‹ Henri Heine, poèteChapitre 84 sur 142 · Ch. I · texte numérisé non relu

Ch. I

Der Riese bat wieder die Mutter berûhrt, Und es wncbsen ihm Den die Kr&fte.

douane. On ouvre la malle du poète : visitez, dit-il aux douaniers ; cherchez bien les dentelles, les bijoux, les livres interdits!

Ihr Thoreh, die ihr im KofTer suchtî Hier werdet ihr nichts enldecken!

Die Konlerbande, die mit mir reist, Die hab* ich im Kopfe stecken.

Hier hab'ich Spilzen, die feiner sind Als die von Briissel und Mechein, Und pack' ich einst meine Spitzen aus, Sie werden euch sticheln und hecheln.

Im Kopfe trage ich Bijouterien,

Der Zukunft Krondiamanten,

Die Tempelkleinodien des neuen Golts,

Des grossen Unbekannten.

Und viele Bûcher trag* ich im Kopf M...

Comme s'il rougissait du mouvement d'éloquence qui vient de le soulever, le poète retombe bien vite à terre par quelques plaisanteries* sur le ZoUverein.

La première apparition des soldats prussiens, Taspect de Cologne avec ses clochers profilés en traits d'encre sur l'horizon , le Rhin lumineux et

1. Ch. II. « Pauvres fous, qui cherchez dans ma malle l — Allez! vous n'y trouverez rien! — La contrebande que j'introduis — C'est dans ma tête que je la porte.

J'ai là des dentelles plus précieuses — Que le point de Bruxelles et de Malines; — Ah! si je viens à les déballer, ces dentelles {Spitzen, jeu de mots intraduisible), — Elles vous piqueront.

C'est dans ma tête que j'ai des bijoux : — Les futurs diamants de la couronne, — Les vases précieux qui orneront le temple du dieu nouveau — Du grand inconnu!

C'est dans ma tête aussi que je porte des livres... »

gai, inspirent au voyageur une série de réflexions où se retrouvent ses haines anciennes contre la Prusse et contre le cléricalisme catholique. Puis, sans transition, il commence sur un ton ironique et badin à développer la pensée la plus belle, peutêtre, et la plus grandiose qui paraisse dans son poème. C'est une hallucination persistante qui Tobsède : à ses côtés, quand il écrit, il croit apercevoir un homme, entre les mains duquel il voit une hache étinceler :

Er schien von untersetzter Natur, Die Augen wie zwei Sterne; Er slôrte mich im Schreiben nie, Blieb ruhig stehn in der Ferne ^.

Lorsqu'il marche, cet homme le suit, et il s'arrête également avec lui; enfin, lorsque lassé de la présence de ce licteur silencieux, il lui adresse la parole, celui-ci répond :

...Wisse; waa du ersonnen im Geist, Das fûhr' ich aus, das Ihu' ich.

Und gehn auch Jalire drûber hin, Ich raste nicht, bis ich verwandie In Wirklichkeit, was du gedacht :

Du denkst, und ich, ich handle.

Du bist der Richter, der Biittel bin ich, Und mit dem Gehorsam des Knechtes, Vollstreck' ich das Urteil, das du gefâllt, Und sei es ein ungerechtes...

1. Ch. VI. « II paraissait trapu : — Ses yeux semblaient deux étoiles; — Jamais il ne troublait mon travail; — Il restait paisiblement debout à quelque distance. »

Ich bin dein Liktor und ich geh' Beslândig mit dem blanken Richtbeile hinter dir : — ich biri Die That von deioem Gedanken ^

N'est-ce pas là une des plus belles visions qu ait jamais eues un poète de combat? Se dire, ne fût-ce qu'un instant, que la moindre de ses malédictions comme le plus grave de ses jugements seront entendus et exécutés par le silencieux licteur, quelle jouissance pour un convaincu, quel sentiment d'effroi pour un timide ou pour un réfléchi ! Cette idée nous fait frissonner, nous autres hommes prudents, que des scrupules tourmentent, et sur qui pèse la conscience de la responsabilité sociale : elle exalte au contraire notre poète en lui donnant une preuve de son infinie puissance. Nous hésitons devant la réalisation de notre rêve ; mais lui, il sent, au contact d'un tel espoir, ses forces redoubler. Il va tout droit où sa passion le mène, sans ménagements, sans regrets, sans pitié, tandis que nos pauvres âmes pusillanimes, non seulement reculent devant

1. Ch. Yi. « Sache-le bien : ce que ton esprit a conçu — Je l'exécute.

Même si des années s'écoulent — Je n'ai pas de repos, que je n'aie changé — En réalité tes conceptions : — Tu penses, moi j'agis.

C'est toi le juge, je suis le bourreau; — Avec l'obéissance d'un valet — J'exécute le jugement que tu prononces, — Même s'il est injuste.

Je suis ton licteur, et je marche — Toujours derrière toi — Avec la hache prête à frapper; je suis — L'acte de ta pensée. >

Taction, mais encore craignent jusqu'au reflet de leur pensée sur la réalité. Qui du poète ou de nous à raison? Devons-nous trembler ou pousser un cri d'allégresse, si nous apercevons jamais à notre côté le licteur rouge qui nous dira :

Ich bin die That von deinem Gedankea!...

A mesure que le poète pénètre plus avant en Allemagne, il semble que sa colère redouble, parce qu'il s'y mêle un sentiment de déception. Treize ans plus tôt, il était passé par la jolie ville de Mûlheim, le cœur débordant d'espoir et de généreux projets. Mais, depuis ce jour, il a pris contact avec la décevante réalité : ses rêves les plus enthousiastes se sont vite dissipés, la vie a brisé les ailes de sa foi; il n'a pas cessé de lutter ni de croire, mais il a cessé d'espérer. La France, dont il saluait alors le réveil, est retombée maintenant au demi-sommeil monarchique :

Und die Freiheit hat sich den Fuss verrenkt, Kann nicht mehr springen und stûrmen; Die Trikolore in Paris Schaut traurig herab von den Tûrmen. ^

En vain son licteur rouge assommera la superstition et brisera les tombes des vieux rois, la Liberté ne se délivrera jamais des parasites dont les eflbrts réunis empêchent son avènement.

1. Ch. vm. « Et la liberté s'est cassé la jambe; — Elle ne peut plus ni courir ni montera Tassaut; —A Paris, le drapeau tricolore — Pend tristement du haut des tours. >

Pas une idée pratique, sinon celle de la révolution, ne se dégage de ces chapitres tour à tour soulevés d'indignation ou pénétrés d'ironie. Heine semble se complaire dans la triste conscience de ses efforts perdus. Il fait une délicieuse parodie du discours que tiennent les politiciens, lorsqu'ils croient bon de hurler avec les loups * ; il jette un regard de commisération sur l'image « de son pauvre cousin ^ » de Judée, crucifié au bord du chemin pour avoir voulu, lui aussi, sauver les hommes. Peu à peu, au milieu d,e ses idées maussades, surgissent des souvenirs d'enfance : de vieilles légendes que lui contait sa nourrice lui reviennent en mémoire, avec un refrain que scandent le pas des chevaux et le grincement de la voiture :

Sonne, du klagende Flamme 3...

Et voici qu'il pénètre en rêve dans le Kyffhâuser où le vieil empereur Barberousse veille au milieu de ses guerriers. Certes, le poète n'aime guère les restes du Moyen Âge, et il serait assez disposé à les détruire violemment. Pourtant, sa haine contre le régime prussien est telle qu'il accepterait, en désespoir de cause, la main ferme qui l'en délivrerait.

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