‹ Henri Heine, poèteChapitre 81 sur 142 · Cf., pour tous ces détails, Elster, II, p. 425 sq · texte numérisé non relu

Cf., pour tous ces détails, Elster, II, p. 425 sq

prussienne, mais un jour, son réveil sera terrible ». Les trois poésies Michel nach dem Màrz, Bei des Nachtwàchters Ankunft in Paris, et 1649-1793'??? \ résument assez bien l'idée contenue dans Deutschland.

La composition du poème présente aussi peu d'unité que celle à^Atta Troll. Incapable, à coup sûr, de concevoir comme un ensemble une œuvre de longue haleine, et de résister, chemin faisant, aux sollicitations des bons mots qui lui venaient à Tesprit, Henri Heine n*a guère connu, en vers, d'autre assemblage que celui qui nous suggère ridée de perles dans un collier. Toutefois, tandis que, dans le Buch der Lieder, nous avons été surpris et heureux de découvrir entre les petits lieds ouvragés l'invisible fil de soie qui les tenait assemblés, nous sommes déçus, lorsque, dans une œuvre de pensée et non plus de sentiment, nous trouvons ici le même lien frêle, au lieu des fortes attaches que nous attendions. Les chapitres succèdent aux chapitres sans raison majeure qui en détermine la place. Seulement, à Tintérieur de chacun d'eux, on croit apercevoir un souci d'ordonnance qui, pour être très uniforme, n'en est pas moins volontaire. Il n'est pas un lecteur que n'ait frappé la ressemblance qu'offrent entre eux les débuts de tous les chapitres : les premières strophes reprennent chaque fois la

i. Elster, II, 187; I, 304; II, 201.

suite du récit de voyage interrompu par les réflexions du chapitre précédent :

Wfthrend die Kleine... getrillert..., ward Mein KofTer visitiret. (Ch. ii.)

Zu Aachen im alten Dôme liegt Karolus Magnus begraben. (Ch. m.)

Za Rôllen kam ich spât Abends an. (Ch. iv.)

Und als ich an die Rheinbrûcke kam. (Ch. v, elc.)

On a signalé cette particularité * de composition; on a montré comment la pensée du poète s'élève peu à peu du détail typique, mais terre à terre, jusqu'à la plus haute éloquence. Mais ce procédé n'est pas seulement, comme on Fa dit, « caractéristique » de la manière de Heine : c'est la manière même de Heine, c'est le genre de composition qui domine toute sa poésie lyrique, depuis Y Intermezzo. Ce procédé apparaît plus nettement dans Deutschland, mais nous l'avons observé et signalé dès longtemps. Au début, c'était pour le poète comme un besoin que de noter les circonstances extérieures qui accompagnaient telle explosion de sentiment; peu à peu, celte notation lui est devenue habituelle et peut-être machinale, et, un jour, il s'est aperçu qu'il en pouvait tirer un nouvel effet comique, par une opposition brusque entre l'indifférente réalité et la poésie indignée ou souriante.

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