‹ Henri Heine, poèteChapitre 59 sur 142 · octobre 1836. Cf. Appendice · texte numérisé non relu

octobre 1836. Cf. Appendice

â. Séance du 10 jdécembre 1835.

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d'un criminel politique, et, de plus, loin de lui savoir gré de son courage, ses propres frères d'armes Taccusaient d'indolence, d'hérésie politique ou même de trahison. 11 écrit alors à la princesse Belgiojoso une longue lettre, en un français travaillé. Il lui conte quelques épisodes de son voyage dans le Midi, et même, dérogeant à son habitude de ne composer que des lettres d'affaires, il prend la peine de lui décrire par le menu la ville d'Aix en Provence. En écrivant, il fait un retour sur lui-même : à la vue d'un temple antique transformé en baptistère, il s'écrie mélancoliquement : « Voyez que même les pierres se soumettent à la nécessité de servir le parti vainqueur, elles qui n'ont pas même l'excuse de nos besoins humains, qui ne sont pas tourmentées ni par la faim, ni par la soif, ni par la vanité... Est-ce que. Madame, je ferai bientôt ma paix, paix ignoble, avec les autorités d'outre-Rhin, pour pouvoir sortir des ennuies de l'exil et de cette gêne fastidieuse qui est pire qu'une pauvreté complète! Uélas! les tentations deviennent grandes, depuis quelque temps... » Un aveu de cette importance, dans une lettre aussi soignée, n'a certainement pas échappé involontairement à l'humeur maussade de Henri Heine; il était calculé, sans nul doute ; aussi nous donne-t-il la mesure de la confiance que la princesse avait su inspirer à l'ombrageux poète.

Certes, une telle confiance était bien placée.

Sans doute, des documents précis nous font défaut pour suivre plus avant l'histoire des relations de Henri Heine et de la princesse; nous ignorons, je pense, les raisons qui les tinrent éloignés Tun de l'autre dans la suite, et, si je vois, pour ma part, dans leur rupture, un contre-coup de la liaison du poète avec Mathilde, c'est là une pure conjecture morale. Toutefois, nous pouvons encore déterminer assez nettement le rôle de protectrice que la princesse joua envers lui. Nous venons de montrer quelle sympathie confiante les unissait Tun à l'autre, et la dernière citation nous a: /ait voir que les questions les plus intimes, après les affaires de cœur, je veux parler des questions d'argent et de conduite générale, étaient agitées franchement entre eux. On ne sera plus étonné, dès lors, de nous voir soutenir que la princesse Belgiojosô eut une part active dans l'attribution du secours annuel de 4800 francs, qui fut accordé par Thiers * au poète allemand sur le budget des fonds secrets. C'est dans le salon de la princesse Belgiojosô que Henri Heihe rencontra le plus souvent Thiers ; en outre, l'ami de cœur de la princesse, Mi^net, était intimement lié avec le jeune ministre. Telle lettre ' nous

1. J'ai montré ailleurs {Deutsche Rundschau, juin et juillet 1894; que sa pension fut accordée à H. Heine par Thiers, vers 1835 ou 1836, et que c'est à la prière de l'homme d'État que Guizot, lui succédant à la tête du ministère, le 2 mars 1840, consentit à en continuer le paiement.

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