‹ Henri IV et l'EgliseChapitre 25 sur 54 · G SUITE ET HEUREUSE ISSUE · texte numérisé non relu

G SUITE ET HEUREUSE ISSUE

H perpétuellement aux préceptes de Ja sainte mère l'Eglise et (( aux ordres que nous intimerons, de tout accomplir fidèle- (( ment à la louange et à la gloire du Dieu tout puissant et (( de sa sainte Eglise : la profession et la promesse seront ac- « compagnées du serment (I). »

On procéda immédiatement à l'exécution du décret. Les procureurs français, toujours à genoux au bas du trône pontifical, prononcèrent, au nom du roi, l'abjuration, la profession de foi, la promesse de l'obéissance avec le double serment requis. Ils en signèrent l'attestation qu'ils récitèrent la main sur l'Evangile. Alors, le souverain -pontife fit donner lecture, par l'assesseur susdésigné, des pénitence*? imposées et des ordres intimés : ce n'était autre chose que les seize articles que nous avons fait connaître. Les procureurs français en signèrent également l'acceptation.

Aussitôt commença le chant du Miserere. Les procureurs se prosternèrent. Un maître des cérémonies remit au Pape une baguette. On sait que, chez les Romains, on se servait d'une baguette, appelée vmdicla, pour l'affranchissement des esclaves. Un usage semblable s'était conservé à Rome pour l'absolution des hérétiques (2). Le Pape, ayant donc pris la baguette, en touchait légèrement et alternativement (3), à

(1) Procès-verbal, p. 167.

(2) « Virga leviter inter spatulas verberat absolvondnin. n (Pouti/. rom. d" r,n''j:oirc Mil et du Cl< ment VIII )

(.'<) Davila dii que ce fut le cardinal de Sainte-Séveiiue, grand-pénitencier.

chaque verset du psaume, les épaules de du Perron et d'Ossat qui demeuraient toujours prosternés. A la fin du psaume, il se leva sur son trône, récita les oraisons accoutumées et prononça la formule de l'absolution qui faisait rentrer le roi dans le giron de l'Eglise. A ce moment, les instruments firent entendre leurs joyeuses symphonies, les tambours battirent aux champs, des cris d'allégresse montèrent de toutes parts et le canon du château Saint-Ange y mêla ses bruyantes décharges (1). Les procureurs français, s'étant levés, vinrent baiser, avec un bonheur sensible, les pieds du Saint-Père qui les embrassa et leur dit : que s'il avait ouvert au roi les portes de l'Eglise militante, c'était à lui de s'ouvrir, par les bonnes œuvres, celle de l'Eglise triomphante. Du Perron s'empressa de répondre, en assurant que le roi s'y appliquerait avec zèle. On dressa acte de tout ce qui s'était accompli ; et, lorsque ce fut terminé, le Pape se retira. Mais auparavant, et sur son ordre, la basilique de Saint-Pierre s'ouvrit, et le cardinal de Sainte- Séverine, grand-pénitencier, assisté des autres pénitenciers, conduisit les procureurs français à l'autel de la Confession pour y chanter le Te Deum.

Sur l'invitation du cardinal de Joyeuse, on se dirigea ensuite vers Saint-Lonis-des-Français. Plusieurs archevêques, évêques et prélats s'y réunirent avec tous ceux qui avaient dans le cœur quelque amour de la France. Un second le

(1) Letires d'Ossat, lettr. XXXII.

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Deum y fut chanté et, le lendemain, Guillaume d'AvaDSon, archevêque d'Embrun (1), y célébra la messe en action de grâces. Dans plusieurs églises de Rome, on fit entendre les mêmes prières et Ips mûmes cantiques. Il faut citer, entre autres, l'église du couvent de la Trinité, qui appartenait aux Minimes français : Anne d'Escars, évêque de Lisieux, y oflicia deux fois pontificalement (2).

(1) Nommé archevêque d'Embrun en 1561. G. d'Avanson avait vu son diocèse en proie à bien dos souffrances dans les dernières guerres. Lui-même résidait à nome depuis plusieurs années, au moment de l'absolution, et nous !e voyons, dans le Piucèi-verOal, figurer parmi les prélats assistant^. Il devint cardinal et mourut en 1600, le dernier des évêques qui avaient pris part au concile de Trente. {Galiia duist., tom. MI, col. 1095, 1096.)

(2) A. d'Escars avait embrassé le parti do la Ligue, et, en 159'i. il fut envoyé à Rome par le même parti, afin d'empêcher la réconciliation du roi avec l'Eglise. 11 y était donc demeuré depuis. Si nous le voyons prendre part à la joie que cause l'heureux événement, nous ne rencontrons pas son nom parmi les prélats qui assistèrent à lu cérémonie. Il devint plus tard cardinal sous le nom de Givry, et mourut évêque de Metz {Gnilia christ., tom. M, col. 80û et tom. I\ , col. 69li).

Pour ce quatrième point, sources générales :

Ambassades, p. 162, [Provèi-verbal de l'absolution donnée au Rot Uea) ;i le Grand par le Pape Clément VIII);

Les divers opuscules publiés à cette époque iZ)t rebu% Romœ nupi^r gestis epiit(dœ, .s. 1. n. d.; Di •'cours nu vrai/ de> sainctes cérémonies faicU^ à Rome pour la réconciliation de Henri IV, Lyon 1596; iJlicours de ce qui s'est passe à Rome te XVII de Srjite/itbre, Nevers 1595, etc.);

B. N., Fonds Brienne, ms. 137, fui. 1/|7 et 151, {Cérémonies observées a Rome par les sieurs Evesques d'Evreux etd'Ossat en l'absolution du Roj,\ et Discours de ce qui se />a"*'/ à Rome pour l'absolution du floy Henry IV...);

Lc«m d'Ossat, lottr. WMll. à Villeroy.

Pendant trois jour?, il y eut illumination à Rome. Les feux de joie se succédaient. On eût dit que la ville venait d'être délivrée d'un grand malheur ou d'obtenir quelque avantage insigne. « Les trois premiers soirs, écrivait d'Ossat, force feux de joie par les rues et des lumières aux fenêtres (1). » La poésie elle-même voulut célébrer l'événement. Parmi ses productions, Cayet nous a conservé ces deux distiques (2) :

Quem tota armatum mirata est G allia regem^

Mirata est etiam Roma beata pium.

Mogmim opus est armis stimvisse tôt agmma ; majus

Pontifias pedibiis succiibuisse sacris.

« Le roi que toute la France a admiré sous les armes, « Rome a été heureuse de l'admirer aussi dans la piété. 11 est <( bien glorieux d'avoir renversé dans les combats tant de «I bataillons ; il est plus glorieux de s'être prosterné aux « pieds sacrés du pontife. <>

Le jour même de l'absolution, les procureurs du roi firent partir un courrier avec une lettre de quelques lignes où nous lisons ces mots : « Sire, c'est aujourd'hui que nous vous <( annonçons les bonnes nouvelles de votre absolution qui,

(1) Lettre XXMil, à Villeroy.

(2) CItri,,,. voven., liv. VII, p. f89.

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