‹ Henri Heine, poèteChapitre 73 sur 142 · G. Brandes, Hauptstr,^ VI · texte numérisé non relu

G. Brandes, Hauptstr,^ VI

lation. Ils sont au contraire fortement caractéristiques, nés d'une situation originale et Texpriinant d'une façon si totale et si comique, qu'ils en ont fixé à jamais le souvenir. Ce ne sont pas des rappels, des épreuves : ce sont des mots-types.

En outre, quelques-uns sont profonds. Toujours drôles, presque toujours à leur place, ils ont parfois, de plus, une signification assez large pour exprimer toute une morale, toute une façon d'envisager les choses et la vie. Deutschland est, à cet égard, une œuvre avec laquelle il faut compter. On trouverait en outre de ces mots profonds dans les Gedanken und Einfàlle, reproduction des papiers intimes du poète, où ils apparaissent le plus souvent dépouillés des gênants colifichets de l'allusion contemporaine et fugitive.

Grâce à ces qualités incomparables de l'esprit qui les orne et les mène, les Zeitgedichte furent des armes terribles. Heine parle quelque part de ses griffes de tigre; le mot est juste, appliqué à ses satires politiques : le sillon de ridicule qu'elles imprimaient sur ses adversaires ne s'effaçait pas plus qu'une cicatrice. Sans doute, Tinlérêt que nous inspirent ces poèmes est différent de celui qu'ils éveillaient parmi les contemporains : les allusions dont ils sont bourrés nous échappent souvent et nous ne pouvons guère en aborder Tétude sans l'aide d'un commentaire historique; mais nous pouvons par là même les apprécier plus justement. Le seul fait qu'un grand nombre

de ces poésies de circonstance ont survécu aux passions du moment, prouve assez, en effet, qu'elles renferment des éléments durables. La polémique s'est éteinte, les intérêts se sont refroidis, les hommes sont morts et, avec eux, beaucoup de leurs idées; il reste pourtant des pièces comme Georg Herwegh, der Kaiser von China, zur Beruhigung^ Unsere Marine, et dix autres, peut-être, sans compter Atta Troll et Deutschland. C'est un jugement.

Page 1