‹ Henri Heine, poèteChapitre 55 sur 142 · Cf. III, IV, V passim (et supra, p · texte numérisé non relu

Cf. III, IV, V passim (et supra, p

« Etemelle est la durée du sommeil. sommeil sacré, ne viens pas trop rarement faire le bonheur de ceux qui sont voués à la Nuit, dans ce terrestre labeur. Seuls les insensés peuvent te méconnaître; ils ne savent d'autre sommeil que Tombre que, par miséricorde, tu jettes sur nous, dans le cré. puscule de la Nuit véritable. Ils ne reconnaissent pas ta présence dans le jus doré des raisins, dans Phuile merveilleuse de l'amandier, et dans la brune liqueur du pavot. Ils ignorent que c'est toi qui planes sur la poitrine de la tendre jeune fille, et fais le ciel de son sein; ils ne soupçonnent pas que tu viens à notre rencontre du fond des vieilles histoires, pour nous ouvrir le ciel, et que tu portes les clefs qui ouvrent les séjours des bienheureux, ô courrier muet des secrets infinis. •

LE « BUCH DER LIEDER ». i67

On le voit, aucune des lignes de Novalîs ainsi scandées ne dépasse quatre accents. En outre, le procédé de développement par énuméralion, et la syntaxe très simple rappellent ici les Nordseebilder. Enfin, les sujets des deux poèmes sont analogues : chez Novalis, c'est un hymne à la Nuit; chez Heine, c'est un hymne à la Mer.

Sans doute, la différence de caractère et de talent des deux poètes leur a fait traiter différemment ces deux sujets connexes : Novalis est mystique et flou, comme la Nuit qu'il adore; Heine est changeant, bruyant, coloré et plein de vie comme la Mer qu'il célèbre. Mais je crois bien que la première idée de ses rythmes libres a été inspirée à Heine par la lecture de Novalis. Si Ton voulait, en effet, remonter jusqu'à Gœthe, il faudrait se demander pourquoi Heine a précisément imité quelques-unes des odes de jeunesse du grand poète, plutôt que telle autre forme de son lyrisme. Si Ton s'en lient, au contraire, à Novalis, on comprend aisément que ce poète aimé ait inspiré Tauteur de Vlntermezzo par son œuvre la plus belle et la plus originale; on comprend aisément que Heine ait conçu le dessein de tenter pour la Mer ce que Novalis avait réalisé pour la Nuit, un mélange de prose et de vers *. Gœthe ne me

1. On sait en effet que les Nordseebilder parurent d'abord dans les Reisebilder,

On remarquera que les rôles sont changés : ce n'est pas aux pièces de vers assez incolores des Uymnen an die Nacht, mais.

semble pas ici avoir servi d'initiateur direct; c'est à de moindres esprits qu'est souvent réservé le soin de transmettre aux générations nouvelles le germe fécond de la pensée ou de la forme.

au contraire, aux pages de prose chantante et rythmée du chef-d'œuvre de Novalis, que correspondent les rythme* libres de la Nordsee.

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