‹ Henri Heine, poèteChapitre 133 sur 142 · A Thiers · texte numérisé non relu

A Thiers

Monsieur *, Gomme vous n'êtes pas au pouvoir en ce moment, et

1. Les variantes sont innombrables. Voici, par exemple, les formes successives de la phrase qui commence par : Si ma maladie ne m'empêche pas de continuer [mes travaux sur] [la période cent] [les hom] [un travaille] [mes travaux] [sur votre] un travail [que] dans lequel j'ai entrepris [d'écrire F] d'esquisser [les temps que j'ai vu] [le mouvement que j'ai] [les temps] [choses que j'ai vu] [les événements] [événements] [et les] [qui se sont passés sous mes yeux] la tourmente de ma propre vie... etc.

2. Brouillon autographe au crayon. 4 feuilles papier écolier. Corrections nombreuses, d'un crayon plus reposé.

qu*à l'époque où vous le «erez le pauvre moribond qui vous écrit aujourd'hui ces lignes n'aura besoin d^aucune protection humaine, je ne peux pas être soupçonné d'obéir à des motifs mondains en m'empressant aujourd'hui de ranimer et d'augmenter l'intérêt dont vous m'avez toujours honnoré.

Rassuré sur ce point, je veux bien vous faire l'aveu que le désir de faire quelque chose qui pût vous être agréable était pour beaucoup, sinon pour la plus grande part dans l'idée qui m'était venue de publier le recueil de lettres qui forme le livre de Lutèce et que j'ai l'honneur de vous présenter ci-joint. Dans la disposition d'esprit où sont aujourd'hui mes Allemands, cette publication était très scabreuse, et je doute également que la version française de mon livre trouve à l'heure qu'il est une grande sympathie en France; elle vient peut-être même à un moment très malencontreux.

N'importe; j'ai voulu évoquer par cette publication les jours les plus brillants de cette période parlementaire qui ne sera représentée dans l'histoire que par trois grands noms, ceux de Louis-Philippe, de Thiers et de Guizot; et je crois n'avoir pas tout à fait manqué mon but. Oui, il n'y a que ces trois noms que les petits garçons de l'avenir aient besoin d'apprendre par cœur à l'école pour faire un bon examen; dame Clio n'accorde pas dans ses tablettes beaucoup de place aux héros de second ordre et elle aime à résumer toute une époque soit dans un seul grand homme, soit dans un glorieux triumvirat. J'ai suivi l'exemple de la Déesse dans mon livre de Lutèce que je vous prie de ne vouloir juger que dans son ensemble et non pas dans ses détails ou même d'après des expressions qui peuvent être parfois quelque peu bourrues. Si j'ai fait de l'opposition au ministère du i^' mars, opposition qui, d'ailleurs, n'était pas trop dangereuse, si je vous ai même parfois rudoyé comme ministre, je n'ai jamais manqué de rendre justice en vous à l'homme de bien et de génie, et de le défendre contre la cohue de mes compatriotes qui vomissaient alors contre vous tant de sottes diatribes et de calomnies. Le temps a fait justice de ces derniers. Mais lors de votre ministère de 1840, les mensonges les plus

absurdes trouvaient du crédit au delà du Rhin. C'était un ignoble spectacle que cette fureur qui, s*échauffant peu à peu, parvint enfin au comble de la rage. Ceux qui donnèrent le signal étaient quelques ânes patriotiques de ma connaissance et dont l'un avait même reçu de vous quelques bienfaits. D*autres ânes de mon pays répondirent à leurs cris^ d'atroces braillements stupides éclatèrent chez nous de tous les côtés et Ton aurait presque pu dire que toute l'Allemagne n'était qu'un seul âne s' évertuant à braire contre M. Thiers. [(Ici suit un passage assez long qui a été bilfé sur le brouillon) : Mais je dois avouer cette vérité que vos Français, les enfants terribles de la Révolution, avaient peut-être un peu provoqué la colère du grand animal de là-bas en lui fourrant une poignée de poivre dans un endroit où les ânes allemands sont aussi sensibles que ceux de France. Et pour tout dire, anche io sono tedesco et je boudais un peu contre l'homme qui menaçait ma patrie d'une guerre désastreuse. Ne m'en voulez donc pas dans aucun cas pour les quelques expressions irrévérencieuses qui m'échappèrent alors. Vous n'avez pas une idée combien je vous aime.]

Je vous prie, monsieur, de vouloir bien regarder la date de mes lettres en lisant mon livre de Lutèce, et vous rappeler souS quelles auspices je les ai écrites. Il ne vous échappera pas qu'à une pareille époque je ne pouvais pas donner à mon style des tours courtisanesques en parlant de vous au milieu du quartier général de l'ànerie germanique. J'ai fait mon possible.

Votre sagacité vous expliquera le reste. Comme je vous aime bien sincèrement, je serais peiné si, par inadvertance ou gaucherie, j'avais dit quelque chose qui pourrait vous déplaire. Dans l'état où je me trouve, je dois vivre de mes souvenirs, et le vôtre est bien cher à mon cœur.

Veuillez agréer, avec votre bonté habituelle, l'assurance de ma grande admiration et de mon respectueux dévouement *.

1. Toute la fin de cette lettre, ainsi que le passage qui est bilTé dans le brouillon, ont été supprimés dans la traduction

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