HEIMKEHR
Le recueil intitulé die Heimkehr porte la date 1823-24; il parut en tête du premier volume des Reisebild&i\ au mois de mai 1826; mais un grand nombre des pièces qui le composent avaient déjà été imprimées dans le Gesellschafter. "U Heimkehr marque une date importante dans la vie poétique de Henri Heine. C'est là que, pour la première fois, nous voyons le poète se dégager nettement du langoureux désespoir d'amour qui jusqu'alors Tavait accablé. Certes, sa conception de Tamour n'a pas varié, et la note de son thème lyrique est toujours aussi triste; mais le scepticisme sentimental que nous avons observé chez lui commence à se trouver sérieusement combattu par les vues saines et ardentes que le jeune homme / porte sur tout ce qui n'est pas Tamour. Les ; réactions réciproques des deux éléments que nous avons analysés : désespoir d'amour et confiance dans la vie, sont, à vrai dire, plus violentes que dans les précédents recueils, et leur lutte se tra-
duit par des éclats d'ironie qui déjà déplaisent. Mais, remarquons-le, dans celte lutte, c'est le second élément, la confiance dans la vie, qui l'emporte le plus souvent. Sans doute, il est encore des pièces où le désespoir triomphe.
Lorsque le poète, par exemple, veut se persuader que toute son histoire n'est qu'une comédie dont il a été l'acteur larmoyant sans cause, un frisson l'avertit qu'il se trompe : « Hélas, non! s'écriet-il, j'ai bien joué le gladiateur mourant ; mais j'avais la mort dans l'âme *. » De tels exemples, cependant, sont isolés dans VHeimkehr. L'opposition ironique y est presque toujours amenée par le sentiment de la vie réelle qui vient apporter au désespoir d'amour une consolation subite. La dissonance qui se produit alors est bien plus éclatante que dans le premier cas. Ainsi, lorsque le poète, après nous avoir décrit un paysage calme et joyeux sous un ciel de printemps, termine sa pièce par cette exclamation : « Ah! je voudrais mourir », nous sommes un peu surpris d'abord, mais la chute de la dernière strophe n'est ni brutale, ni déplaisante, ni comique : elle est seulement ironique, d'une ironie navrée : le désespoir, ici, s'oppose à l'enthousiasme. Au contraire, lorsque, rencontrant en voyage la famille de sa bien-aimée, le poète s'informe froidement