ENGAGEMENT CONTRACTÉ
« la résolution, mais il est à désirer qu'il ne fasse pas comme « ceux qui sont venus devant lui, qui, ayant charge de voir « l'état de la France et de donner avis, se joignaient aux re- « belles. » Il espérait donc que Sa Sainteté ferait choix d'un « personnage pourvu de si bonnes qualités qu'elle soit hors (i de crainte d'en être trompée, comme le Saint-Siège l'a été « ci-devant (1). » Cette lettre porte la date du 8 avril.
Est-elle arrivée trop tarda Rome? Le parti était-il pris irrévocablement ? Ou bien encore a-t-on modifié les résolutions dans ce qu'elles avaient de trop militant? Toujours est-il que Marsilio Landriano quitta Rome, le 20 mai suivant, avec le titre de nonce en France. A défaut d'autre chose, il était porteur de deux monitoirés pour enjoindre, sous les peines canoniques les plus sévères, au clergé et aux laïques d'abandonner le parti du roi de Navarre.
Le parlement de Châlons mit le plus grand empressement à condamner les bulles pontificales comme u abusives, scan- '.( daleuses, séditieuses, pleines d'impostures et faites contre (( les saints décrets, constitutions canoniques, conciles apu prouvés (2). ))
Si Rome continuait à se déclarer contre Henri IV, les protestants, fidèles alliés du roi, se plaignaient de se trouver toujours sous le coup des éditsde 1585 et 1588. Pour se mettre
(1) Clvronol. ivûven., ibid.
(2) iUmoirrf de In Ligue, tom. IV, p. ;;69. L'arrôt est du mois de Juin.
PAR HENRI IV 2o
à l'abii des foudres de l'une et satisfaire aux plaintes des autres, Henri convoqua à Mantes une assemblée des princes, seigneurs et évêques qui suivaient son parti. Il avait aussi à les entretenir du changement de religion qu'il ne cessait de méditer. Relativement à Rome, il approuva l'arrêt du parlement de Chàlons. Sous le rapport religieux, sa déclaration du li juillet dernier confirmait celle de Saint- Gloud, et l'on ne pouvait demander davantage (1). Pour emporter le troisième point, il lit un discours où il montra avec beaucoup de logique que, si les derniers édits contre les protestants avaient force de loi, il perdrait par là ses droits à la couronne, lui pourtant à (jui l'on témoignait «tant d'attachement et de fidélité, comme a au légitime héritier» du trône ; que les protestants devraient s'attendre seulement aux rigueurs et ses amis si dévoués à un jugement qui les condamnerait a comme traîtres, » puisqu'ils avaient glorieusement tenu tête à ceux qui s'appuyaient sur ces édits (2). L'assemblée garda un silence qui semblait approbateur. Seul le cardinal de Bourbon prononça quelques mots en bégayant, et se leva comme pour protester par sa retraite. Aucun des évêques ne le suivit. Alors, le roi le rappela d'un ton dédaigneux et lui ordonna de reprendre sa place (3).
(1) Lettre'^ patentes du roi. contenant déclaration <iu'il a pour maintenir l'Eijlise et Religion Catholique... [Mémoires de la Ligue, toni. IV, p. 3fil).
(2) De Thou, Bistor , lib. Cl. cap. w. ai) De Thou, Ibii.
Ce cardinal portait d'abord le nom de Vendôme, et avait pris celui de
26 KNGAGKMENT CONTRACTÉ
Il n'y avait donc pas d'opposition. Un édit fut porté révoquant ceux qui étaient contraires aux protestants, mais sans spécifier ceux qu'il renouvelait eu leur laveur. C'était prudence de la part du roi qui, dans la crainte de froisser, avait voulu être moins explicite que le Formulaire (1) de du Plessis. Mais il ne pouvait y avoir de doute : l'édit remettait eu vigueur celui de Poitiers confirmé par la Conférence de Fleix. Jacques- Auguste deThou avait eu soin de faire ajouter que cette paix ne dureraitque jusqu'àia pacification générale, moment désiré où les différends se régleraient par tous les ordres du royaume (2).
Bourbon, après la mort de son oncle, le premier cardinal de Bourbon, le prétendu Charles X. Il s'était rallié à la cause royale. Mais il paraît bien que dans l'hypothèse dn maintien de l'exclusion du roi de Navarre, il avait nourri certaines espérances. Le seul existant de ses trois frères aînés, le prince de Conti, était sourd et passait presque pour idiot. Le cardinal n'avait qu'un neveu dont les droits eussentété raisonnablement préférés aux siens : c'était le jeune prince do Condé qui était entre les mains des hérétiques. Mais vivrait-Il, ce jeune prince? Ne serait-il pas lui-même hérétique? Double question que l'avenir seul se chargeait de résoudre. En cet état, n'était-il pas saze do prendre dos mesures pour parer aux éventualités? Quoi qu'il en fût des intentions du cardinal, il est certain que, s'il n'avait pas formé à Tours le tiers-parti qu'on voyait surgir, il le favorisait. Kt tout dernièrement après la prise de Chartres (19 avril 1591), Henri IV, parfaitement au courant des choses, avait cru diîvoir mander son cousin sous prétexte qu'il avait besoin de sa présence, mais en réalité pour le surveiller et pénétrer mieux lesdossoi.is du |)arti. Ces précedcnis peuvent servir à expliquer l'altitude du roi, do cardinal et d&s prélats dans l'assemblée dont il vient d'être parlé.
(1) Mrinoin's cl correspondance de du Plcssis-Mornay, tom. IV, p. Z|92.
(2) De Thon, loc. citai. Cayet écrit de son côté : « Le tout par pro- « vision, jusques à ce qu'il eut plu à Dieu luy donner la grâce de
PAU IIKNRI IV 27
L'appui des parlements (car celui de Tours imitait bientôt le parlement de Châlons dans la condamnation des monitoires) ne paraissait pas suffisant, quand il fallait lutter contre'les arrêts de la cour de Rome. La Déclaration du !i juillet faisait, en même temps, appel aux prélats royalistes. L'appel fut entendu et il eut pour résultat un mandement daté du 21 septembre et adressé aux ordres, villes et catholiques du royaume, mandement qui, en définitive, par une argumentation théologique, en appelait du Pape mal informé au Pape mieux informé. Les prélats, du reste, s'engageaient à envoyer une ambassade à Rome, afin de fournir au Saint-Père tous les éclaircissements désirables (1). Mais le parlement de Tours fil, pour l'instant, opposition à ce projet, parce que les arrêts rendus le défendaient, et parce que le Pape avait été déclaré « ennemi du royaume (2). »
Les pontifes se succédaient, à bref intervalle, dans la chaire
« réunir tous les subjects par l'establissement d'une bonne paix en « son royaume et pourvoir au fait de la Religion, ainsi qu'il avoit pro- « misa son advènementàla couronne. » [Chronol. noven., p. 288.)
(1) Ontsigu''; ce niandeinent : les cardinaux de Bourbon et de Lenoncourt, Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, Philippe du Bec, évêque de Nantes, .\icol;is de ïliou, évoque de Cliartres, Nicolas Fumée, évêque de Beauvais, comte et pair de France, Henri d'Escoubleau, évêque de Maillezais, Claude d'Augennes, évêque du Mans, Claude Clausse, évêque de Châlons, comte et pair de France, René de Daillon, nommée à l'évêchéde Bayeux. Après les signatures des prélats venaient celles de Jean Touchard, abbé de Bellosane, de Claude Gouin, doyen de Beauvais, de Jacques Davy, le futur évêque d'Evreux et alors simple théologien laïque (de Thou, Hhloï., lib. Cl, cap. xviii).
(2) De Thou, Ibid.
^S KNliAGEMENT CONTRACTÉ
de saint Pierre. Grégoire XIV mourut le 15 octobre de cette même annéo. Innocent IX, qui le remplaça, ne devait pas voir l'année suivante. Tout ce qu'il put faire pour la Ligue, ce fut d'élever l'évèque de Plaisance, qui en était le chaud partisan, à la dignité de cardinal et de le constituer son légat en France. Le cardinal Aldobrandin, son successeur sous le nom de Clément Vlll, allait avoir un pontificat plus long et, grâce à une ingénieuse prudence, plus heureux par la pacifique solution donnée à la question capitale qui agitait la France et armait ses enfants les uns contre les autres (l).
Henri IV assiégeait alors la ville de Rouen qui, tenant fortement pour la Ligue, avait répondu à la sommation royale « que la ville ne se souciait pas beaucoup de ses menaces et « qu'elle était résolue de plutôt périr que de jamais reconnai- « tre pour roi de France un hérétique ; et que les habitants <( n'avaient pas moins de cœur à soutenir la religion catholi- «i (jue, apostolique et romaine, que les calvinistes à soutenir (i leur détestable hérésie {'!). »
(I) Sources générales pour ce second point : Cayet, Chronolog. noven.,]i\. Il et III; I>e Thou, m^itor., lib. ('. et Cl ;
Brji'i Ire- journal avec suppléments, pus^im, aux dates correspondantes.
(*2) Regntre-jonrnnl île Hi nri IV, p 79.
PAR IIKNRI IV ■ :?•>
Ce n'était pas sans vraisemblance que les partisans du roi alléguaient que les combats ne lui laissaient guère le loisir de vaquer à l'œuvre de sa conversion (I). Mais la longueur de ce siège lui fournit l'occasion d'aborder certains points religieux. Un homme se trouvait près du roi « pour le ?alut « duquel, dit un ancien historien, Dieu l'avait fait naître (2). » C'était Jacques Davy du Perron dont le nom s'est déjà rencontré sous notre plume. Né protestant, converti au catholicisme, devenu lecteur de Henri III, il s'était attaché, après la mort du roi son maître, au second cardinal de Bourbon (3). Henri IV ayant fait appeler à Rouen le conseil royal, il y accompagna le cardinal de Bourbon et se trouva- en rapport avec le roi dont il ne tarda pas à gagner la confiance. D'Aubigné assigne à l'ancien lecteur de Henri III un rôle tout profane auprès de Henri IV, quand il le peint s'insinuant avec son « éloquence facile et merveilleusement agréable, « dans les bonnes grâces du roi et l'entretenant « à son chevet « familièrement, tantôt de vers français, en quoi il ne le cé- « dait à homme du siècle, puis après en bons contes qu'il fai-
(1) Tel était le langage que tenait le duc de Piney dans sa lettre du 8 avril h Grégoire XIV; et tel sera celui que ne cessera de tenir le royal converti après l'abjuration de Saint-Denis.
{'l) Di tr ours sommaire, p. 10, au commencement des Diverses œuvres du cardinal du Perron, Paris 1622.
(3) Déjà il travaillait de loin et indirectement à la conversion du roi {Diverses œuvres du cardinal du Perron, p. 754 : Lettre escrite au sieur lie Marias à Vadvènement du feu Roy à la couronne). Voir Notes et Documents A, où nous donnons l'analyse de cette lettre qui fait honneur à la perspicacité du jeune conseiller.
30 TîNGAGEMEKT CONTRA CTK
n sait fort plaisamment (1). » Mais si du Perron était distingué comme ix)ëte, il ne l'était pas moins comme théologien, encore qu'il ne fût que laïque. Et la narration de l'auteur du Discours so?nmaire \\ent comipiéter celle de d'Aubigné: nous voyons que, si des nuits entières étaient passées à converser spirituellement sur toutes sortes de sujets, le théologien se gardait de perdre de vue la science sacrée et remontrait au royal interlocuteur « avec telle industrie et telle douceur ce , « qui était à lui représenter en cela, qu'il ne pût s'en offen- « ser (2). » 11 se trouvait secondé par plusieurs catholiques, et, entre autres, par Legrand qui s'appliquait à faire apprécier : du roi celui qui devait être « le principal auteur de sa conversion (3). n
D'un autre côté, pendant ce même siège, le roi avait eu de graves affaires religieuses à traiter (A). L'évèque de Bauvais, Nicolas Fumée, était venu lui présenter les vœux et lui formuler les remontrances des prélats royalistes. Les vœux portaient principalement sur la grande conversion depuis déjà si longtemps appelée et l'ambassade que les prélats s'étaient
(1) Histoire, tom. il], liv. Ill, chap. xxii, p. '2&1.
(2) Diverses rruvres, Ibid.
(3) Ibtd., p 11.
(û) Nous suivons sur ce point Thistorien de Thou {Hisiur., liv. CIH, c. viti), lequel, du resto, s'acconlo avo(^ Davila {Hi-lur., tom. II, liv. Mil, p. '270, 271). Ce dernier historien nous apprend quo le titre et la fonction étaient conH^rés à un prt^trc du diocèse (l'amministra- Uonv délia cu$e S/iiriluali era astegnala d<il gran consiylio ad uiio dc'preti délia dioceti con lUob d'economo Fpirituale.)
PAR UENIU lY 31
engagés, dans leur mandement, à envoyer à Rome, et à
laquelle le parlement s' était opposé. Les remontrances avaient
« pour objet les Ecoiiojnes spirituels, ces dignitaires d'un nouveau genre, qui disposaient des évêchés et des abbayes, quand la mort les rendait vacants ou que la révolte en dépos sédait les titulaires, conféraient les bénéfices à charge d'âme aussi bien que les simples, jouissaient des droits des évêques et en exerçaient le pouvoir. Il avait été décidé encore qu'avec la nomination royale on était en droit de prendre possession des bénéfices consistoriaux ou électifs (1) ; et telle s'affirmait la jurisprudence des cours souveraines. Tout cela était contraire aux lois canoniques. Les prélats suppliaient Sa Majesté d'apporter remède à ce triste état de choses, en rétablissant la véritable discipline.
Le roi comprit la portée de cette démarche et la justice de ces remontrances. Il manda de Tours Achille de Harlay, premier président, Jean Thumery, Jacques Gillot et Jean Villemereau, conseillers. Il voulait avoir leur avis relativement à l'ambassade. Ces magistrats, s'appuyant toujours sur les
(1) On entend en droit par bénéfice} consistoriaux ceux dont les buUos sont expédiées de Rome par voie de consistoire : ainsi des évêchés et de certaines abbayes. Mais ici, évidemment, l'historien prend ces mots dans le sens qu'on leur attribuait en France, c'est-à-dire pour les bénéfices dont le roi avait la nomination {Dictionnaire de Piichelet), ou môme la présentation. La nomination royale prétendait alors servir de confimiation. Quelque chose de semblable se passait pour les bénéfices électifs : si le roi ne nommait pas, il confirmait après l'élection.
3f> RNGAGKMENT • ONTRACTK
arrêts qui avaient été portés, maintinrent la première opposition du parlement. Mais un édit révoqua les économes comme n'étant pas de légitimes dispensateurs des choses saintes. Toutefois ce n'était pas assez de détruire : on voulut édifier. Au milieu des troubles de la France, quand Rome se trouvait avec les ligueurs, comment était-il possible, dans le parti du roi, d'appliquer les lois disciplinaires de l'Eglise ?
Le conseil du roi avait songé a établir un patriarcat en France. On avait déjà accusé à Rome le cardinal de Lenoncourt d'aspirer à cette dignité ; et maintenant Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, n'aurait pas été, paraissait-il, éloigné de partager les idées et l'ambition du cardinal défunt. C'était le commencement d'un schisme. Quand la question fut agitée, le cardinal de Bourbon s'y opposa avec force et le projet fut abandonné. Nous passons sous silence les insinuations de de Thou relativement à ce cardinal dont l'opposition aurait eu ce motif personnel, que, n'étant pas dans les ordres sacrés, il ne pouvait prétendre à la dignité de patriarche et qu'il se serait trouvé humilié d'en voir un autre revêtu. Nous aimons mieux nous en tenir aux seules raisons alléguées et qui se puisent dans le sincère amour de l'Eglise, les malheurs d'un schisme. Nous aimons mieux voir l'ami du cardinal, le théologien laïque, le futur évêque d'Evreux, du Perron, en un mot, sous l'inspiration de ce même amour plaider ardemment la cause de l'Eglise auprès d'un prince de l'Eglise et aussi des principaux de la cour^ afin (|ue le cardinal la plaidât ensuite
dans le conseil avec un succès d'autant moins incei'tain qu'il aurait été mieux préparé. Car tel est évidemment le fait que l'auteur du Discours sommaire se propose de relater, lorsqu'il écrit (1) : i( Ayant été résolu de délivrer une commission à (i quelques-uns des prélats de ce royaume, pour donner les (1 expéditions des bénéfices vaqués, depuis le malheur des « troubles, jusqu'à ce que Dieu y eût remédié, il s'y opposa (! avec une telle vigueur, et anima tellement les principaux de (( la cour et entr' autres feu monsieur le cardinal de Bourbon (I et feu monsieur d'O, que, les lettres en étant toutes expé- « diées, elles furent révoquées et cassées ^n même temps. » On s'arrêta à un autre projet, qui n'aurait pas dû rencontrer plus de sympathies, car, s'il n'innovait pas dans la constitution de l'Eglise, il s'éloignait autant de la discipline reçue : on décida que, après la nomination royale, la confirmation des évêques se ferait par le métropolitain, celle des abbés et bénéficiers par l'évêque du lieu où les abbayes et bénéfices seraient situés ; que, dans le cas où le métropolitain de la province serait parmi les rebelles ou se refuserait, on appellerait celui de la province la plus voisine, que, quand l'évêque du diocèse serait dans la même situation ou montrerait la même opposition, l'affaire serait dévolue à l'archevêque ; enfin que, relativement à la résignation des bénéfices et aux dispenses, les archevêques et évêques agiraient comme en
(1) Liscouii som)!)., p. 11,
.'li ENGACKMrXT CONTRA CTl'.
cour de Rome. On le voit, ils ^'talent substitués au Pape. Mais il fallait un édit : le conseil royal voulait, malgré tout, régler les choses.
Les événements se succédaient sans aboutir à rien. Le siège de Rouen avait été levé au mois d'avril i 592. Le duc de Parme s'était vu contraint de se retirer, mais, par son habile retraite, il avait encore ajouté à sa gloire. Le duc de Mayenne se trouvait malade à Rouen. Des tentatives de négociations entre le duc do Mayenne et le parti royal échouaient malgré le zèle et l'habileté de Villeroy. Le tiers-parti semblait se ranimer : il tombait d'accord avec le chef de la Ligue sur la nécessité de s'unir entre les catholiques pour sommer le roi de vaquer à sa conversion dans un temps déterminé, car autrement on était résolu à élije un roi qui n'eût pas une autre religion que son peuple. On peut dire que telle était l'opinion générale parmi les catholiques. Les Etats généraux, du reste, allaient être convoqués. Les circonstances étaient graves. Il paraissait prudent de faire sonder les dispositions de Rome. Ce projet recevait l'approbation du duc de jMayenne lui-môme : c'est ce que le môme Villeroy. chargé d'une mission secrète de la part de ce dernier, fit savoir à Henri U' (1). On touchait ainsi à la fin de 1.502.
(1) Villcrny. A/fiiii>nrs itl-%hii.
PXH nEKM IT 35
Le roi avait jeté les yeux sur le cardinal de Gondy pour accomplir la délicate mission. Ce dernier ne devait pas se présenter à Rome en qualité d'ambassadeur, mais bien comme prince de l'Eglise : les ambassades avaient trop mal réussi jusqu'alors. Venise allait bientôt faire présenter au Pape ses devoirs d'obédience. Naturellement, eu égard aux relations qui existaient entre cette république et le parti royaliste, on serait amené à parler de la France. Le cardinal profiterait de la circonstance pour dire son mot et insister particulièrement sur la conversion projetée du loi (ï) .
Evêque de Paris, le cardinal de Gondy était demeuré au milieu de son troupeau, comme c'était sa place et son devoir. Pendant le siège si cruel que subit la capitale, il avait ordonné la fonte des objets d'or et d'argentque possédaient les églises, afin de secourir les habitants; et il avait été député avec l'archevêque de Lyon vers Henri IV. La levée du siège n'avait pas permis que les .pourparlers eussent des résultats. Si le cardinal avait embrassé le parti de la Ligue, il s'était gardé de suivre les Seize dans leurs exagérations. Il avait donc refusé de signer le nouveau serment que cette faction, d'accord avec le légat, voulait imposer aux Parisiens, serment en vertu duquel on s'engageait à exclure de la couronne de
(1) Chroaol. 7WV€n., liv. IV, p. hOo.
36 KNGAGEMENT CONTKArTÉ
France tous les membres de la l'atuille royale. Ceci se passait à la fin de septembre 1501; et, le 2 octobre de la même année, le cardinal croyait prudent et raisonnable de quitter Paris et de se retirer à Noisy. La saisie de son temporel avait été la<:onséquence de cette retraite. On le soupçonnait d'être devenu favorable au roi de Navarre: et à une lettre qu'il a\ait écrite pour justifier sa conduite en présence des étranges décisions des Seize et de l'abus de pouvoir du légat, on avait répondu que son devoir était de venir consoler le peuple et de se purger des soupçons qui pesaient sur lai. On avait même prié Mayenne de demander à Rome un autre évêque-, mais Mayenne eut la sagesse de n'en rien faire (1).
C'est dans cette retraite que Henri IV alla chercher le cardinal pour lui confier la mission que nous venons de faire connaître, et qui fut acceptée avec d'autant plus d'empressement que le cardinal, paraît-il, avait lui-même l'intention d'aller à Rome pour ses propres affaires. On lui adjoignit le marquis de Pisany avec le caractère d'ambassadeur du roi et de la noblesse française (2). Mais la mission de l'un devait être suborbonnée au succès de la mission de l'autre. Ils paitirent au commencement d'octobre 1592 ; et, pendant que l'ambassadeur s'arrêtait à Desenzano (3), le cardinal continua
(1) Cette courte notice est rédigée d'jiprcs les auteurs du temps, de Thou, Cayct, l'Estoile.
(2) De Tiiou, IJisloi., lib. Clll.cap viii.
(3) Ibid., cap. X.
sa marche vers Rome. Arrivé en Toscane vers la fin du même mois, il y fut très-bien accuelli par le grand duc. Mais là, i^ràce aux agents de la Ligue et de l'Espagne, il reçut l'ordre de ne pas entrer dans les Etats pontificaux. La défense, cependant, ne visait que l'envoyé présumé de Henri IV, car « s'il voulait aller à Rome en bon cardinal, sans parler du « Navarrais, il serait bien venu (1). »
Malgré la condition imposée et acceptée, il était bien difiicile qu'on passât complètement sous silence à Rome les alfaires de la France, le nom et la situation de Henri IV. Aussi, dans une audience que le cardinal obtint du Saint- Père, la conversation vint-elle à tomber naturellement sur le retour du roi à l'Eglise. « Mais, Père saint, voyant la soumisu sion très- dévote du roi, quelle difficulté faites-vous ? n'avez- « vous pas la puissance de le recevoir? — Qui en doute? « répartit Clément VIII. Mais il est requis que je fasse « frapper à ma porte plus d'une fois, afin de connaître si l'af- « fection est telle qu'elle doit être. » Et, comme le cardinal insistait pour faire admettre à résipiscence ce futur fils aîné de l'Eglise, « je le ferai, ajouta le Pape, quand il sera « temps (2). »
Le roi fut averti de l'entretien, mais tout se borna là pour l'instant.
(I) Heijistre-journul de Henri IV, p. 98. ('2) Cayet, ChroHol. noven,, livr. IV, p. ^03.
38 ENGAGEMBHT CONTBACTÉ
La grande affaire était la conversion du roi. Ce dernier avait déjà déclaré à l'envoyé secret de Mayenne, Villeroy, qu'il ne négligerait rien « pour contenter le Pape et les catho- « liques qui affectionnaient son instruction, » que, quant à cette conversion, il « y marchait de très-bon pied, non pour « crainte de ses ennemis ou pour mieux faire ses affaires, « mais pour le désir » qu'il « avait de contenter ses sujets, « les délivrer de la guerre et mettre son âme en repos (1). m
C'était de ce retour à l'Eglise catholique que tout dépendait.
Politiquement Sully le comprenait et n'hésitait pas à le déclarer. Un jour — c'était ie 15 février de cette année ]5{>3, — appelé par le roi qui voulait l'entretenir de la pacification du royaume et, à ce sujet, de son retour à l'Eglise catholique, il lui fit les réflexions suivantes : qu'un retour au catholicisme aurait les plus précieuses conséquences, qu'il pourrait opérer et cimenter l'union du roi avec tous ses sujets catholiques et, par là, lui permettre de réaliser les « grands et magnifiques desseins *> que méditait son noble cœur. « Sur quoi, ajouta-t-il, » je vous en dirais davantage, si j'éuiis de r< profession qui me permît de le faire en bonne conscien- « ce, me contentant de laisser opérer la vôtre en vous-même
(1) Villeroy, Mémoires ^coUection Petitot, p. 310.
« sur un sujet si chatouilleux et si délicat (1). » Une autre fois, Sully revint à la charge : « De vous conseil- '< 1er d'aller à la messe, c'est chose que vous ne devez « pas, ce me semble, attendre de moi, étant de la religion, « mais bien vous dirai-je que c'est le plus prompt et le plus (( facile moyen pour renverser tous ces monopoles et faire « aller en fumée tous les plus malins projets. » Sur ce, le roi, avec sa vivacité ordinaire, avait reparti : f. Mais, je vous « prie, dites-moi librement ce que vous feriez, si vous étiez « en ma place. » La question était précise ; la réponse fut adroite. « Votre Majesté, répliqua Sully, sait bien que je « fais toujours ce que je puis pour ne lui donner jamais con- « seil en chose d'importance que je n'aie fort médité sur « icelle. Or, usant de même forme en ce qui me regarde, je H vous puis bien assurer que je n'ai encore jamais pensé à ce « que je devais faire pour être roi... Mais, quant à Votre Ma- « jesté, c'est un autre discours. » C'était donc, et il le déclarait, comme homme d'Etat qu'il parlait. A ce titre, il devint pressant dans la conclusion de l'entretien : h II vous sera im- « possible de régner jamais pacifiquement, tant que vous « serez de profession extérieure d'une religion qui est en si « grande aversion à la plupart des grands et des petits de « votre royaume, sans laquelle tranquillité universelle il ne « vous faut point entreprendre ni espérer de le mettre en
(l) Mémoires, tom. I, chap. xxxvn, p. 107.