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sa raison Téloignait des croyances religieuses; tous ses sentiments intimes, et toute son hérédité de piété juive Fy ramenaient. Lassé de cette lutte où il voyait sans cesse la générosité vaincue par Tastuce, où « la colère et les larmes désintéressées » ne touchaient plus personne, il songeait à chercher un refuge dans les consolations divines : « J'ai soif d'unité morale, écrit-il à son amie, de faire harmoniser mes opinions avec mes sentiments; il faut que j'arrache toutes les feuilles roses de mon chapelet, afin qu'il ne reste plus qu'une couronne d'épines, ou que j'anéantisse toutes les souffrances de mon cœur et que je les remplace par de nouvelles joies *. »

C'est, d'ailleurs, la seconde alternative qui allait d'abord se réaliser. Le chevalier Tannhâuser n'avait pas encore^ cette fois, poussé jusqu'à Rome sa fuite loin du Venusberg. Il s'était arrêté à michemin, vaincu parles regrets du plaisir, et il était rentré dans la caverne d'amour où dame Vénus lui « cuisait la soupe » et l'enivrait de son sourire :

Sie lacht so gesund, so glucklich, so toll, Und mit so weissen Zâhnen!... ^

\. Cf. Appendice.

2. Tannhâuser, III. « Soa rire est si sain, si heureux, si fou. — Et découvre des dents si blanches! •

ROMANZEN

Le recueil qui porte le litre de Romanzen, dans les Neue Gedichte, contient vingt-cinq pièces, si l'on y joint le Tannhàuser. Elles n'ont pas toutes été écrites à la même époque : la plus ancienne (n** 19) date de 1824, et les dernières de 1844. En marquant les dates (certaines ou probables) de leur composition, il semble qu'on puisse les diviser en trois groupes : 1830-31 (n<>* 7, 20, 21); 1835-36 (1, 16, 17 (?) et Tannhàuser); enfin, 1839 à 44 (dix-neuf pièces). Ce tableau nous donne une première indication; nous voyons que, de 1830 à 1839, les Romanzen sont très rares, tandis qu'à partir de 1839, le poète en compose un grand nombre.

Les sujets de ces Romanzen paraissent assez difficiles à classer; selon sa coutume, le poète mêle aux ballades proprement dites {Frau Mette,

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Ritter Olaf, etc.), des romances amoureuses [die Nixen, Frûhling)\ mais il y joint encore des poésies satiriques d'un caractère tout personnel (5, 7, 8, Tannhàuser^ III), auxquelles il donnera plus tard le nom de Zeitgedichte. Nous surprenons ainsi, sous le courant banal ou vulgaire de sa poésie lyrique, tel qu'il se révélait dans Neuer Frûhling et Verschiedene, une tendance instinctive et croissante vers un genre qui, pour n'être pas nouveau sous sa plume, n'a, du moins, jamais pris dans son œuvre une importance aussi exclusive : d'une part, la hsllside, Romanze ou Historié^ récit, légende, ou peinture historique à laquelle la personnalité du poète n'est point mêlée; d'autre part, une satire politique d'un caractère personnel, et presque exclusivement orientée vers J'ironie. Rares au début des années trente y ces deux genres de poésies deviennent de plus en plus fréquents à partir de 1839. Ne surprenons-nous pas ici la façon dont le poète est passé de la poésie intime à la manière à'Atta Troll et du Romanzei'o?

Il est aisé, d'ailleurs, de comprendre les causes de cette transformation. C'est vers l'année 1836 que Henri Heine eut à subir la forte crise morale que lui causa le dégoût de sa vie parisienne et de ses insuccès politiques. Il se fît à ce moment un arrêt dans sa production poétique. Il écrit luimême au printemps 1837 : « Depuis un certain temps, quelque chose en moi répugne à tout

langage poétique*. » Nous ne voyons pas, en effet, qu'il ait composé beaucoup de vers en 1837 et en 1838. Durant ce repos, il eut le temps de se libérer des procédés vieillis qui, depuis la publication de VHeimkehr, l'avaient tenu prisonnier. La vie sentimentale ne lui offrait rien qui fût digne d'être chanté; au contraire, la vie politique lui apparaissait plus tumultueuse que jamais. Par là s'explique l'abandon progressif de la manière doucereuse du Neuer Frûhling et de Verschiedeney dont les derniers souvenirs n'apparaissent plus que sous la forme atténuée de romances vagues, comme dieNixen, Frûhling , etc. Cette évolution bienfaisante se produisit sans secousse. L'indifférence sentimentale et les préoccupations politiques achevèrent d'effacer toutes les traces qu'avait laissées le lumineux sillon du Buch der Lieder, Désormais, le poète n'allait plus appartenir qu'à son art, par des ballades, et à ses convictions sociales, par des Zeigedichte *.

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