‹ Henri Heine, poèteChapitre 18 sur 142 · Cf. Elster. Il, p · texte numérisé non relu

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grande ville commerçante avaient exercé sur sa vie sentimentale une action décisive. Il avait revu sa cousine Amélie, et la tendresse fugitive qu'elle lui avait inspirée jadis, durant une courte visite, s'était transformée en une passion où éclataient, avec la fougu e de la vingtième année, l'âpreté et rexa spérati on de sentiments qui distinguent parfois, la race juive. Il subit alors de cruelles tortures sentimentales compliquées de vulgaires préoccupations pratiques dont son ardente imagination se refusait à comprendre la nécessité.

Sans doute, le jeune homme se voyait volontiers invité par son oncle Salomon, qui le trouvait aimable, spirituel aussi, Qi-TaccuÊillait avec bienveillance. Mais qu'importaient ces prévenances, et que signifiaient-elles pour un parent pauvre? Toute sa vie, Henri Heine devait jouer ce triste rôle de parent pauvre, et en souffrir jusque dans la mort. A aucun moment, il ne prit le virirparti de s'en affranchir . Il se crut jusqu'à la fin un certain droit aux libéralités de son oncle, un droit de parenté qui nous paraît, à nous, bien contestable, et un droit de génie qui aurait du plutôt k Eorter à le s.dé4ajgner. Lorsqu'il a reçu des cadeaux de cet oncle cinquante ou soixante fois millionnaire, il y a vu un naturel hommage à son talent; lorsque l^umqne s'est fait attendre, il l'a réclamée. Il a été faible et confiant , mais il a payé cher cette confiance et cette faiblesse. A vrai dire, l'oncle Salomon, un bourru bienfaisant,

ne cessa jamais d'accueillir son fantasque neveu et de lui venir en aide; mais, après sa mort, son fils Charles refusa longtemps de continuer au poète la petite rente promise par son père. Henri Heine avait jadis soignd son cousin, durant une épidémie de choléra, mais depuis, peut-être Tavait-il blessé de quelque injure restée secrète. Nous dirons plus tard l'effet produit, par cette rupture sur le poète malade et nous le verrons, jusque sur son lit de mort, jusque dans la tombe même, livrée faute d'argent^ à toutes les entreprises de son opulente famille. Du moins, c'est à Hambourg, aux environs de la vingtième année, que, pour la première fois, il éprouva nettement tout ce que la situation d'un parent pauvre qui n'est .:icctn;\ - pas indépendant, piQnle avec elle d'expériencçs rabaissantes et douloureuses.* Il en souffrit cruellement, mais il ne voulut pas comprendre et s'isoler : est-ce bien, après tout, à un poète qu'il faut demander d'accepter avec fierté et résignation les inégalités de la vie sociale?

Amélie Heine, très belle et très riche, adulée par les jeunes gens de la meilleure société juive et chrétienne, ne dut jamais rien faire pour encourager les sentiments de son obscur cousin. Il est même probable que celui-ci ne déclara jamais sa passion. Sans doute, il composait des vers et les faisait lire. Amélie, probablement, en riait sans méchanceté, sans humeur, comme une jeune fille très entourée s'amuse du rimeur senti-

mental qui la célèbre : l'hommage d'une poésie n'a rien d'offensant, mais pour le prendre au sérieux, il faut aimer.

11 est certain que H. Heine fut alors profondément malheureux. Deux lettres qu'il écrivit à cette époque nous ont été conservées : une souffrance ey^^p^^'^^ y éclate au milieu de juvéniles incohérences*. Ce ne fut pas une peine passagère ; la douleur du jeune poète devait dominer toute sa vie sentimentale, et y jeter comme un voile de d^ l : Tâge même, qui l'adoucit, ne devait pas l'éteindre, car on en retrouve les dernières vibrations dans des strophes ainèrc s, écloses trente ans plus tard, au seuil même du tombeau*. Ce fut un chagrin décisif, un de ceux qui transforment les natures sensibles et leur impriment à jamais un sceau de tristesse ou de scepticisme.

A Hambourg, dans la ville commerçante et matérielle, rien ne pouvait adoucir la peine du jeune poète : il semblait, au contraire, que tout l'exaspérât. Insensible, durant ce premier séjour, aux séductions de cette nature du Nord, que son amour lui masquait, il ne vit, dans la pittoresque capitale de la Hanse, qu'un rÊpcm^SânLi^Bpdre. de « Juifs baptisés et autres' ». Cette dernière impres- *; sion, d'ailleurs, le poursuivit toujours, à peine

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