‹ Henri Heine, poèteChapitre 10 sur 142 · INTRODUCTION. XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XVII

et il n'a pas tort : la claire raison toujours mattresse d'elle-même fut un des caractères les plus remarquables de sa mère. Rien de faussement sentimental n'effleur e cette âme qui se surveille sans défaillances . Capable, certes, de grands dévouements et de pp.pihlfta sacrifices, aimant profondément son fils*, elle ne s'engage pourtant, et ne se livre qu'à bon escient. La raison claire du xviii® siècle s'épanouit chez elle^ corrigée et enrichie par cette puissance des sentiments de famille qui s'observe d'ordinaire parmi la race juive. Les lettres de la jeune fille sont d'accord avec les actes de la femme mûxi^. Cet esprit net que fut Betty Heine déclara toujours la guerre aux préjugés, à la fois au nom de la raison^ comme les philosophes, et au nom de la nature^ comme le poète Jean-Jacques Rousseau. Sa délicatesse de femme et le souci de la vie pratique l'empêchèrent d'ailleurs d'exagérer son idée. Son respect de la raison ne l'entraîna pas à souhaite r les bQul fivp''ftfti^fty^ta qui sont au bout de toutes les théories purement logiques, et je ne trouve qu'à peine indiqué chez elle ce ferment de révolte» -^«v^ qui est au fond du Judaïsme moderne. Ses idées, '> pour être très nette s, n'en savent pas moins se '

1. En 1833 par exemple, elle veut malgré lui aller le voir à Paris, ne pouvant supporter plus longtemps la douleur de la séparation. H. Heine a beaucoup de peine à détourner sa mère de ce voyage. Cf. lettre du 25 octobre 1833.

XVIIl INTRODUCTION.

plier aux exigences de la réalité; IfejaûUl^i, la passion du naturel les rfir.hanflFft et les vivifie, sans les outrer ; Betty Heine, en un mot, n'est pas une révoltée, mais seulement une femme qu'indignent les faussetés de la convention. .

Il est aisé de voir que Henri Heine a reçu de sa mère plusieurs des dispositions capitales de son caractère. C'est à elle, sans doute, qu'il doit le tranchan t de sa raison, aussi bien que sa passion de la nature et du naturel. Mais, chez lui, on voit s'exagérer toutes les demi-teintes, qui se trouvaient dans son héritage moral. Sa tendresse va jusqu^à la sentimentalité, sa hardiesse va jusqu'au cynisme, sa logique jusqu'à la révolte. La raison avert ie de sa mère paraît au fond de toutes ses œuvres; mais elle y devient trop consciente d'elle-même et tourne trop aisément à la moquerie. L'amour du naturel, qui avait été la règle de vie de Betty Heine, se retrouve tout entier dans le cœur du poète; mais il semble s'y exaspérer . Toute sa vie, à ses heures inspirées, comme aux jours de ses pires erreurs, Henri Heine aime la nature et le naturel; seulement il ne sait pas toujours les défendre, parce qu'il a oublié ce fin correctif qu'y ajoutait sa mère : « dans Ifts har pes de la bienséance et de la vertu ». La nature pittoresque et la nature bon sens servent de base à ses plus poétiques comme à ses plus

Page 1