‹ Henri HeineChapitre 11 sur 21 · APRÈS LA PENSION SECKÈTE · texte numérisé non relu

APRÈS LA PENSION SECKÈTE

« Devant ma maison sélève la statue du roi René, qui n'avait point le sou, et toujours était endetté comme moi ». Aussi disait-il à Mme de Belgiojoso ; « Est-ce que, Madame, je ferai bientôt ma paix, paix ignoble, avec les autorités d'Outre-Rhin, pour pouvoir sortir des ennuis de l'exil et de cette gène fastidieuse qui est pire qu'une pauvreté complète ? Hélas, les tentations deviennent grandes depuis quelque temps ». Un tel homme était à louer ou à vendre; on le paya donc, pas trèscher.

Cependant il négociait avec Moser un emprunt de 400 thalers, dans une lettre d'Avignon oii il exprime sa haine « pour le mensonge chrétien », annonce que Mathilde est « chez sa mère », qu'on « massacre » ses livres, qu'il hait tous ses confrères, et qu'on lui fait perdre des milliers et des milliers de francs. Avec cela, si malade qu il n"a pu prendre un bain de mer.

Mais le Venusberg l'attendait à Paris :

i( J'habite mainteuant au Venusberg'

Près de ma belle femme.

Elle rit si santeusement, si heureusement, si follement

Avec des dents si blanches ! »

C'était là, sans doute, ce qu'il appelait « se battre à légal des plus braves », cet écrivain qui avoue « des opinions, non des convictions ». Le 23 janvier 1837, il avait 22.000 fr. de dettes ; et il ne pouvait guère compter que sur 3.000 fr. de gain littéraire par an, et sur les 4.000 francs

de l'oncle Salomon ; malheureux dans ses spécula* tions de Bourse, il vendait à Campe ses droits d'auteur pour onze années, contre la somme nécessaire à la liquidation de ses créanciers. Mais il cherchait en vain à fonder un journal allemand paraissant à Paris.

Il s'amadouait, pourtant : « En Autriche, le prince de Metternich me veut du bien. Sans être servile, je gagne la confiance des hommes d'Etat ». Il abîmait toujours ses adversaires, le « dénonciateur » Menzel, et se plaçait comme « classique » entre Lessing, Goethe et Luther, sans compter... Varnhagen. Mais il se fatiguait : « Nous vivons très heureux avec Mathilde, c'està-dire que je n ai ni jour ni nuit un quart d'heure de repos.. Ah! l'amour platonique a du bon! » Il calottait les étudiants qui regardaient sa maîtresse, mais on arrangeait 1 affaire. Ravagé par la grippe « vraie maladie juste-milieu », il se trouvait « insulté » par son oncle Salomon, et raillait ce philantrope dont la charité négligeait un neveu pour bâtir des hospices à Hambourg.

Le 23 mai, Mathilde l'accompagnait à Granville. « Mon atra cura, mon noir souci, va bien, ma croix domestique se plaît ici .). Il préparait sa biographie, malgré les pertes que lui avaient causées l'incendie de la maison maternelle où ses papiers étaient restés. Il revint à Paris, mieux portant, à la mi-juillet. Mais en automne, au Havre, ses yeux commençaient à se prendre, et le terrible signe, l'inégalité pupillaire, appa-

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