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APRÈS LA PENSION" SECRETE

raissait. Il se crut cependant « guéri » par le docteur Sichel.

Alors, une flambée nouvelle pour Mathilde : « Ma passion pour elle devient chaque jour plus chronique... Je suis allé dernièrement dans son village, et j'ai vécu la plus incroyable idylle.. Sa mère m'a fait cadeau de la première petite chemise à Mathilde, et ce linge mélancolique est en ce moment devant moi, sur ma table à écrire... Je goûte pleinement les maux de la possession ».

Grâce à l'article de Théophile Gautier, dans la Presse du 30 novembre, « peut-être ce qu'un Français a écrit de mieux sur un livre allemand », Heine connaissait un regain de renommée parisienne. Il vivait « retiré, à demi-heureux » et disait, en finissant l'année : « Combien je suis devenu gras 1 J'aimerais entretenir décemment mon embonpoint ».

Cela ne l'empêchait pas d'être encore en proie au mal d'yeux, et miné par les insomnies, surexcité jusqu'au matin. Il fêtait le printemps de 1838 en « retirant son gilet de coton ». C'est à présent Mathilde qui était malade ; une inflammation d'intestins la mettait en danger, dans la maison de santé où Heine la visitait chaque jour. C'était au faubourg Saint-Jacques, chez le docteur Faultrier, vénérable d'une loge maçonnique à laquelle il affiliait Henri Heine. « Si Mathilde était morte, disait le poète, il m'eût fallu écrire encore un livre de Lieder funèbres ». Mais les Mathilde ne meurent pas; celle-ci

survécut une trentaine d'années à son époux, et, grosse (london à roquets et à perruches, décéda paisiblement d'une congestion produite par un suprême déjeuner.

Pendant qu'elle payait ses excès de table, les yeux de Heine devenaient si malades qu'il devait se résoudre à dicter son commentaire sur les femmes et jeunes filles de •S/iakspeare, qui paraissait après son Miroir des Souabes. « Dicter est pourtant une fâcheuse besogne,... la plénitude et la clarté du style disparaissent ». Mais c'était là des ouvrages alimentaires.

Quand tout alla mieux, on déménagea, 23, rue des Martyrs. Puis on retournait à Granville. En automne, réconcilié avec l'oncle Salomon, Heine l'attendait à Paris « avec grande joie ». En Allemagne, son Miroir des Souabes était « trahi, vendu, mutilé, tronqué, massacré ». Et pourtant, la chère Allemagne faisait pleurer de nostalgie l'exilé malgré lui. Par une tempête glaciale, dans sa chambre emplie de fumée, avec le perroquet criard et la femme qui se chamaille contre une servante sourde, il connaissait les infamies de la solitude peuplée ; Mathilde ne le quittait que pour aller à la messe en grande toilette ; il fallait la conduire aux Français en première loge. En Allemagne, on la comparait à Thérèse J^evasseur, mais on ne le comparait point à Jean- Jacques. « Epouse et déesse, ange folâtre », sa place dans la vie de Heine s'élargissait toujours, en même temps que le tour de sa ceinture. Bien que la troisième édition du Livre des Chants s'enlève follement, le poète

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