‹ Henri HeineChapitre 8 sur 21 · LA PEXSIOX SUR LES FONDS SECRETS · texte numérisé non relu

LA PEXSIOX SUR LES FONDS SECRETS

rateur qui achèvera ce que Luther a commencé, et ce que continua Lessing ; il viendra, le troisième libérateur... Je vois déjà son armure d'or étinceler ». Nous lavons vu, le troisième libérateur ; il était en cuirassier blanc, ce fut M. le comte Otto de Bismarck-Schœnhausen !

Avec cela, déiste par accès, effrayé par cet avenir qu'il dévoile : « On exécutera en Allemagne un drame auprès duquel la Révolution française ne sera qu'une innocente idylle... Prenez garde. Français, vous avez plus à craindre de l'Allemagne libérée que de la Sainte- Alliance tout entière, on ne vous aime pas en Allemagne. Et j'ai presque été effrayé quand j'ai ouï dire récemment que vos ministres projetaient le désarmement de la France ». C'est à tout cela qu'il rêvait, dans ses promenades solitaires « par les salles basses du Louvre, en contemplant les vieilles statues des dieux».

Mais les statues des dieux ne lui suffisaient pas. Sa vie était de plus en plus encombrée par la Vénus charnelle. Et Mathilde Mirât s'imposait toujours davantage à la sensualité passive de son amant. L'homme qui admirait en Mlle Georges « le monstrueux soleil de chair qui resplendissait au ciel dramatique des boulevards », s'asservissait, dans son faux ménage, à la forte brune, « chaque jour plus corpulente », dont le rire montrait tant de fossettes et le corps tant de replis heureux. « Je suis enfoncé jusqu'au cou dans mon histoire d'amour, je néglige tout, je ne vois personne, écrit-il à un ami.

164 HEINE A PABIS

Lisez le Cantique des Cantiques. » Elle le tenait en haleine par les vices communs, de la table et du lit, et par ses « caprices continuels », ses sautes d'humeur ; elle allait au bal « avec des galopins » et même savait à propos, partir, « pour son pays ». Aussi, comme il était esclave ! La plus belle des héroïnes shakspeariennes lui amenait le souvenir de cette Gothon. Il y tenait aussi, parce que les frais étaient faits. Elle lui avait coûté cher, il entendait avoir les intérêts de son placement. On allait dîner au Champagne chez Véfour, c'était les armistices de « la bataille conjugale ». On disait autour d'eux : « Elle ne fera qu'une bouchée de Heine ». Et cette femme « de passage » (si l'on peut dire, en imitant son propre style), devint, pour son plus grand péril, sa femme à demeure. Ce qu'il lui demandait, nous le savons par lui-même : « Entre nous, écrire à une jolie femme me semble aussi fou que si je voulais entrer en correspondance avec un pâté de Strasbourg ». Puisque la femme est analogue au foie gras, il s'en donnera des indigestions. Le plus féminin des moralistes disait : « Le châtiment de ceux qui ont trop aimé les femmes, c'est de les aimer toujours. » Et surtout, s'ils les ont aimées à la manière de Heine.

« Il faisait profession, dit une Parisienne qui l'a bien connu, celle que Musset appela sa marraine, d aimer les femmes pâles, les sphinx». C'est ainsi qu'il chantait, en vers médiocres, la reine Poniaré, fameuse à Mabille. « Mais de ces amours-là il vivait. La passion qui l'a tué

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