‹ Henri Heine, poèteChapitre 82 sur 142 · Cf. G. Br&ndes, HauptslrÔmungen, vi, p. 168 et · texte numérisé non relu

Cf. G. Br&ndes, HauptslrÔmungen, vi, p. 168 et

La satire, dans Deutschiand, est plutôt éloquente que comique. Certes, les passages plaisants abondent, et quelques-uns sont d'une haute portée; tel le chapitre XII, qui contient le discours aux loups ; mais, plus que dans ses autres poèmes, Henri Heine développe ici quelquesunes de ses idées avec une animation que troublent rarement les éclairs du Witz. Il faut sans doute attribuer ce fait à la violence des sentiments qui s'emparèrent de lui, lorsqu'après une si longue absence il foula pour la première fois le sol de sa patrie. Tous les abus, toutes les oppressions dont le souvenir Tavait indigné au fond de sa retraite parisienne lui apparaissaient plus funestes encore, maintenant qu'il les avait constamment sous les yeux. C'est ainsi que l'indignation prit volontiers la place réservée d'ordinaire à la raillerie. Celle-ci, un peu reléguée, se contenta souvent de fusées mesquines qui nous surprennent et nous fâchent. Lorsque, dans un poème uniquement satirique, un bon mot, entre dix, est bas et, grossier, il nous déplaît, sans doute, mais Fimpression en est vite effacée par un nouvel éclat de rire. Il n'en est pas de même, lorsque, sur la trame d'un récit ou d'un développement sérieux et passionné, sont brodés, çà et là, de médiocres et grossiers ornements; isolés, ils nous frappent davantage et plus péniblement. Ainsi, l'apostrophe au Rhin (ch. VÎ), d'une allure ironique, mais si juste en son amertume, se termine

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par une basse allusion à Alfred de Musset : or les deux vers qui l'expriment sont tellement vides et inutiles que le poète n'a pas osé les maintenir dans sa traduction française.

On trouverait ici cent exemples de bons mots médiocres ou bas qui détonnent d'autant plus que le poème est d'une allure plus soutenue. On sent que la colère et la rancune (Heine est profondément rancunier, rancunier comme un Oriental, rancunier comme Jéhovah) ont emporté la plume du poète et lui ont fait négliger toute délicatesse de choix. On sent aussi qu'il s'est fatigué et que sa pensée, peu habituée à se soutenir sur le même ton durant 27 chapitres, s'est affaissée et embourbée vers la fin. De fait, je ne crois pas qu'une autre de ses œuvres m'ait jamais produit une aussi brutale déception que la fin de Deutschland, Les passages dans lesquels s'étalent les potins de Hambourg sont déjà fatigants et vides; mais c'est presque de la colère qu'on éprouve en parcourant pour la première fois les chapitres éclaboussés d'inutile ordure, dans lesquels paraît la déesse Hammonia. Gomment Henri Heine a-t-il osé mettre ses allusions scatologiques sous la protection de notre Molière*? Gomment n'a-t-il pas compris qu'un objet vulgaire ne peut être comique que s'il est en situation? La seringue de M. Purgon ne vaut peut-être

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