‹ Henri HeineChapitre 14 sur 21 · LE MARIAGE · texte numérisé non relu

LE MARIAGE

sa carte, et fui aux Pyrénées « à la recherche d'un Cid ». De démentis en démentis, Heine s'acculait au duel avec le (( Thersite de Francfort », comme il appelle Straus. L'affaire lui parut assez sérieuse pour mettre en règle sa situation privée et celle de Mathilde, sa compagne depuis tant d'années. Et il épousa sa maîtresse, le 31 août 1841.

M. Henri Heine, homme de lettres, domicilié à Paris, rue des Grands Augustins,n^ 25, épousait par devant P.-J.-B.-H. Vaillant, adjoint au maire du XI^ arrondissement (Saint-Sulpice), Crescence-Mathilde Mirât, même domicile, née à Vinot de la Trétoire (Seine-et-Marne), le 15 mars 1815.

Les témoins étaient, pour le marié, J.-J. Dubochet, libraire, 33, rue de Seine, et Paul Herzfeld, docteur en philosophie, 24, rue Larochefoucauld ; pour la mariée. Denys-Louis-Grégoire Faultrier, propriétaire, chevalier de la Légion d'honneur, 84, rue de Lourcine, et Oscar- Théophile Barrieu, professeur de langues, 29, rue Coquenard.

Le maire, qui devait marier deux mois plus tard Jules .lanin avec la riche lille d'un avocat à la Cour de Cassation, ne se dérangeait pas pour Heine. « Ce vieux scélérat de Desmonts, ce vieux drôle », écrivait Charpentier à Renduel, ne « daigna quitter son domicile du n° 3, rue Christine, })Our venir marier Heine à la mairie, 10, rue Garancière. »

On se mariait à dix heures et demie du matin devant

l'adjoint. Puis, on s'en fut à Saint - Sulpice, devant l'abbé Barrande, car Mathilde avait exigé le mariage religieux. Heine mit une seule condition, c'est que sa femme n'irait plus à confesse une fois mariée. Mais il dit luimême : « Sans l'église, elle ne se serait pas crue mariée... D'ailleurs, les femmes sans religion sont comme des fleurs sans parfum ».

Il disait aux uns : « C'est le pistolet sur la gorge que mon bonheur s'est décidé », aux autres, il annonçait « son mariage avec l'être beau et pur qui, depuis des années vivait à ses côtés, sous le nom de Mathilde Heine, de Mme Heine ». Il finissait par se battre au pistolet, le 7 septembre, à sept heures du matin, dans la vallée de Saint-Germain. Ce duel, que les Allemands ont mis dans un « Livre des duels célèbres », finit par une contusion à la hanche, Heine ayant été effleuré par la balle de son adversaire; il eut un noir et de l'enflure, surtout il fut violemment ébranlé dans ses nerfs malades.

Mais il se rendait compte que le pire danger n'avait pas été celui d'être atteint par les balles. <( Ce duel conjugal, disait-il à Lewald, qui ne finira pas avant que l'un de nous ne soit mort, est beaucoup plus dangereux que la petite excursion dans la banlieue que j'ai faite avec Salomon Straus, de la Judengasse à Francfort ».

C'est le 13 septembre seulement qu'il annonçait à sa famille de Hambourg, son union définitive et ofGcielle avec la « statue grasse ». — « Ma sœur chérie, ce n'est que d'aujourd'hui que je peux l'annoncer officiellement

Page 1