‹ Henri IV et l'EgliseChapitre 24 sur 54 · I*»S SUITE ET HEUREUSE ISSUE · texte numérisé non relu

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dans la bonne foi? L'assemblée ecclésiastique qu'il avait réunie, avait résolu le point doctrinal : était-ce à lui, homme de guerre et huguenot, de se montrer meilleur théologien ? Au contraire, la décision ne devait-elle pas lui apparaître comme vraie et canonique? Or, qui ne sait que, en théologie, l'on admet que le coupable, dans la bonne foi, peut être absous des péchés, lors même qu'il ne l'aurait pas été préalablement des censures encourues? L'amour de l'Église ne permettrait pas qu'il en fût autrement : quand elle enchaîne par ses lois, c'est pour le bien des âmes, et jamais à leur détriment. A plus forte raison, le même jugement s'applique aux actes religieux qui demeurent simples cérémonies, qui, liturgiquement et théologiquement, portent le nom de sacramentaux : ainsi, dans la circonstance, du sacre des rois. Aux yeux de Rome, il n'y avait donc aucune difliculté à accorder la clause.

En définitive, du Perron était en droit d'apprécier ainsi cette laborieuse négociation : '< Et quand toutes les susdites « choses seront bien considérées, on trouvera possible que « lesdits sieurs du Perron et d'Ossat n'ont pas fait peu « d'échapper à si bon marché, et inômcment qu'ils n'ont '( rien accordé qui soit contre leur instruction ; et que, s'ils « se sont laissés aller à quelque chose, ça été pour le regard « du spirituel, dont le Pape est chef souverain. Mais ils n'ont « dépendu un seul poil de l'autorité temporelle du roi ni de tt ses cours de parlement ou d'aucun de ses magistrats, quel-

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'« que grande presse qui leur ait été faite, ou art dont on a '< usé envers eux (1). »

Un point restait encore à régler, la profession de foi. On finit par s'entendre. La formule adoptée ne différa pas de celle qui avait été employée à Saint-Denis, sinon en ces deux points, qu'on mentionna le concile de Trente à la suite des autres, et que, relativement à l'obéissance au Saint-Siège, l'on ajouta : « ainsi que la rendent les autres catholiques et que l'ont rendue les très-chrétiens rois de France, » les « prédécesseurs » de Henri IV (2). Conséquemment, se trouvèrent également retranchés les derniers mots de la promesse qui •termine la formule de la profession de foi dressée par Pie IV. et où se lit l'engagement de faire, autant qu'il dépend de soi, « garder, enseigner et prêcher » la foi catholique par ceux et à ceux sur lesquels on a autorité. La sagesse de Rome n'avait pas reculé devant cette concession réclamée par la situation difficile où le malheur des temps avait placé la France.

Pendant qu'on agitait ainsi ces graves questions, des supplications s'élevaient de toutes parts de la ville éternelle. A l'arrivée de l'évêque d'Evreux, Clément VIII avait ordonné des prières publiques qui n'avaient cessé depuis. On l'avait vu luimême, à la fête de Sainte- Marie-des- Neiges, quitter de grand matin son palais de Monte-Gavallo avec quelques serviteurs

(1) Ambassades, Annotât., p. 157.

(2) Ambassades, Procès-verbal et bulL, p. 170 et 183.

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pour se rendre àSainte-Mane-Majeure. Il marchait pieds nus, les yeux baissés, versant des larmes et ne donnant point de bénédiction sur son passage. Il célébra la messe dans cette basilique et y demeura longtemps en prière. Son retour s'effectua dans les mêmes sentiments et avec les mêmes signes de pénitence. A l'Assomption, il renouvela le pèlerinage, lin historien a pu exprimer cette pensée que le pontife voulait en quelque sorte se déguiser en pénitent public et fournir au roi un exemple à suivre (1). Mais il serait plus complètement vrai de dire que, par les actes religieux qu'il accomplissait et qu'il prescrivait, il se proposait d'intéresser tout particulièrement les cieux à la grande affaire qui était pendante devant son tribunal (2) .

L'accord s'étant établi sur tous les points, on fixa le jour de

<1; li. .N., Nouveau Fonds I<ranç.iis,ms. 0808, fol. 23 recto : l'auteur de l'histoire qui forme le ms. et qui est C3lle du cardinal du Perron, est le savant Antoine Aubery.

(2) Pour ce second point, gources générales :

Lettres d'Ossat, lettr. XXX, du 30 août;

Ambassades du cardinal du Perron, p. 135 etsuiv., (Inslruriion nu -sietir du Perron... allant à Hame...; articles accordez et promit au nom du Roy pour l'absolution de Sd Miijeslr ; Anuotftions et Advcrtisscments sur les précédents articles);

h. y.. Fonds Bricnnc, ms. 137, fol. Iii3 et loi, {<irlicle$ prpposei d demandez à Rome out pmoireurs du Roy lots de son absolution^ mais non accorda par eux; tt Discours de ce çui se pus^a à Rome pour l'absolut ton du Roy Henri IV rt principalement toucliant les processions et autres actes Je dévotion que fit fnue le Pape pour se préparer à un si qrand affaire)

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l'absolution au dimanche J7 septembre. La veille, quatre censeurs communiquèrent aux cardinaux une note ainsi conçue : « Demain il y aura procession de la salle des parements à « l'église des Saints-Apôtres. Les illustrissimes cardinaux y « marcheront revêtus de leurs chapes violettes et notre (( Saint-Père avec la chape pontificale. Sous le portique se '( lera la bénédiction du très-chrétien roi de France et de Na- « varre (1). n Ce jour-là même, le Pape se rendit au Vatican, alin qu'aucun retard ne fût apporté à l'accomplissement de la cérémonie.

Le lendemain 17, après avoir dit la messe de grand matin, il descendit dans la salle des parements où l'attendaient les cardinaux, à l'exception d'Alexandrin (2), qui refusa de s'y trouver, et de Marc Colonna et d'Aragon, qui étaient malades. Là, il se revêtit de ses habits pontificaux, reçut une chape rouge et se couvrit de la mitre précieuse. La procession se mit en marche. Le souverain-pontife était à pied, précédé des cardinaux devant lesquels s'avançaient, deux à deux et vêtus d'écarlate, les officiers de sa chambre. A la salle ducale^ il s'assit sur la sedia rjestaloria pour èlre porté selon l'usage adopté dans les grandes cérémonies. On marchait très-lentement. Bien qu'on eût fait garder les portes du palais et du

(1) B. N., Nouveau Fonds Français, ms. 5808, fol. 23 recto.

(2) C'était le seul cardinal que, selon l'ordre de Henri IV, les procureurs français n'avaient pas dû visiter, « comme trop partial serviteur du Roy d'Espagne. » {Ambassades, p. 1^8.)

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portique, la foule avait envahi les chambres et les escaliers, avide qu'elle était d'assister à une cérémonie telle qu'on n'avait rien vu de semblable depuis des centaine d'années.

Le portique immense de l'immense basilique était magnifiquement décoré. Le trône pontifical, où brillaient des tentures de drap d'or, s'élevait, au coté droit, sur une estrade de plusieurs mètres de hauteur et recouverte d'un tapis vert. Clément YIII y prit place. Se rangèrent à l'entour les cardinaux évêques, prêtres et diacres, les archevêques et évêques qui se trouvaient à Rome, les protonotaires apostoliques, les consul teurs et ofliciaux du tribunal de l'inquisition, certains personnages, ducs et marquis, plusieurs camériers et officiers de Sa Sainteté, les pénitenciers de Saint-Pierre avec deux maîtres des cérémonies et une foule d'autres personnes.

Quand tout fut disposé, un des deux maîtres des cérémonies alla chercher les procureurs français, qui se tenaient près de là, pour les conduire vers Sa Sainteté. Des massicrs marchaient devant eux. Après trois génuflexions, du Perron et d'Ossat allèrent se prosterner aux pieds du Saint-Père et, les ayant baisés, ils redescendirent les degrés du trône pour s'agenouiller sur le dernier. Dans cette attitude, du Perron lut en latin (1), à haute et intelligible voix, pendant (jue d'Ossat la récitait à voix base, cette supplique, au nom de Henri IV,

(1) Comme cela dev;iit être, on ne se servit que de la langue latine ; les pièces en français furent même traduites en celte langue.

dont il produisait la procuration authentique : « Je comparais « humblement et en suppliant devant Votre Sainteté, vrai « vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur Ja terre et succi cesseur du bienheureux Pierre, prince des Apôtres ; je la « supplie, eu égard au réel repentir de notre prince pour les « erreurs qu'il a professées, pour les actes mauvais qu'il a « opérés, relativement à la sainte foi que tient, enseigne et « prêche la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, (( relativement à la sainte Eglise elle-même, à ses droits, à ses « personnes, eu égard aussi aux dispositions de notre prince « à promettre — et nous allons le faire en son nom, mon col- <t lègue et moi — de rompre désormais avec ce passé, la (1 grâce divine aidant, et d'obéir perpétuellement aux ordres « du Saint-Siège, je supplie donc Votre Sainteté, eu égard « encore à plusieurs autres motifs justes et légitimes, et parti faitement connus d'elle, de daigner accorder à ce même roi « très-chrétien, déjà absous en France par un prélat de son « royaume a\ec le conseil et du consentement de plusieurs « autres prélats du même royaume, votre sainte bénédiction « et suprême absolution des censures par lui encourues et '( contre lui déclarées à cause des susdites' erreurs, le rece- (i voir dans la communion du Saint-Siège apostolique et le « réconcilier avec lui dans la forme accotitumée de l'Église. Je « suis donc prêt à abjurer avec un cœur sincère et sans au- « cune feinte ces erreurs et toute hérésie, à fdire profession (( de la foi catholique selon la formule qui doit nous être assi-

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« goée, et à promettre, pour ce qui regarde notre prince et ((nous aussi, d'accomplir fidèlement tous les autres devoirs « qui incomberont d'après les commandements de Votre Sainte teté et de ce siège apostolique (1). »

Après la lecture de la supplique, le Pape, toujours assis sur son trône, remit le décret d'absolution à l'assesseur du saint oflîce, Cosme de Angélis, qui le reçut à genoux, se plaça à la gauche du trône pontifical et en fit la lecture. Telle était la teneur du décret : « Nous Clément VIII, pnpe, après avoir inn voqué le nom de notre Sauveur Jésus- Christ, de qui décou- <i lent les équitables jugements, ayant pour tribunal le trône « de justice, ne plaçant que Dieu devant nos regards, tout '< bien examiné, bien pesé, nous décrétons et déclarons que la « prétendue absolution départie à Henri IV, roi de Fiance et « de Navarre, par un prélat de France, ainsi qu'on s'exprime, « et avec le conseil de quelques autres prélats du même c royaume, a été et est nulle et de nulle valeur, que, dans le « fait, elle doit être et est annulée, comme nous l'annulons et u la mettons à néant. Nous voulons, cependant, que les actes (( de religion, d'ailleurs catholiques et dignes d'approbation, ti qui ont été accomplis en vertu de cette absolution, tant en «( faveur de celui qui l'a reçue que par lui-même, soient et « demeurent valides, ratifiés, comme si Henri de France avait u alors été absous par nous. Mais, en même temps, plusieurs

(1) Ambdifadrs, P iuri-<-vrrhal , p. I6'|.

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f( raisons ayant déterminé notre âme, nous décrétons et dé- « clarons que le même roi Henri, qui nous le demande avec « humilité et instance, doit être, encore qu'en l'année i57*2 « il ait, à Paris, abjuré et abhorré ses erreurs et hérésies et y (I soit retombé ensuite (1), absous et affranchi de l'excommu- « nication majeure, ainsi que des autres sentences, censures et « peines ecclésiastiques qu'il a encourues en s'afiiliant aux hé- « résies, en faisant, permettant des actions hérétiques, ou de « quelque autre manière que ce soit, et qu'il a été déclaré avoir « encourues par le pape Sixte-Quint, d'heureuse mémoire, (( notre prédécesseur, dans ses lettres datées du cinquième « jour des ides de septembre 1585, et la première année de « son pontificat ; nous décrétons et déclarons qu'il doit être (( reçu dans le sein de la sainte mère l'Eglise, rendu à la « participation des saints sacrements, à la condition, toute- « fois, de faire au préalable, dans les formes prescrites et « selon les dispositions canoniques, abjuration, en les ana- « thématisant^ du calvinisme avec toutes les erreurs et héré- « sies qu'il renferme, ainsi que de toutes les autres erreurs et « hérésies qui s'élèvent contre la sainte Eglise catholique, « apostolique et romaine, à la condition aussi d'émettre lé- « gitimement, et toujours au préalable, une profession de la « sainte foi catholique selon le mode et la formule que nous »« indiquerons, et, à la suite, la promesse canonique d'obéir

(1) Ces paroles sont une allusion aux constitutions du pape Luciuslll sur les relaps.

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