‹ Henri Heine, poèteChapitre 41 sur 142 · Cf. H. HufTer, aus dem Leben //. H', p. 122 sq · texte numérisé non relu

Cf. H. HufTer, aus dem Leben //. H', p. 122 sq

dans le livre de Heine n'éclate pas avec moins d'évidence que les deux premiers caractères. Dans les recueils purement subjectifs, comme Ylnlermezzo et VHeimkehry ce réalisme de l'expression apparaît d'autant mieux qu'il s'oppose plus nettement au vague de la pensée et du décor. Dans ces lieds très courts, dont les contours paraissent si flous, on relève des expressions énergiques et précises, mais si simples, si naturelles, si merveilleusement enchâssées, qu'elles ne surprennent qu'à la réflexion. Ces chants d'amour murmurés dans un décor conventionnel semblent affranchis de toute observation réelle de la nature; et pourtant nous y voyons fixés des gestes rapides, des aspects fugitifs, des nuances à peine entrevues, de ces riens indifférents en apparence qui finissent, en se juxtaposant, par donner le sentiment de la vie réelle. N'y a-t-il pas une singulière intensité d'observation et une profonde réalité de rendu dans les vers suivants :

Es hûpfen herbei und lauschen

Die froramen, klugen Gazellen {Interm., 9).

Im Rheîn, im schônen Strome, Da spiegeit sich in den Wellen Mit seinem grossen Dôme Das grosse heilige Kôln (Ibid., 11).

Mit wiederhallendem Fusstrilt

Wandeir ich iiber die Briickc (Ibid., 38), etc.

On trouverait, dans la plupart des lieds de Ylntermezzo, et presque dans chaque strophe de

VHeimkehr ou chaque ligne de la Nordsee, des exemples de ce réalisme choisi dans la vision et Texpression.

Sans doute, chaque poésie ne présente pas avec la même force ni la même valeur Tun ou Tautre de ces trois caractères : il y a des degrés et des nuances. Ces trois qualités peuvent même, par l'exagération, se transformer en autant de défauts : la simplicité peut, à la limite, toucher à la platitude, le ton populaire à la vulgarité, et le réalisme au cynisme. C'est entre ces extrêmes que la langue poétique de Henri Heine oscille perpétuellement; il faut avouer que, si elle tombe bien rarement à la platitude, elle se garde moins jalousement contre la vulgarité ou le cynisme.

Ce n'est pas par hasard que Henri Heine s'est, dès le début de sa carrière politique, attaché fortement à la simplicité et au ton naïf du Volkslied. Il ne fit, en cela, que suivre le courant qui portait toute sa génération vers les sources populaires de la poésie. Le mouvement créé par Herder venait de s'affirmer dans l'œuvre maîtresse du postromantisme, dans la publication du Des Knaben Wunderhorn. Heine ne fut pas le' seul de sa génération à recueillir brillamment l'héritage de Brentano : Karl Simrock, par exemple, pour ne citer qu'un nom célèbre, fut son camarade d'université. C'est à son entourage et à ses maîtres que Heine dut cette première direction de son goût. Le terreau propice était prêt, sans doute, en lui,

et ses dispositions naturelles étaient de nature à le faire bien profiter de ces enseignements : il était disposé de très bonne heure à la clarté simple ; l'exemple des Grenadiere en est une preuve. Pourtant l'inspiration d'une heure bénie ne peut remplacer que par exception le travail mûri de Tartiste sûr de lui-même. Il semble bien que le maître qui révéla au jeune Henri Heine les secrets du travail de la langue fut ce même Wilhelm Schlegel, auquel il dut aussi d'être initié aux mystères du rythme. L'élève fut docile, sinon reconnaissant. Peu d'artistes ont eu plus que lui conscience de la difficulté que présente l'œuvre d'art qui veut paraître simple et naïve. Nul n'a plus travaillé et raturé ses vers que celui qui semble le plus abandonné, le plus négligent de tous les poètes allemands. Mais il mit à dissimuler son travail autant de coquetterie que ch^z nous Flaubert, par exemple, a mis de naïve forfanterie à étaler son martyre *.

Depuis que nous possédons une merveilleuse édition de Heine avec toutes les variantes accessibles ^, il est possible de se rendre compte du travail de correction auquel s'est livré le poète. On saisit, en l'étudiant, les progrès incessants de son goût. Nous devons ici nous contenter d'uû petit nombre d'exemples : ils suffiront, je pense^ à fixer les idées. Quelques-uns de ces exemples

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