versé le poison à César en le dissimulant dans l'hostie, ils essayent maintenant de faire prendre aux peuples leurs hosties en dissimulant celles-ci sous le poison révolutionnaire. » (lY, 221,) — De même, Heine reproche aux républicains allemands, à Borne en particulier, leurs coquetteries avec le parti catholique, et leur prédit qu'ils pourront payer cher cette erreur de conduite ; il souhaite en particulier la victoire de la Prusse sur le parti catholique, car si les prêtres venaient à triompher, ce serait la perte des provinces du rthin pour l'Allemagne. « Qu'importe aux âmes pieuses de Munich que,

cléricalisme démocratique, tout en répudiant d'ailleurs comme jadis Taccusation d'athéisme et en montrant qu'il puise ses motifs d'action dans un idéal religieux. Ailleurs il part en guerre contre l'Autriche, citadelle de l'absolutisme, ou malmène la Prusse dont le despotisme, moins brutal et moins franc, essaye de se dissimuler sous un masque hypocrite de faux libéralisme. D'autres fois enfui il s'attaque aux personnes comme Aristophane à qui il aimait à se comparer, soit qu'il procède à des exécutions littéraires comme celle de Menzel le dénonciateur, de l'historien Raumer, des poètes de l'école souabe ou du publiciste réactionnaire Jarcke, soit qu'il s'en prenne aux puissants du jour et somme, par exemple, avec une pathétique solennité le roi Frédéric-Guillaume III de ne pas se parjurer et d'accorder à la Prusse la constitution qu'il lui a solennellement promise.

Mais tout en affirmant hautement ses convictions démocratiques, Heine éprouve également le besoin de faire front, au nom de ses théories saint-simoniennes, contre le péril de gauche, contre les radicaux allemands avec lesquels il ne tarde pas à rompre complètement. La correspondance de Heine et, parmi ses ouvrages, son étude sur Borne surtout, où il expose tout au long les causes de sa brouille avec ce dernier, nous montrent clairement de quelle nature étaient les dissentiments qui s'élevèrent entre les radicaux et lui.

Lorsque Heine était arrivé à Paris, précédé de la réputation que lui avaient faite les Reisehilder , tout le monde s'était attendu à ce qu'il prît le rôle de coryphée du parti révolutionnaire. On pensait qu'il allait, comme Borne, écrire des pamphlets pohtiques dans le genre des Lettres parisiennes^ s'occuper de propagande révolutionnaire, mettre au service

sur le Rhin, on parle allemand ou français? il leur suffit qu'on y chante la messe en latin. Les prêtres n'ont pas de patrie, ils n'ont qu'un père, qu'un pape à Rome. » (VII, 116 s.) — Dans Lulèce, Heine dénonce Lamennais comme « le prêtre effroyable qui, par ses sanguinaires paroles de croyant, espère consacrer l'alliance des hommes du bûcher et des hommes de la guillotine (VI, 153.) — Sur la curieuse rencontre de Heine et de Lamennais chez George Sand, voir G. Karpeles, H. Heine, Aus seinem Leben und ans seine r Zeit, p. 237 ss.

de la petite coterie des républicains allemands sa plume acérée de journaliste et son génie de poète. Ceux qui raisonnaient ainsi ne voulaient voir en Heine que le démocrate, le champion de la liberté et de Tégalité, l'auteur de tirades enflammées contre la tyrannie des rois et des prêtres. Or nous savons que les ambitions de Heine n'étaient pas celles d'un tribun; sincèrement démocrate, il n'entendait combattre ni pour l'établissement d'un régime républicain, ni pour le triomphe du parti républicain ; apôtre d'un nouvel idéal religieux et moral, il prétendait reléguer au second plan les préoccupations politiques et affirmait hautement qu'il n'était pas un démagogue, mais un écrivain, un artiste et qu'il était décidé à le rester. De là, entre Heine et les alliés qui prétendaient s'imposer à lui, un malentendu initial qui se manifeste dès leur premier contact et qui va sans cesse s'aggravant.

Une première raison, tout extérieure, séparait Heine des radicaux : c'était l'opposition foncière de leurs natures, de leurs goûts, de leurs manières. D'un côté, des hommes du peuple, pour la plupart sans culture ou à demi cultivés, des artisans, des prolétaires ou des sectaires à l'horizon étroit, des fanatiques h3^pnotisés par un petit nombre d'idées fixes, dos apôtres exclusivement dévoués à la conquête de la liberté politique; de l'autre un artiste délicat, épris de beauté, un être de luxe hautement cultivé et raffiné, une nature complexe, ouverte aux impressions les plus diverses, foncièrement incapable de se donner tout entière à la tâche austère qu'on voulait lui assigner. Le contact personnel des radicaux était une souffrance pour notre poète, et il disait ses très aristocratiques répugnances avec une franchise peu faite pour gagner leurs sympathies. 11 se sent « déplacé » dans «cette assemblée de la société des Amis du Peuple qui exhale « l'odeur d'un vieil exemplaire relu, gras et usé du Moniteur de 1793 », — déplacé dans la « ménagerie » de Borne où le grand agitateur pérore au milieu de ses ours blancs d'Allemagne qui fument la pipe en poussant de loin en loin des jurons patriotiques, et de ses loups polonais qui hurlent d'une voix rau-

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que des observations doucereuses, — déplacé dans ces réunions du passage du Saumon ou Borne et ses acolytes inculquent aux ouvriers allemands la foi révolutionnaire, — déplacé dans ce restaurant de la rue Le Pelletier où Borne l'emmène dîner au milieu de réfugiés politiques tous condamnés à mort par leurs gouvernements respectifs. Il constate la vérité profonde du mot de Mirabeau : « On ne fait pas des révolutions avec de Teau de rose » et reconnaît qu'il ne se sent pas de vocation pour respirer l'odeur de tabac et serrer la main des u chers frères et amis » dans les assemblées populaires'. Il éprouve notamment une antipathie très décidée pour la classe peu attrayante des réfugiés politiques allemands qui vivent aux crochets de leurs compatriotes et se targuent du titre de coreligionnaires politiques pour demander au poète des secours pécuniaires. Heine qui se montrait fort généreux envers ceux qui faisaient appel à sa piété s'exaspère bien vite contre ces solliciteurs arrogants qui réclament l'aumône comme un droit ; et dans sa correspondance il s'exprime souvent de la façon la plus dure sur ces compagnons d'exil : « Les Allemands que je rencontre à Paris, écrivait-il par exemple, m"ont préservé du mal du pays. Canailles, mendiants qui vous menacent quand on ne leur donne rien, j... f. .. qui parlent continuellement d'honneur et de patrie, menteurs, larrons... Je n'ai jamais pu donner des poignées de main à ces sales compagnons et maintenant je leur refuse même la vue de ma personne ■. »

Heine avait, d'ailleurs, contre les radicaux allemands des griefs de nature plus sérieuse. C était d'abord une question de tactique pohtique qui les divisait. Heine leur reprochait — en quoi il n'avait pas tout à fait tort — de se démener dans le vide, de poursuivre un dessein chimérique et irréalisable. Vous voulez, leur disait-il en substance, nous donner une traduction allemande de la Révolution française et renverser le gouvernement actuel pour lui substituer la forme répu-

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