septembre
heure, la confidente de ses angoisses les plus secrètes, mais encore il semble qu'elle ait agi efficacement en faveur de son ami pauvre. En tout cas, elle fut pour lui une conseillère — la seule dont les avis fussent écoutés. Malheureuse-, ment, son influence ne s'exerça pas longtemps. Jamais peut-être Henri Heine ne fut plus près de mener une vie normale qui eût assaini et comme filtré ses œuvres. La princesse Belgiojoso Teùt sans doute maintenu dans un monde plus choisi que celui dans lequel il devait tomber; exilée comme lui, elle eût compris ses heures d'abattement; femme délicate, elle l'eût mis en garde contre les écarts de sa plume. Malheureusement, les sens du poète et sa mauvaise étoile devaient le conduire vers une femme également indigne de son esprit et de son cœur, une femme dont la tète était aussi vide, que son corps était splendide, et qui, attachée désormais à sa destinée, ne sut jamais comprendre son amour ni son dévouement, et encore moins s'en montrer digne.
Il importerait peu h l'histoire littéraire de conserver le souvenir de Mme Henri Heine, née Mathilde Mirât, si Tinfluence vulgaire qu'elle exerça, innocemment, sur le poète épris de ses formes, n'avait si tristement contribué à éloigner celui-ci de toute société choisie où son goût eût pu se maintenir pur et délicat. Peut-être même n'y insisterions-nous pas autant si la critique française n'avait voulu voir dans ce ménage
de grand poète une sorte d'idylle digne à la fois de rironie des Reisebilder et de la tendresse de VHeimkehr, Du moins n'essaierons-nous pas de retracer les débuts de Mathilde dans la galanterie, jusqu'au jour où Henri Heine la vit et la conquit. Elle vécut d'abord avec lui environ cinq ans dans une union libre qui, au dire des contemporains, exerça sur la santé du poète, déjà compromise par la turbulente vie parisienne, une action funeste. En 1842, à la veille d'un duel, Henri Heine l'épousa, dans un élan de générosité, persuadé sans doute qu'il lui donnerait, au moyen de ce sacrifice, un peu du sérieux et de la dignité qui lui faisaient si complètement défaut. C'est ainsi que, durant les quatorze années qui suivirent, empoisonnées par une atroce agonie de buit ans, il dut traîner à sa suite cette femme : par instants, il la haïssait S par instants, il éprouvait encore pour elle des élans de tendresse *, en tout cas, il en était vivement jaloux. Le cauchemar de sa vie manquée, ce terrible refrain du Romanzero et des dernières poésies, n'a pesé si lourdement sur le long crépuscule de son agonie, que par le contraste de ses aspirations avec la réalité triviale et laide qui l'enserrait. Mathilde vivait à ses côtés, indifférente et molle; elle était sotte et ignorante; mais la sottise et l'ignorance ne sont rien, quand elles recouvrent