‹ Henri Heine, poèteChapitre 101 sur 142 · Cf. Elster, IL Zum Lazarus, XUI · texte numérisé non relu

Cf. Elster, IL Zum Lazarus, XUI

Sie kûsste mich lahm, sie kûssle mich krank, Sîe kussle mir blind die Augen; Das Mark aus meinem Rùckgrat trank Ihr Mund mit wildem Saugen.

Mein Leib ist jetzt ein Leichnam, worin Der Geisl ist eingekerkert Manchmal wird ihm unwirsch zu Sinn, Er tobt und rast und berserkert!

Ohnm&chtige Fliiche! Dein schlimmster Fluch Wird keine Fliege lôlen.

Ertrage die Schickung und versuch Geiinde zu flennen, zu beten ^.

On conçoit aisément que, dans un tel état d'esprit, la mort apparaisse au poète comme une délivrance ardemment désirée :

Gut ist der Schlaf, der Tod ist besser — Freilich Das beste wâre, nie geboren sein 2.

Toutefois, un scrupule empêche le moribond d'appeler sans regrets la mort libératrice, c'est ridée qu'il laisserait sans appui la pauvre femme

1. Ëlster, II. Zwn Lazai^us, II. « La femme en noir a pressé ma tête — Tendrement sur son cœur : — Hélas! Mes cheveux ont blanchi — Aux places où coulèrent ses larmes.

Ses baisers m'ont paralysé, ses baisers m'ont fait malade, — Ses baisers ont aveuglé mes yeux; — La moelle de mes vertèbres, — Sa bouche Ta sucée sauvagement.

Mon corps n'est plus qu'un cadavre où — L'esprit est prisonnier; — Souvent il s'impatiente, — S'agite furieux, fait les cent coups!

Impuissantes malédictions! Ta pire malédiction — Ne tuerait pas une mouche. — Supporte ton sort : essaie — De pleurer, tout doucement, de prier. »

2. Elster, II, 2, Morphine. Cf. Ruhelechzend, « Le sommeil est bon : la mort vaut mieux, — A vrai dire il serait préfé> rable de n'être pas né. •

l'agonie du poète. 373

sotte, mais jadis ardemment aimée, qui maintenant reste à peu près seule à son chevet déserté *.

On le voit, toute la vie passée et tous les soucis actuels du poêle viennent, durant son agonie sans fin, éveiller et nourrir le regret qui couve dans son âme. Souvenirs joyeux, douleur présente, soucis futurs, tout s'unit pour le torturer, et l'on s'émerveille de sa fermeté d'âme et de sa lucidité qui savent analyser ces visions et les couler dans les strophes qui doivent en conserver le souvenir. Pourtant, le poète ne devait pas clore sur ces tristesses terribles, mais communes, son existence faite de contrastes. Un dernier rayon d'amour allait tomber à l'improviste sur son âme endolorie, et lui donner, avec une dernière consolation de sympathie divine, une dernière torture de regret.

On sait Thistoire de « La Mouche ». Une jeune Allemande était venue un jour apporter au poète quelques papiers envoyés par un ami ' : elle était curieuse, sans doute, d'approcher le grand poète. Henri Heine la reçut, et, soulevant sa paupière

l.Les vers où s'expriment les soucis du poète pour Malhilde {Lazarus, 12, 15, Elster, H, I, 70, 71, 72, 73) semblent contredire l'opinion que j'ai émise ailleurs (p. 186) sur elle. U n'en est rien. Heine a sans doute ardemment aimé ce corps de déesse, et, maintenant qu'il est paralysé, la présence de cette femme insouciante et câline lui est douce encore. Mais, aux heures de recueillement, il sent bien qu'il n'éprouve pas pour elle d'amour véritable. U suffit de lire Wahlverlobte (n® 74) pour s'en convaincre.

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