‹ Henri Heine, poèteChapitre 137 sur 142 · A un diplomate · texte numérisé non relu

A un diplomate

Commencement de juillet 1855.

Monsieur 1

Je vous envoie ci-joint un livre dont la lecture, je Favoue, doit avoir peu d'attrait pour la plupart des hommes positifs occupés et préoccupés des affaires de rÉtat — je vous envoie des poésies, des bilevesées de rimeur oisif, des rêvasseries d'un songe-creux allemand! Néanmoins j*ai la présomption de présager à ce livre un bon accueil de votre part. Un mot de M"^ de Metternich que le prince Puckler m'a l'année dernière rapporté tout chaud du Johannisberg contribue à me donner une pareille assurance : le doyen du corps diplomatique de toute l'Europe, M^ de Metternich, disait au prince Puckler, que très souvent, fatigué et ennuyé par les affaires et n'en pouvant plus, il avait cherché refuge dans mes poésies et que cette lecture ne manquait jamais de rémotionner jusqu'aux larmes et de rafraîchir ainsi sa vieille âme.

Monsieur! votre Doyen, M. de Metternich, est vieux et blasé tandis que vous êtes encore dans la fleur d'une jeunesse virile et votre cœur est resté également jeune et compatissant comme l'affirment tous ceux qui ont l'honneur de vous approcher souvent; je ne cours donc aucun risque de provoquer sur vos lèvres un sourire moqueur en vous envoyant un livre qui contient des poésies; je suis même assez vaniteux de m'imaginer qu'il vous amusera à plusieurs endroits ; d'ailleurs les parties les plus sentimentales qui ont peut-être attendri M. de Metternich sont retranchées dans cette version française et je ne vous coûterai pas de pleurs. — Adieu, monsieur! gardez pour moi les sentiments affectionnés dont vous m'avez honorés jusqu'à ce jour et que je pense regarder pour ainsi dire comme un héritage. Mon isolement s*accroit de jour en jour et la sympathie de ceux qui s'inté-

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ressent encore à mon sort me devient d'autant plus précieuse.

* Recevez, monsieur, l'assurance de ma haute considération et agréez-en l'expression respectueuse!.

1. Brouillon autographe au crayon. J'ai retrouvé un fragment de brouillon qui doit être le premier jet de celui-ci. Il est ainsi conçu : « Le chef de ce département en jugera avec Indulgence — car il s'agit de constater si la traduction de ces Poèmes et légendes a réellement réussi ou si j'en suis pour mes efforts de bonne volonté 1 La besogne que je m'étais imposée était bien difficile. La langue de l'esprit va mal au sentiment ou, si vous préférez le mot, à la sensibilité germanique. Je vous assure, [le pauvre rossignol allemand qui a batti son nid dans] il se trouve très mal à son aise ce pauvre rossignol allemand qui a fait son nid dans la perruque de M. de Voltaire!

Recevez, monsieur, l'assurance sincère de ma haute considération et je vous prie d'en agréer l'expression respectueuse. » Comparez la lettre à Saint-René Taillandier du 8 septembre 1855.

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