Ibid., 4i
ANNÉES DE LUTTE. 26i
contre des hommes dont les idées, somme toute, différaient peu des siennes. Ce n'est pas Freiligrath, ce n'est pas Herwegh, ce n'est pas Dingelstedt, Hoffmann von Fallersleben, ni aucun des autres Tendenz Dichter qu'il veut combattre dans son Atta Troll\ c'est « la poésie démocratique »; or, ils n'en sont pas des représentants, mais seulement, à ses yeux, des précur-seurs. Ils ne chantent plus la rose, il est vrai, mais ils ne chantent pas encore la pomme der terre : tout au plus ont-ils fait halte auprès deschardons. Mais il ne faut pas leur laisser le temps de précipiter le funeste mouvement de réaction contre Tart pur et indépendant, contre la beauté inutile mais souveraine; bientôt il sera trop tard^ si l'on permet à la foule d'exagérer dans le sensutilitaire les indications qu'ils lui ont données. C'est de cette crainte pour l'avenir, plutôt que dir chagrin présent, qu'est éclos le poème à^Atta Troll.
Henri Heine a nommé son poème le dernier « Waldlied » du romantisme, et s'est efforcé de prouver, dans sa préface et dans la dédicace finale à Varnhagen von Ense , que c'était là comme un dernier écho des préoccupations rêveuses et sentimentales de sa jeunesse : « J'ai,, dit-il, composé Atta Troll pour mon plaisir* ». Plus loin, il s'écrie :