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« après tant de combats, de traverses et de difficultés, vous « a été donnée ce matin au portail de Saint-Pierre, à la vue et H avec l'applaudissement de tout le peuple (l). » L'honneur cependant d'avoir apporté en France les prémices de la nouvelle a dû revenir à un autre courrier, envoyé, au même moment, dans un sentiment de courtoisie affectueuse, par le maître des courriers du Pape : celui des procureurs français, pour plus de sûreté, avait pris le chemin le plus long ('2).
Dès le 2li septembre, Henri IV adressait une missive à ses ambassadeurs pour les charger de présenter à Clément VIII ses affectueux remerciements. Les ambassadeurs ne pensèrent mieux faire que d'en donner au Saint-Père une copie qui fut reçue avec une vive satisfaction et communiquée à plusieurs cardinaux (3).
L'expédition de la bulle tardait plus qu'on ne l'aurait espéré, parce que le Pape n'était revenu de sa villégiature de Frascaii qu'à la fin d'octobre. Enfin, le jour de la Toussaint, l'acte pontifical, tout en restant daté du 17 septembre, fut remis aux mains des ambassadeurs. L'évoque d'Evreux avait eu l'intention de le porter lui-même en France, mais une maladie de douze à quinze jours, les intérêts du roi qui semblaient réclamer encore sa présence à Rome, l'avaient engagé
(1) Divers, ofuvrcs du cardinal du Perron, p. 860.
(2) mi.
(3) Atnbosiades du Gard, du Perron, au Roy, lettr. du 6 novembre, p. li.
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à renoncer à son projet. Il chargea de cette mission Alexandre d'Elbène, qui partit le 7 novembre de la ville éternelle (1).
La bulle était accompagnée d'une lettre de congratulation que Clément VIII adressait à Henri IV (2). Dans cette lettre, qui portait la date de ce même jour, 1" novembre, le Saint- Père rappelait ce qui avait été fait diplomatiquement et religieusement pour arriver à ce grand résultat par lui tant désiré, la réconciliation du roi avec l'Eglise ; puis, faisant allusion à ce que certaines langues faisaient courir sur cette réconciliation, il avertissait celui qu'il pouvait maintenant nommer son très-cher fils, de savoir montrer qu'il n'y avait là rien « de feint ou de dissimulé (3), » de prendre garde à se fermer par une duplicité coupable les portes « de l'Eglise et du ciel (h). » A la noble liberté du pontife dans les avertissements venaient se joindre les accents du père dans la prière : « Nous supplions Votre Majesté, continuait le pontife, de « marcher en présence de Dieu et de nous en toute vérité et h dans la candeur de votre âme royale, de méditer, pour la « gloire de Dieu et l'accroissement de la religion catholique, « des actions grandes, belles, dignes d'un roi très-chrétien, « dignes de votre noble cœur, dignes enfin de tant de rois
(1) Ibid. et p. 22, lettre ù Villeroy; Divers, œuvres, p. 861.
(2) B. N., Fowh Brleivïe,ms. 137, fol. 193.
(3) IbUl., fol. 195 versa (6) IbUf.
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« très-chrétiens et très- il lustres, vos ancêtres, et, en parii- « culier, de ce saint Louis dont le sang coule dans vos « veines (1). '>
La France se réjouissait et, comme à Rome, la poésie entreprit de dire le boniieur public. Une pièce composée de six sonnets et livrée alors à la publicité, nous a été conservée (2). On y raconte, par exemple, sur le bonheur de la France :
Les peuples de la France aux principales rues De leurs gaies cités changent la nuit au jour, A force feux de joie, où tournent à l'entour Les bourgeois principaux et les tourbes menues.
S'il se trouve du peuple aucun qui soit jaloux Du bonheur que reçoit à cette heure la France, La stérilité fasse en ses champs denieurance, Et que tout son bétail serve de proie aux loups.
Le second quatrain et les deux tercets du à* sonnet ne manquent pas de charme.
Henri, à qui un Mars est second on vaillance, Je te veux maintenant découvrir tout à nu Le .saint nombre de trois de ce beau lis venu Jadis du haut du ciol dans ton écu de France.
Ces trois célestes lleurs, par leur nombre accompli, Témoignent ton bonheur, par trois choses rempli; Car l'une est ta vaillance incroyable en la guerre;
L'autre, que bénit Rome, est ta grand' piété,
Et puis la troisième est ton immortalité,
nu'au ciel t'acquiert ta foi, ta vaillance en la terre.
(1) Ilnd., M. 196 recto et verso.
(2) Allcyresse de la France pour la bénédiction envoyée par Sa Saincteté à Sa M'ijcsif' Trcs-Chrcitieniie, par Jean Godard Parisien, l^aris 1593.
Et ces deux tercets du 5° sonnet dans lesquels le poète s'adressant au Saint-Père, constate le dévouement filial du roi ?
Saint pasteur, vois comment de loin il te regarde, Joyeux que de nouveau tu le prends en ta garde. Vois sur tous tes troupeaux comme il connaît ta voix :
Los premiers sont derniers par ce fait manifeste. Et les derniers seront premiers à cette fois, Ce que de ses troupeaux dit le berger céleste.
Enfin citons les deux tercets du dernier sonnet.
Etrangers voyageurs, qui courez le pays. Quand vous serez chez vous, vos peuples ébahis, Etonnés de notre heur, vous prêteront l'oreille.
Au récit de l'état de notre nation :
Mais dites-leur alors que ce n'est pas merveille,
Vu que c'est un pays de bénédiction.
Pendant que la France, vraiment catholique, se livrait ainsi à la joie, il y eut des esprits qui, par malignité ou ignorance du pontifical romain, essayèrent de tourner en ridicule la cérémonie même de l'absolution. De ce nombre furent les huguenots et un certain nombre de gens de robe et d'épée. Pour les premiers c'était dépit de sectaires; les seconds voyaient là une humiliation pour la France. La simple baguette de Clément VIU devint une perche ou un bâton, et ses légers attouchements des gaulades ou des coups assez pesants (l).
(1) On semblait être autorisé ù cela par une relation de Jean Botero, de Benèse, traduite de l'italien en latin et imprimée à Cologne : dans
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C'était sans doute en prévision de la susceptibilité française ou peut-être parce que certains bruits étaient parvenus jusqu'à leurs oreilles, que les procureurs français firent supprimer du procès -verbal le passage où il était dit du Pape : u Verberabat et percutiebat humeros prociiratorum, » expressions empruntées au pontifical et que le même d'Ossat qualifiait d^hyberboliques (1). C'était aussi pour faire justice dépareilles récriminations qu'il écrivait plus d'un an après : « C'est une <( cérémonie du pontifical laquelle nous ne sentions non plus « que si une mouche nous eût passé par-dessus nos vête- « ments (2) . »
cette relation, entre plusieurs choses fausses et impertinentes, on parle de coups de Ijâton (de Thou, Histor., lib. CXIU, cap xxii).
Les huguenots firent circuler les vers suivants où la poésie est loin d'égaler la malignité :
D'un si léger baston no doit estre battu
Le Perron à vos pieds lascUcuiont abattu :
Sa coulpe ver» son Roy est par trop criminelle.
Si la verge de fer que Christ tioiit en sa main,
Vous tenés en la vostrc, ô N icairc romain,
Rompes lui t(.iut d'un coup les reins et la corvelk».
[Rrijistri'Jùunuil de lienn IV, yt 266.)
Ne voyez-vous pas, disaient ceux qui examinaient si l'Eglise est en l'Etat ou l'Etat en iLglise, « Ne voyez-vous pas comme l'Etat se sou- " met à l'Eglise, que ce brave Roy, aprè*3 tant d'armées défaites, tant « de s'jjcts soumis, tant de grands princes, ses ennemis, abattus à « ses pieds, il a fallu que luy, se prosternant au pied du Papo, ait « reçeu les gaulades en La penontie de M. le ConverUsscur et du Cardinal « d'Ossat? » (Cow/ViiJo/i de Sancy, liv. 1, ch. i.)
(1) UUns d'Ossat, lettre LXXXV, à Villeroy, du 17 octobre 1596.
(2) Ibui.
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Cependant, les singulières interprétations dont nous venons de parler agirent-elles quelque peu sur l'esprit de Henri IV, ou bien celui-ci attendait-il l'arrivée de la bulle pour écrire directement au Pape ? Toujours est -il que, dans une lettre du commencement de novembre adressée au roi lui-même, du Perron le supplie de ne pas différer plus longtemps, parce qu'un semblable silence étonnait les uns et donnait prise à la malignité des autres (1). Enfin, le 12 novembre, il expédia, i'u camp deTraversi, deux lettres pour le souverain pontife : l'une annonçait que l'autre, où se trouvaient consignés les remerciements, serait présentée par du Perron et d'Ossat. Dans cette dernière, en effet, il s'exprimait ainsi : « Gommp je recon- .( nais m'être impossible de remercier Votre Sainteté, par écrit, « si dignement que m'y oblige le mérite de la grâce qu'il lui « a plu me départir, en m'octroyant sa sainte bénédiction et '( souveraine absolution, je sais plus mauvais gré aussi à mes « ennemis de ce qu'ils me privent de l'honneur et du conten- (• tement que je me donnerais maintenant, de m'en acquitter « en personne, comme je supplie très -humblement Votre H Sainteté croire que je le ferais volontiers, m' allant jeter à « ses pieds, pour rendre ma reconnaissance et gratitude aussi « mémorable qu'elle sera à la postérité, et a été grande en
(1; Divers, œuvres^ p. 861.
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« mon endroit sa largesse et bienveillance. » Un peu plu> loin, il assure le Saint-Père a que Dieu sera glorifié en ce « bon œuvre, son Eglise restaurée en la France, le Saint-Siège « honoré et respecté comme il doit être et la personne de » Sa tt Béatitude magnifiée, révérée, chérie et obéie unique- « ment et constamment de » lui « et des Français à peru pétuité (1). )i
Cinq jours plus tard, de nouvelles lettres du roi partirent pour les. personnages qui avaient servi sa cause à Rome et, entre autres, pour le grand-duc de Toscane dont l'ambassadeur s'était si bien montré, pour le cardinal de Joyeuse qui, appelé à son tour, devant le Pape, l'avait non-seulement conseillé, mais prié instamment d'octroyer l'absolution, pour le cardinal Tolet (2) qui, après Dieu, avait plus fait auprès de Clément VIII que tous les autres ensemble, « chose émerveillau ble, écrivait d'Ossat à Villeroy, que du milieu de l'Espagne, « d'où est issue toute l'opposition et contradiction à un œuvre
(1) Ambassades, p. 17. On voit encore, dans cette lettre que Clément VIII s'était offert de venir lui-même en France donner l'absolution au roi.
{Tj Le président Hénault fait, d'après Sallo, ;\ l'occasion de l'absolution, cette rétlexion : Le roi cherchant à être agréable à la cour romaine « donna indifféremment à tous les cardinaux le titre de comm. • au lieu qu'ils n'avaient auparavant que celui de cher ami, s'ils n'ét taient princes ou favoris. ■ {Abrège, rltronul.de Vllmtoire de France, Supplément, an. 1595.) C'est bien ce que nous lisons, en effet, dans le traité sommaire des lé(juts, p. 22, par Donis de Sallo, lequel se trouve à la suite du Tmiié des léyats a lalere, par le même auteur : ce dernier trait/; est placé lui-même iprèsV Origine des Airdinauz du Saint-Siéfje, par (bi Poyrot, Cologne 1665.
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« si saint et si nécessaire à toute la chrétienté, Dieu aitsuscité « un personnage pour conseiller, procurer, solliciter, achef( miner, avancer et parfaire ce que les Epagnols abhorrent le « plus (l). ))
La reconnaissance ne doit pas êtro moins sacrée, lorsqu'il s'agit de Dieu. C'était du reste, une des clauses de l'acte d'ab* solution. Henri IV, toujours à son camp de Traversi, adressait, du 20 au 30 du même mois, aux évoques de France une missive qu'étaient chargés de leur remettre les gouverneurs des provinces à qui il écrivait en môme temps. Dans la missive aux évoques il demandait des actions de grâces et des prières; dans celle aux gouverneurs il leur ordonnait de faire tirer le canon et allumer des leux de joie le jour qui serait fixé par les prélats pour la cérémonie religieuse (2). Une circulaire analogue était expédiée aux parlements : le roi ordonnait qu'on as-
(Ij Lettres missives, toni. IV, p. i!i53 et suiv., et, à la fin du volume, table des lettres non imprimés, p. 10^3; — Lettres d'Ossat, lettr. XXX, déjà citée et où nous lisons les paroles ici transcrites, lettre XXXV. lettre commune des deux procureurs du roi, du 31 octobre, dans laquelle nous voyons que c'est le F>ape lui-même qui les a instruits des bons offices du cardinal do Joyeuse.
{'!) Cayet place au 25 novembre la lettre au prince de Conti, gouverneur de Paris; l'original de la môme circulaire au connétable de Montmorency, gouverneur du Languedoc, porte le 30 novembre ; nous avons eu sous les veux les deux circulaires, imprimées cette même année 1595, qui furent adressées à de la Guiche, gouverneur du Lyonnais, ù de Lavardin, gouverneur du .Maine : elles sont du 20 ; la lettre i Pierre d'Epinac, archevêque de Lyon, également imprimée ù la môme époque, est aussi du 20, tandis que celle adressée à Gilles de Noailles, évoque de Dax, porterait la date du 22. {Lettres iniisives, tom. IV, p. Zi58.)