XXII INTRODUCTION
léon et celle de Blûcher; homme fait, il oscillera de même entre la France et l'Allemagne, xajûLé par les uns, jjonni par les autres, incompr is également des deux peuples.
L'enfance du poète s'écoula, en somme, dans une grande liberté. Mêlé de 1res bonne heure aux sociétés les plus diverses, il subit sans ménagemeiij ^les contrastes qui Tenvironnaient. Il est probable, toutefois, qu'il n'en souffrit pas tout d'abord^ et il semble que ses premières années se soient écoulées sans secousses dans la rêverie précoce où il se réfugiait. Le grenie r de la maison paternelle, avec ses mille vieillerie s-prûpiçes aux vagabondages de son imagination enfantine, le HofgarteUy bien dévasté sans doute par les guerres récentes, mais encore ombreux et vert, avec ses jjjleuls et ses chênes penchés sur les ^tang s bleus, le Rhin, enfin, le fleuve chéri, majestueux, large et iinKjJIfi^^^Pt cQ^rMî avec ses eaux changeantes et ses reflets doux, tels ont été les vrais conso-* lateurs et les éducateurs sentimentaux de cette enfance.
Un peu plus tard, des impressions littéraires vinrent se joindre à ces rêveries. Les deux premiers livres qui dominèrent le futur poète furent Don Quichotte et Gulliver. Sans doute, il l'avoue lui-même, il était loin encore d'y deviner l'ironie, et toute son affection allait au Chevalier de la
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Manche contre les vulgaires barbiers et le gros bon sens des muletiers. Tout ironiste, on le sait, est, au fond, un sentimental; Heine Test plus encore que tout autre, peut-être. Mais s*il put souffrir, très jeune, de voir, dans son livre favori, l'enthousiasme bafoué et mallrailé, il ne dut pas tarder à reconnaître, avec ses côtés nobles, les côtés ridicules de la passion exagérée. Les Romantiques, dont il lut les œuvres un peu plus tard, ne firent que confirmer cette impression; ils lui apprirent à se défier de l'enthousiasme sentimental, et à en jouer en le dominant.
Tels sont, brièvement résumés, les plus sai sissants contrastes entre lesquels flottent l'adolescence et la jeunesse du poète. Nulle part il ne trouve autour de lui un courant religieux, moral, politique ou littéraire qui puisse porter ses aspirations. Ses premières années s'écoulent au milieu d'une dure période de transition, celle qui précède réveil national de sa patrie, et, dès le début, il se trouve aux prises avec tous les préjugés de l'âge précédent. De bonne heure, les contradictions entre lesquelles il se déba t irritent l'acuité maladive de sa sensibilité et lui font prendre pour injustice des hommes ce qui n'est souvent que nécessité sociale. De même qu'il a rompu avec les tradition? de sa famille, de même il veut rompre avec celles de la société, violemment.