CHAPITRE X
nATII-IGATrON ET EXECUTION DLS CLAUSES.
Au consistoire qiio notro SaiiU-Prrc tint le lundi 7 do ce mois, il fit lire tout du long, en la pn^encc de tous les cardinaux, la ratification faite par le roi et leur dit combien volontiers Sa Majesté l'avait passée et signée, sans avoir voulu qu'on lui apportât une tablette pour appuyer sa main, disant qu'il ne faisait ponit de faux serment et partant la main ne lui tremblerait point. (Lettre d'Ossat.)
l. Du Perron et d'Ossat.
H. Opposition en France.
m. lléception du cardinal de Florence, nommé légat, et ratification
de l'acte d'absolution.
IV. Fidélité du roi en général ù remplir les clauses apposées dans
l'acte d'obsolution.
\. Eclaircissement sur deux clauses en particulier, la construction de
monastères et la publication du concile de Trente. V[. Il'jureux résultats de cette absolution.
Du Perron n'était toujours qu'évêque nommé d'Evreux. l);inssa lettre de remerciements, Henri IV eut soin de demander que celui-ci fût pourvu canoniquement de l'évêché avant son retour en France, car ce prélat, le roi en donnait formellement l'assurance, s'acquitterait dignement de la grande mission épiscopale. Au témoignage du roi venait se joindre
celui du Pape lui-même et du sacré-collége, qui avaient été à même de si bien apprécier le personnage dans le cours des négociations. Préconisé dans le consistoire du 11 décembre de cette même année 1595, du Perron fut sacré, quinze jours plus tard, à la fête de saint Jean l'Evangéliste (1).
Henri IV tint à récompenser également le zèle et l'habileté de celui qu'il avait adjoint à l'évèque d'Evreux dans l'iuiportante affaire de l'absolution : il nomma d'Ossat à l'évêché de Rennes. Du Perron crut devoir écrire au roi pour l'en remercier en son nom personnel. « Car outre ce que vous ayant plu '< me le donner pour adjoint en l'exécution de votre service, je « pense être aussi conjointement obligé en la gratification « qu'il en reçoit. Il m'a semblé, d'ailleurs, que cette libéralité <i de Votre Majesté méritait d'être louée et remerciée avec cer- (( taines particularités que la modestie dont il fait profession, '< ne lui permettait pas de toucher. Je dirai donc véritablement K à Votre Majesté que longtemps elle n'a fait action qui ait « donné meilleure odeur de ses actions à Rome que celle-ci, « et dont non-seulement l'approbation, mais la louange ait été « plus universelle (2). »
L'évèque d'Evreux quitta Rome le 28 mars 1596. Ce jourlà même, d'Ossat prit la plume, à son tour, pour dire au roi :
(1) Z.e«r« d'Ossat, lettres XLII et XUII, à Villoroy, des 18 décembre 1595 et 16 janvier lô9G.
(2) Am'hmmdes du cardinal du Perron, lettre du 13 mars 1596, p. 37.
« Monsieur d'Evreux... laisse un grand regret de soi à toute « cette cour pour les rares qualités que Dieu a mises en lui... « Outre la prudence, fidélité, zèle et bonheur qu'il a portés au « service de Votre Majesté, il a encore par son savoir fait hon- « neur à notre nation en toutes les compagnies des grands et « savants personnages où il s'est trouvé... Et pour mon^ re- « gard, de plusieurs faveurs et honneurs qu'il a plu à Votre « Majesté me faire, je lui suis principalement obligé pour ;< m'avoir associé en si grand affaire avec un si grand person- <( nage duquel je confesse avoir beaucoup appris non-seule- « ment en matière de science et de lettres, mais aussi d'af- « f aires d'Etat (1). »
Telle était l'estime que les deux ambassadeurs- avaient l'un pour l'autre, estime sincère, fondée sur un mérite réel et supérieur, estime d'autant plus durable que la base en avait été plus éprouvée à l'œuvre de négociations longues et difficiles*
Les opérations militaires se continuaient dans le nord de la France avec des chances diverses. Mais Henri IV eut le bonheur de s'emparer de La Fère après un long siège. On était aux premiers jours de juillet. Le roi quittait Abbeville pour se rendre à Amiens. C'est vers cette dernière ville que du Perron dirigea ses pas, après s'être à peina arrêté à Paris. L'un et l'autre arrivèrent, le 5 du même mois, dans la capitale de la Picardie.
(1) Lettres d'Ossat. lett. LUI, au roi, du 28 mars.
■2-r2 lîATIFU.ATION
Le roi recul son ambassadeur avec de grandes démonstratrations de joie et lui exprima tout son contentement au sujet de la légation. l)j Perron remit le bref et la lettre dont le Saint-Père l'avait chargé pour Sa Majesté, ainsi que la lettre (lu cardinal Aldobrandin : lo roi se montra vraiment houreux des sentiments qui étaient exprimés de part et d'autre. Le lendemain matin, ce fut la présentation du tableau el du chapelet que Sa Sainteté offrait à Henri IV : celui-ci destina le tableau à l'autel de la magnifique chapelle en construction au château de Siint-Germain-en-Laye, et réserva le chapelet pour le porter et réciter chaque jour à la messe. Le surlendemain, du Perron entama l'affaire du légat (1).
Nous avons vu qu'Alexandre d'Elbène avait été chargé d'apporter en France la bulle d'absolution. Le roi en avait remercié le Saint-Père par une lettre bien tardive du 20 juin (2). Quelle avait été la cause d'un pareil retard? Que s'était-il passé entre la réception de la bulle et l'envoi de la missive loyale?
Dans cette missive, il est vrai, après avoir affirmé que,
(1) Ambassades, lettre au cardinal Aldobrandin du 2i Juillet 1596. p 50.
'2) Docuntrid'i iaêdiis sur ritisloire de Fjin.", Lettres missives dr Henri IV. (om. IV. p. CyOL
i-T DXIXUTION MES CLAUSIIS 2o3
(1 comme prince qui a colloque sa souveraine félicité eu la crainU; de Dieu et en l'obéissance de ses divins commandements, » il a toujours désiré « avoir connaissance de la vérité ; i> après avoir protesté de sa ferme résolution « de vivre et mourir en la fui et religion catholique, apostolique et romaine, » Henri IV a soin d'ajouter au sujet des tardifs remerciements : « S'ils sont plus tardil's que Votre dite «Sainteté ne désirerait et que notre obligation ne requiert, « nous supplions pareillement Vore Sainteté en accuser nos (i ennemis, lesquels ne nous ont donné loisir, dt^puis avoir (( reçu sa bénédiction, de vaquer à autre chose qu'à défendre '( notre royaume de leurs armes, lesquelles nous contraignent K de nous fermer et arrêter en cette frontière et comme aban- « donner les autres alfaires de notre royaume, pour mieux (i résister à leurs entreprises... » Les mômes obstacles ne lui avaient pas permis d'envoyer une ambassade à Rome pour rendre le devoir d'obédience (1).
C'était évidemment le langage de la politesse et, dans les circonstances, une excuse diplomatique. Essayons de découvrir la vérité.
Au moment où Alexandre d'Elbène allait partir pour la France, d'Ossat éo ivait à Villeroy : « Avec la bulle d'ab- « solution du roi... vous aurez des mémoires sur le contenu (i d'icelle et sur ce qn'il semble qu'il faudra faire par-delà, et
(1) Documents inédih, etc., tom. 1\', p. 602.
:254 RATIFICATIOT»
« sur certaines choses qu'on s'est laissé entendre désirer par- « deçà (1). 1)
Ces Mémoires nous ont été conservés dans le Fonds Ihienne (2). Nous avons, en outre, dans les .4m6</ss^f/e5 du cardinal du Perron les Annotations et avertissements sur les 17 articles qui ont été souscrits (3). Ces diverses pièces insistaient particulièrement sur le sens et la portée des articles, l'obligation qu'ils imposaient, la manière dont les engagements pouvaient être loyalement et prudemment remplis. Tout cela ne s'éloigne pas de ce que nous avons écrit, quand nous avons fait l'exposé des négociations, ou plutôt ce n'en est que le développement, le commentaire. Nous n'avons donc pas à nous en occuper davantage sous ce rapport.
« Bien pourrait-il être, continuait d'Ossat, que par-delà « toutes choses n'auraient été trouvées bonnes de tous [h). » Toutefois, si l'on prévoyait de fâcheuses appréciations en France, on suppliait de ne pas soulever prématurément de diflicultés, mais d'attendre le retour d'un des négociateurs, du Perron, qui, en faisant le rapport détaillé de l'importante négociation, saurait satisfaire à toutes les exigences, calmer toutes les susceptibilités (5).
(1) Lettres d'Ossat, iett. XL, du 5 novembre 1595.
(2) 15. N., Fonds Drinwc, lUS. 137, fol. 198, 201, 204 Ces Mémoires étaient destinés à Villeroy.
(3) Ambassades, p. 157. Ces Annotations étaient pour le roi.
(4) Lettres d'Ossat, ibid.
(5) Amliassadcs, ibid.'
En cet état de choses, les procureurs français conseillaient la ratification immédiate. « Il semble être très-expédient — « disaient-ils dans une des pièces précitées (1) — que le roi « ratifie incontinent, et qu'il fasse publier par tout son « royaume... les lettres patentes de la ratification et envoie à « Rome un original authentique sans attendre légat, ni nonce, « ni autre ministre de Sa Sainteté (2). » C'était une première ratification en attendant celle qui, d'après le J4^ article des engagements consentis et signés par les procureurs, devait se faire devant le légat envoyé ad hoc en France.
Mais des difficultés surgissaient, des oppositions se faisaient jour. (( Quarit à ceux qui murmuraient par-delà contre la forme « qui a été tenue en la réconciliation du roi,.. — écri- « vait encore d'Ossat àVilleroy le 16 janvier 1596 — et qui ne' « voudraient pas même qu'on eût recherché ni accepté auu cune absolution du Pape, pour le préjudice qu'ils pré- « tendent y avoir été fait à l'autorité et libertés de l'Eglise « gallicane et à la dignité de nos rois et de la France ; si tout « le monde croyait comme eux, ou si le Pape eût voulu faire « à leur mode, ou si ce peu de nombre, qu'ils sont, eût pu « garantir au roi et à ses enfants leur vie, lem* majesté et leur « royaume, et restituer à la France son repos, son union et « son ancienne force, grandeur, splendeur et dignité; ils
(1) Mémoire de ce qu'il semble qu'il faudrait faire aprèa avoir rereu in court la huile de l'absolution, fol. 2Qi.
(2) lli^L, fol. 202 recto.
^.-)«i H.\TIFICATI(»N
« pourraient eue écrits parmi gens qui, mettant la coni( science à part, mesureraient toutes choses au temporel de '< cette vie. Mais, puisqu'ils ne sont qu'une poignée de gens, « en comparaison de tant de miliiers d'amis et d'ennemis <i français et étrangers qui croient tout autrement qu'eux, et « que le Pape ne l'eût jamais lait d'autre façon, et qu'ils ti n'ont moyen de persuader une telle inlinité de gens et « moins de les forcer à reconnaître le roi et sa [)oslérité, ni .: de faire cesser les troubles et la destruction de la France, (1 ni les conjurations et attentats qui se faisaient contre la vie « du roi ; il ks faut prier que, se réservant à eux cette si « haute sapience et générosité extraordinaire qui, au lieu de «( remédier à tant de maux, les prolongerait et empirerait, ils « nous permettent à nous, gens d'ut)e capacité et courage « ordinaire, de nous accommoder à la plus grande et à la plus (. forte partie et, au même temps, à la nécessité, et d'embras- « ser le seul moyen qu'il y avait d'ôter tout prétexte aux <( malins et tous scrupules aux simples, et d'a'^surer la vie et '< l'Etat au roi et aux siens, et de préserver et restaurer le « royaume, et de rendre en particulier meilleure la condition « de tous les gens de bien et de ceux-là mêmes (jui se <( plaignent (l)... »
(1) L««re4- d'Ossat . lettre XLlIl.
Parmi les opposants, le l'ape aurait nommé le chancelier lie Cliivtrny comme étant « nn de ceux qui plus crioient contre ral)solution. » {Jljid.)¥A même, si l'on en croyait le Longuerunna, car rien dans les Mimoires d'E'iiUi ne laisse entrevoir un pareil courroux, le
ET EXÉCUTION DES CLAUSES 2o7
On sent à l'amertume de ce langage combien vives devaient être les oppositions. Sans doute, elles n'étaient pas de nature à faire changer les résolutions du roi, comme nous le voyons par cette phrase de la même lettre : a Aussi se trouve déjà bien le roi d'en avoir usé, comme il a fait. » Mais, tout décidé qu'il pouvait être à en faire bon marché, il jugeait prudent de remettre à plus tard à se prononcer officiellement» ne partageant pas tout-à-fait la manière de voir de son représentant qui ajoutait : « Et s'en trouvera encore mieux, tant plus avant il ira. » Il n\avançait point et du Perron n'arrivait pas pour fournir tous les éclaircissements désirables.
Voilà, si nous ne nous trompons, ce qui explique le long silence de Henri IV. Gomment remercier le souverain pontife sans approuver les clauses apposées à l'acte de l'absolution? Comment l'acte d'obédience se serait-il accompli par un ambassadeur sans entraîner la même approbation? Si pourtant, au mois de juin, dans la lettre précitée, Henri IV remerciait sans approuver, c'est que la chose devenait inutile par l'arrivée très-prochaine du légat à Paris.
En elfet. Clément VIII avait nommé légat en France, pour l'acte de la ratification, Alexandre de Médicis, cardinal de Florence, qui, vingt-cinq ans auparavant, avait donné des
chancelier aurait crié comme un aigle : « On s'est tant déchaîné contre Henri III, mou boa maître ; qu'a-t-il fait d'approchant? » (Berlin 175i, p. 155.)
preuves de talents diplomatiques comme ambassadeur de Cosme de Médicis auprès de Pie V (1). Il n'avait pas cru devoir différer davantage, (( encore qu'on eût... désiré et (( estimé raisonnable que le roi eût envoyé prêter l'obédience, « avant que le Pape envoyât un légat par-delà (2). »
La déclaration de la décision pontificale se fit dans le consistoire du 3 avril.
Par un bref du 10 mai, Clément VIII avait recommandé la mission du légat à la sagesse et au zèle de l'évêque d'Evreux; il engageât celui-ci à s'appliquer, dans les limites de ses moyens, à l'achèvement de la grande œuvre, afin que la France retrouvât son antique gloire religieuse et revînt à son dévouement pour le Saint-Siège (îi).
La situation de la France étant ce (jue nous venons de dire, on pouvait craindre avec raison que la ratification n'allât pas de .soi. La f|uestion fut donc abordée sans retard par l'évêque d'Evreux.
(1) D'Ossat nous apprend qu'il portait le titre de cardinal d eKlort'uco, parce qu'au moment de sa promotion au cardinalat, en 1583, il y avait un autre cardinal de Médicis qui devint plus tard et était alors grand-duc de Toscane. [Lettres d'Ossai, lettre LVI, à Villeroy, du 5 avril 159G.)
(2) i/<«v/., lettre LVI.
(.'{ Le href avait été apporté par le légat {Ambnss. p. ô'2); mais il nous paraît plu? probable qu'il a été remis avant l'entrevae de Montlliôry : ou devait désirer qu'il le fût le plus tôt possible; et le prélat qui apporta au roi les lettres de pouvoirs du légat aura pu être chargé de la remise.
Du Perron parla d'abord du choix du légat qui portait beaucoup d'intérêt à la France, de l'illustration de sa famille et de ses qualités personnelles. Il fit ressortir la bonté du souverain pontife qui s'était décidé à accomplir ce grand acte, bien que Sa Majesté n'eût encore envoyé personne dans la ville éternelle pour rendre l'obédience accoutumée et adresser de solennels remerciements. Il fallait maintenant s'occuper de Ja réception à faiie au représentant du SaiiU-Siége. Sa Majesté ne devait pas oublier les égards qu'on avait eus pour lui, ambassadeur français, dans les Etats pontificaux. Il y avait là un motif pour se montrer libéral en fait d'honneurs à rendre au légat.
Le roi se félicita du choix, s'excusa sur son retard à l'égard de Rome, rejetant la faute sur diverses circonstances indépendantes de sa volonté, et se montra d'autant mieux disposé à accueillir le légat avec les honneurs dus à son rang, qu'il s'était déjà empressé de le faire.
En efiet , le cardinal de Gondy , les évêques de Metz et du Mans, avaient été envoyés au devant du cardinal de Florence (1). Par ordre royal, il avait même été reçu à la frontière par Lesdiguières venu à sa rencontre avec une nombreuse suite pour l'accompagner jusqu'à Lyon. Là, de la
(Ij Lettres d'Ossat, lettre LXXVJI, au roi, du 15 août 159G.
:2«i(l . RATIFICATION
Guiche, qui était gouverneur de la province, lui avait témoigné les mêmes égards au milieu des mêmes démonstrations. 11 en était ainsi de la part de tous les gouverneurs dans les diverses provinces qu'il traversait.
Il s'agissait de la réception à Paris, Déjà, dès le 3 juillet, le roi avait fait savoir au parlement qu'il entendait que lc.>^ choses se passassent comme sous les rois ses prédécesseurs, et enjoint à Pompone de Bellièvre de prendre les mesures nécessaires à cet effet. Mais, aux yeux de l'évêque d'Evreux, les faveurs accordées à Rome étant extraordinaires, la reconnaissance devait l'être à Paris et la grandeur de l'accueil se mesurer à elle.
Il estimait donc que si le roi « voulait tant s'incommoder (( que de faire un petit voyage au devant » du légat et « l'aller u rencontrer, encore que ce ne fût pas chose accoutumée par « les autres rois, ce serait un acte qui serait pris en très-bonne « part des gens de bien, et qui servirait d'une grande déclarat( tion de son intention à tous les ordres du royaume (1). » Le connétable de Montmorency et.Villeroy se rangèrent à cet avis. Le roi devait s'y rendre facilement, car lui-même avait dit dans sa lettre au parlement qu'il « faut que le chef soit guide des membres (2). »
Il estima bon de se faire précéder par le principal négocia-
(1) Amhass., p. 50, lett. au cardinal Aldobrandiii.dn '2/i Juillet 159o. C'est par une faute d'impression que l'édition de 16'23 porte : I"j&j.
(2) Lettres missives, tom. IV, p. 61 û.
teur dans l'anaiie de l'absolution, pensant que la parole habile et autorisée de celui-ci pouvait n'être pas inutile dans la circonstance. Montlhéry fut choisi à cet effet. C'était là que du Perron devait attendre le légat et le roi lui faire visite. Mais, comme le légat approchait, on expédia de suite un courrier nu cardinal de Gondy pour lui ordonner de ralentir la marche autant qu'il serait possible : il fallait donner à l'évêque d'Evreux, qui allait partir le lendemain, le temps d'arriver le premier à Montlhéry.
C'est ce qui s'accomplit exactement. Du Perron fit connaître au légat les intentions royales. Celui-ci séjourna quelques jours à Montlhéry. Le 19, vers les dix heures du matin, le roi, accompagné de quarante seigneurs, parmi lesquels on remarquait le duc de Mayenne, arriva dans cette bourgade et se rendit aux appartements du légat qui se tenait, pour le recevoir, au milieu de plusieurs évêques et autres prélats français.
Cependant, quelques difficultés avaient surgi de la part du parlement. L'évêque de Trocelli avait été député pour avertir le roi de l'arrivée du cardinal de Florence et lui remettre les lettres de pouvoirs, datées du 3 avril. Le roi, en les accompagnant de ses lettres patentes du 3 juillet, les avait renvoyées au parlement pour être examinées et publiées en la forme ordinaire. Le parlement avait rendu un arrêt notablement restrictif. Ainsi, non-seulement on statuait que la publication se faisait aux conditions apposées, en d'autres teinps, à
i>G2 RATIFICATION
de pareilles lettres, conformément aux lois du royaume et aux libertés de l'Eglise gallicane ; que cette publication ne préjugerait rien en faveur du concile de Trente dont il était parlé dans les lettres pontificales ; mais on ajoutait que la légation durerait autant qu'il plairait au roi, et que le légat remettrait, en quittant le royaume, la liste des actes de juridiction qu'il y aurait accomplis ; enfin on faisait suivre de l'arrêt les lettres patentes. Le légat estima ces clauses un véritable affront. Il en demanda l'annulation. Le roi prit un terme moyen : il ordonna que l'arrêt ne paraîtrait pas à la suite des lettres patentes, mais serait simplement conservé aux archives de la cour. On était arrivé au 23 du même mois.
Les diflicultés aplanies de cette façon, le cardinal de Florence se dirigea ce jour-là même vers Paris. Le roi avait eu l'attention de faire venir de Saint-Germain pour aller au devant de lui, en compagnie du duc de Montpensier, à quatre ou cinq milles de la capitale, le jeune prince de Gondé, alors le second personnage du royaume, qui le complimenta en ces termes : c Monsieur, le roi m'a fait beaucoup d'honneur de « vouloir qu'en mon âge je le servisse, venant au-devant de (I vous pour vous recevoir en son nom et témoigner le grand u plaisir que Sa Majesté a que Sa Sainteté ait commis cette lé- « galion en la personne d'un si grand et si digne cardinal que (( vous; sur quoi je vous dis de sa part...: soyez le très-bien (( venu et prenez assurance d'elle comme d'un roi très-chré- (i tien, très-dévot (ils du Saint-Siège et de la personne de Sa
Kï EXKrUTION DKS CLAUSES 203
« Sainteté et très-affectionné du sacré-collége des cardinaux. !( Pour mon regard, Monsieur, je vous supplie de croire que (( c'est un des plus grands contentements que j'aie eus en cette (( bonne rencontre de vous dire l'honneur et révérence que je (( porte au Saint-Siège et à la personne de Sa Sainteté et à « tout ce qui dépend de son autorité ; et en particulier, Mon- « sieur, je vous supplie de croire que je vous veux aimer et « honorer, vous priant pareillement de m' aimer aussi et tenir (( en vos bonnes grâces (1). »
Si la présence du duc de Mayenne près du roi, à Montlhéry , avait fait comprendre au légat que la Ligue n'existait plus, la députation du prince de Condé ainsi que le compliment. par lui récité durent lui paraître un heureux commencement d'exécution des engagements pris à Rome. Vers les trois heures après midi, le légat arrivait au fliubourg Saint-Jacques. Le clergé, la députation du parlement (2), la cour des comptes, l'université, tous les corps constitués de la ville s'y étaient rendus pour le recevoir selon l'usage. Dans les paroles qu'il lui adressa, le premier président du parlement, Achille de Harlay, eut soin de rappeler, avec plus ou moins de bonheur,
(1) Fonds Diipuy, ins. 83, fol.-593 recto. — Amclot de la Iloiissaie reproduit, mais non fid(^lemeiit, le discours {Lefln.'i d'Ossat, Paris 1698, tom. I, p. 2m, note 6).
(2) Denis de Sallo, dans son TrmU: des UgaU a latere, constate, p. Zi8, qu'il n'est pas d'usage que le parlement aille en corps au-devaut d'un légat : il envoie seulement une députation avec le premier président en tète.
2r»'i RATIFICATION
(|ue le cardinal de Plaisance n'était pas venu apporter en Fiance la paix, mais la guerre, et qu'on était fondé à se livrer à l'espérance qu'il n'en serait pas de môme dii nouvel envoyé de Rome.
On se rendit processionnellement à Notre-Dame. Le légat s'avançait sous un dais porté par les bourgeois. Puis venaient le jeune i)rince de Condé et le duc de xMontpensier, un certain nombre d'archevêques et évoques, eteniin les corps constitués dans l'ordre que les usages assignaient. Les prières prescrites en semblable cérémonie terminèrent la réception solennelle du légat.
On s'occupa sans retard de l'acte de la ratification. Le conseil royal, suivant en cela l'avis de d'Ossat, estimait suffisante la formule générale portant approbation de ce qui avait été fait à Uome par les procureurs français et dont le roi avait pleine connaissance. Le légat eut raison de ne pas admettre une pareille formule, car c'eût été trop demeurer dans le vague. Il demanda donc qu'on insérât dans l'acte de ratification la bulle d'absolution et le procès-verbal qui avait été dressé à Rome. C'est à ce dernier parti qu'on finit par s'arrêter. Le roi signa sans vouloir «qu'on lui apportât une tablette « pour appuyer sa main, disant qu'il ne faisait point de faux « serment et partant la main 7ie lui tremblerait point (1). »
(1) l^eltres d'Ossat, lettre LXXXV, à Villoroy, du 17 octobre 1596. Sources pénérales pour ce troisième point :
Lftirrs d'Ossat, mt^nie lettre LXXXV, lettres LXVIII et LXXXI au môme Villeroy, du 16 juin et du 18 septembre de la ini^me année;
Cette parole royale nous amènerait, si nous n'y avions songé déjà, à nous demander si les engagements ont été vraiment tenus. Nous ne mettons pas en doute la sincérité du roi dans l'acte même delà ratification. Pour nous, elle a été vraie, comme elle l'avait été précédemment dans l'œuvre de la conversion. Nous désirons simplement savoir si réellement les obligations ont été remplies dans la mesure du possible.
Notre examen ne porte et ne doit porter que sur les articles qui imposaient des devoirs quotidiens ou fréquemment répétés, comme les pratiques religieuses, ou pouvaient susciter des embarras, comme la publication du concile de Trente, le rétablissement de la jeligion dans le Béarn, les monastères à construire dans chaque province. Pour les autres, la plupart sont déjà devenus un fait accompli.
Ainsi, nous l'avons vu, de ceux qui ont pour objet les actions de grâces à rendre en France, les lettres de réjouissance
Amhfts^od., p. US et 53, lettres aux cardinaux Aldobrandin et Tolet;
Ue Thou, Histor., lib. CX\I, cap. XVI, XVII ;
Cayet, chronologie nov., liv. VIII, p. 7ZiO, lequel assigne pour tJemeure au légat, attendant la visite du roi, la belle muiiou de Ckantelou ptèi Montlhéry ;
Davila, Hist., lib. XV, p. /i99, 500 : d'après lui, Achille de Ilarlay aurait prononcé son discours à la réception, par le K'*gat, des corps constitués au palais qui lui aurait été assigné comme résidence; mais il diffère en cela des autres historiens.
à faire parvenir aux princes catholiques (1), l'éducation dans le catholicisme du prince de Gondé, la ratification de l'absolution. Ainsi encore, par les ordres du roi, un arrêt du parlement, en date du 15 février ',2), avait rapporté la défense de s'adresser à Rome pour les provisions des bénéfices, et statué que les clauses concordataires seraient désormais observées. D'autre part, nous ne parlerons ni de l'annulation des inféodations de biens ecclésiastiques faites aux hérétiques, puisqu'il paraît que rien de semblable ne s'était accompli, ni de la protection à accorder aux personnes et aux biens de l'ordre ecclésiastique, le droit commun le demandant, ni de la nomination de personnes vraiment catholiques aux bénéfices, la religion, comme le concordat, en faisant une loi inviolable, ni de l'intérêt à porter au catholicisme ou des faveurs k lui octroyer, cela découlant naturellement pour lui de son état d'i religion, au moins dominante, dans le royaume.
Deux historiens se sont chargés de répondre relativement aux pratiques religieuses. Le roi, dit Dupleix, « assistait « ordinairement au service divin et ne manquait pas à se con- « fesser et à communier à certaines fêtes, et même extraur-
(1) Nous n'avons incutiomit'i que la lettre au grand-duc de Toscane; mais celle-ci nous est garante que les autres princes en ont reçu «également, puisfju'il y a une allusion h ce sujet : a il m'a sembl»'; m'en devoir coiijouir avec tous les princes mes amis. » {Lci. nm.. t. IV, p. Zi53.)
(2) Cayet, Chron. nov., liv. VU, p. 090, indique le l" février; mais nous avons suivi M. Isambert, qui écrit d'après les sources originales (Recueil général des anciennes lois ''ranraiscs}.
« dinairement et lorsqu'il devait toucher les malades (1) ; » et Antoine Aubery conclut de ces paroles qu'il ne faut pas douter de l'accomplissement des articles onze et douze (2). Si l'historien ne devait, pour le moins, être aussi réservé que l'Église qui de internis non dijudicat, il se prendrait à regretter une trop grande fidélité aux communions, car la prescription de ce point supposait les dispositions nécessaires qui paraissent n'avoir pas dû se rencontrer pleinement dans l'âme de Henri IV. Mais ne perdons pas de vue que si l'esprit du roi avait renoncé à l'erreur, son cœur n'avait pas fait trêve avec les passions. Nous devons tenir le même langage par rapport à l'article concernant le Béarn. On sait que la reine Jeanne, trente années auparavant, avait proscrit le catholicisme, et que tout depuis, la terreur conséquence de la Saint- Barthélémy comme les prescriptions des édits royaux, avait été impuissant à l'y rétablir. Henri IV devait rencontrer les mêmes obstacles. C'est ce qui l'engagea à procéder avec prudence; autrement, telle fut sa réponse au légat qui lui rappelait l'article, il aurait mis « le pays en combustion (3). » L'affaire traîna donc, pendant quatre ans, jusqu'au moment où X Edit de Nantes fournit une
(1) Histoire de Henry le Grand, Paris 1635, p. /i09.
(2) B. N., Nouveau Funds Français, ms. 5808, fol. 30 verso. — Le roi disait lui-même : « il est vrai que quand je travaille pour le public, a je prie, et pour cela je perds quelquefois la messe aux jours ou- « vriers. C'est laisser Dieu pour Dieu. » (Matthieu, Histoire de Henri/ IV, p. 817).
(3) Mémoires du duc de la Force, l'aris 1843, tora. I, deuxième partie, Correspondance p. '270.
20S RATIFL^ATION
occasion favorable. En eflet, Henri IV ne se contenta pas de faire insérer dans cet édit que l'exercice de la religion catholique serait libre dans tous les pays de son obédience; mais il rendit, à Fontainebleau, au mois d'avril 1599, un édit spécial pour la principauté de Béarn (1). « Tout nos sujets catho- « liques dudit pays de Béarn — lisons-nous dans ce dernier « édit — auront liberté de conscience et pourront faire exercice « libre et public de leur religion dans le pays, et assister, « tant eux que tous les autres étrangers, à tous les actes, oiîi- <( ces et services d'icelle, es lieux où l'exercice sera rétabli, « comme aussi pourront nos dits sujets de Béarn aller fors fc le pays faire l'exercice de ladite religion sans pour raison « de ce être recherchés ni molestés (2)... »> Les évoques de Lescars et d'Oloron rentraient dans leur diocèse ; et il était prescrit qu'on serait pourvu des bénéfices n par les évêques dudit pays dans le temps porté par le droit canon » que le roi voulait « être gardé et observé en matières béneficiale.=, comme il était auparavant (3). >• Quand on examine le sens et la portée des 19 articles que comprend l'édit, on peut assurément regretter certaines restrictions à l'exercice du droit restitué, surtout en présence de V Edit de Ncntes qui faisait aux réformés de plus larges concessions. Etait-ce là faire sagement la part des diflicultés politicjues? Dans l'esprit de
(1) \\. S. Fo}ids,Dii/iufj, ms. 15o, fvil. 115 et suiv.
(2) JImL, art. I.
(3) ///!</., art. 11.
ET EXKCCTION HES CLAUSES 269
Henri IV, peut-être; mais, en réalité, nous ne le voyons pas. Aussi, le lieutenant général du Béarn, Caumont de la Force, qui avait été'consulté au sujet de l'édit, écrivait-il (1 ) : u Puisce que c'était chose qui devait advenir, je crois que l'ordre n'y « pouvait être meilleur et que cela n'apportera point d'alté- <( ration ni de changement aux affaires du pays. « Aussi, lisons-nous encore dans les Mémoires de M""^ du Plessis-iMornay (2) : « Les Eglises du Béarn qui s'attendaient à un bien (( plus grand coup, le remercièrent (le roi) par lettres pu- (( bliques et particulières. >»
Cependant, il est juste de dire que le roi, dans cette aflaire, fit preuve de fermeté contre certaines oppositions protestantes : il tenait à remplir l'engagement contracté à Rome. Sa fermeté fut plus grande encore, quand il s'agit de l'exécution de l'édit. Malgré ce que pouvaient écrire leurs Eglises ou leurs ministres, les réformés du Béarn- se résignaient diiïlcileraent et montraient tant de mauvais vouloir que le roi dût écrire à son lieutenant général le 17 juillet (3) : « Je vous fais ce mot de ma main pour vous dire que vous « m'avez fait service très-agréable de me faire entendre que « vous prévoyez que quelques-uns me veulent faire des re- « montrances sur la vérification de mon édit touchant le ré-
(1) Mémoires du duc de la Force, Paris 18ii3, tom. I, deuxième partie, p. 309.
(2) Publiés dernièrement par M" de Witt. Paris 1868-1869, tom. I, p. 356.
(3) Lettres missives de Henri IV, tom. V, p. lZi8.
^70 BATIFICATIO:^
.. tablissement de la religion catholique en mon pays de (' Béarn ; mais je ne veux pas que pour cela l'on diffère la « vérification d'icelui. Pour ce, portez- vous en cette affaire « avec telle roideur que je sois obéi. » Bon gré, mal gré, la volonté royale prévalut et l'édit fut définitivement enregistré peu de temps api es (1).
Il ne reste donc plus que deux points à élucider, la construction des monastères et la publication du concile de Trente.
Il est certain que le premier de ces deux articles ne fut j)oint matériellement exécuté. .Mais une phrase de Davila nous met sur la voie de la vérité, quand il nous dit que le roi obtint sur les articles en général les dispenses jugées utiles (2). Une de d'Ossat nous en fait approcher davantage, en nous mouliant un acte de justice qu'on sollicitait de Henri IV, imputé à décharge d'une construction monastique. « Il vous pouira « souvenir, disait d'Ossat à Villeroy, que je vous ai écrit au-
(1) Mémoires du duc de la Force, loc. cit., p. 315, .116.
On lira avec fruit, sur le nUablissenu-nt de la religion cntholiqueen l?<';irn, le chapitre second du savant ouvrage, Louis XI II ri le Béarn, qu'a publié un de mes anciens confrères à Sainte - Genevipve, M. l'abbé Puyol (Paris, chez de Soye, 1872). C'est là que nous avons puis/' plusieurs de nos indications.
Ci) Jli^or., lib. XV, p. r»00 : . lUcevette poi nelle occasioni quelle di.spense che persuadeva congitintura présente. »
« trefois que le Pape m'avait commandé d^'écrire au roi que !( Sa Sainteté le priait de vouloir maintenir l'union jadis faite, (i et par sa dite Sainteté confirmée, du monastère de Saint- (( Honorât de l'île de Lérins en Provence à la congrégation du (( iMont-Cassin de l'ordre de saint Benoît 5 et que, ce faisant, « Sa Sainteté se contentait que ledit monastère fût compté (( au roi pour un de ceux que Sa Majesté devait faire bâtir, et <i qu'elle fût déchargée d'autant (1). » Enfin, du Perron nous fait toucher du doigt la vérité dans cette lettre qu'il écrivait de Piome à Sully : «. Il vous plut, avant mon partement, re- (I nouveler à mon chapitre une promesse que vous leur aviez «( faite, étant à Evreux, qui était de les aider à se dresser (i d'une partie de mille écus, que le roi leur avait donnée, (( pour la réparation de leur église, au lieu d'un des monas- (( tères que Sa Majesté s'était obligée de bâtir, par la bulle (' de son absolution. De cela désirant vous solliciter, sans (' toutefois vous importuner, je me suis ressouvenu qu'il y a (( quelques années vous accordâtes, à ma prière, à ceux de la '. ville d'Evrenx une prolongation de certains deniers d'oc- (( troi, montant deux ou trois cents écus l'an, qu'ils levaient (i pour remplacer certaines charges, qu'ils avaient eues durant « ces guerres. Maintenant je pense que le terme de ladite pro- (( longation soit expiré. Et partant, s'il vous plaisait de le « faire prolonger encore de nouveau pour quelques années,
(1) Lettres d'Ossat, lettre CXIX, ù ViUeroy, du i2fi octobre 1597.
n en faveur de mon église, jusquesà la concurrence de ladite (( somme de raille écus pour être employée à In fabrique (( d'icelle, ce serait une œuvre de piété, et qui déchargerait «( le roi d'un des monastère?, qu'il s'est obligé de bâtir (car je (( ferais par deçà agréer cette communication au Pape) et qui, <i outre cela, m'obligerait infiniment (1). »
11 suit de là que le roi, se reconnaissant lié par l'article en question, cherchait à en remplir les charges ; et que, dans les provinces où cet article ne fut pas exécuté, on est en droit d'attribuer l'inexécution à des dispenses ou décharges octroyées, ou bien à des difficultés financières ou autres.
Helativement au concile de Trente, le roi eut tort de ne pas le faire publier. Mais la faute doit-elle lui être absolument imputée? On sait que jusqu'à ce moment, si on excepte les Etats de Paris de 1593, lesquels, par suite des événements, n'étaient pas considérés comme légitimes, le pouvoir civil s'était toujours opposé à la publication. Voilà ce qu'on avait vu. et aux deux assemblées de Fontainebleau, en lô6/i, et aux premiers et seconds Etats de Blois. Or, la même opposition sicontinuait autour de Henri IV. Ceci ressort manifestement de l'histoire.
Dans sa réponse aux remontrances du clergé au sujet de la publication du concile de Trente, en 1598, le roi déclara qu'il prendrait l'avis de son conseil (2j. Il pouvait y avoir partage
(1) Ambassades, p. t|9i!i, lettre du 12 Juillet 1606.
(2) Dupleix, Histoire de licnry le Grand, p. 250.
ET i:xi:cuTiON des clvuses 273
d'opinions dans le conseil. Mais ce qu'on redoutait le plus, c'était le mauvais vouloir du parlement ; et devant ce mauvais vouloir on hésitait, on reculait. Nous avons la preuve de la chose dans un fait que les Mémoires de de Thou ont enregistré (1).
Après la publication de ï Edit de Nantes, laquelle, comme on sait, n'eut lieu qu'en 1599, on pensa, à la cour, que pour faire quelque chose en faveur des catholiques, il fallait enfin ordonner la publication du dernier concile œcuménique. Villeroy et le chancelier de Bellièvrey poussaient fortement. Mais comment r. mener à cela le parlement et surtout son premier président, Achille de Harlay ? On avait déjà passé les deux premiers mois de l'année 1600 (2). Un jour que ce dernier était indisposé, le roi voulut le visiter dans la pensée, toujours suivant le même narrateur, que, par un si graml témoignage de bienveillance, il le gagnerait à ses desseins. Les ministres et les principaux membres du conseil devaient se rencontrer au même endroit et en même temps. Comme l'état du premier président ne permit pas la visite, le roi se rendit chez Sébastien Zamei, où arrivèrent également les personnages convoqués et où il manda de Thou, un des présidents du parlement, et la Guesle, procureur général. Il leur (it connaître
(1) HUlor., tom. VII, De Vita sua, lib. VI, p. 153.
(2) Il était question de la fameuse conférence de Fontainebleau qui eut lieu au mois de mai 1600 : le roi en parla chez Sébastien Zamet. (De Thou, De vita sua, ibid.j
ses intentions?* De Thou ne se montrant pas bien disposé à accueillir la mesure, le roi ajouta, les principaux ministres présents (nous citons l'historien) : « Qu'il avait pris la résofi lution de s'acquitter de l'engagement contracté par ses pro- « cureurs de faire publier le concile de Trente ; que ses pré- « décesseurs en avaient été détournés moins par la crainte « du danger que par la mauvaise volonté de ceux qu'on avait 0 chargés de celte affaire ; qu'on avait rien îi appréhender et « qu'il saurait bien maintenir ses droits et les libertés de l'E- (I glise gallicane contre les prétentions de ceux qui n'ont H d'autres armes que les intrigues; que les protestants de leur « côté ne devaient point s'inquiéter, puisqu'on avait pourvu
<( à leur sûreté par les édits de pacification : que ce n'é-
« tait plus un cardinal de Lorraine qui demandait cette pu-
« blication, mais le roi en personne : qu'il souhaitait que
c< la satisfaction à donner sur cela au Pape, à qui il avait Ci obligation, se fît de bonne grâce et sans rappeler à conire- « temps les horreurs du passé ; que pour cette effet le parle- « ment devait s'abstenir de ces contestations ordinaires on
« pareil ca« » Ces paroles du roi furent applaudies par
Villeroy et liollièvre. Ces deux ministres déclarèrent même que les lettres patientes étaient déjà signées et scellées, qu'il n'y avait plus que l'envoi à en faire an parlement pour que l'affaire fût consommée (l). Sur l'ordre du roi, de Thou prit
(1) On peut voir dans les Œuvres laïKic» du président Jeaniiin {Néfjociniiotu, l'aris l'G5(i, p. G94), la minute de l'édit. Après des
la parole, fit valoir à l'encontre les arguments ordinaires, les lois et usages du royaume, ainsi que les libertés de l'Eglise gallicane, et, en laissant entrevoir que le parlement ne consentirait pas à la publication, il fut cause que le projet royal n'eut aucune suite.
Quand, un an plus tard, le cardinal Aldobrandin, dans les négociations qui devaient mettre fin aux hostilités entre la France et la Savoie, fit des instances sur le même sujet, le roi promit de faire droit à une aussi juste réclamation, dès qu'il serait de retour à Paris (1).
L'année suivante, en 1602, répondant au premier article du cahier présenté par le clergé qui revenait à la charge, il
considérants qui se rapportent aux réflexions transcrites à l'instant, nous lisons : « A ces causes, après avoir mis l'affaire en délibération M en nostre conseil où assistoient les Princes de nostre sang, Cardi- (( naux, aucuns Princes, Officiers de nostre Couronne, Seigneurs et " autres notables personnages d'iceluy, avons, par leur advis et de '< nostre pleine puissance et autliorité royale, dit, statué, et ordonné, « disons, statuons et ordonnons, voulons et nous plaist que le saint « Concile de Trente soit reçeu et observé en tous les lieux de nostre « royaume, païs, terres et seigneuries de nostre obéissance, sans « préjudice toutesfois des droits, privilèges ht prérogatives apparto- <i naut à nostre personne et dignité de cette Couronne, aux libertez, u franchises et immunitez de l'Eglise gallicane et de nostre Edict de « Nantes fait sur l'observation dos précédents Edits do pacification. « et pour maintenir la paix et le repos dans le royaume, n'entendant 'I aucunement déroger ni contrevenir aux choses susdites. »> La minute portant Vannée 1595 dans l'édition précitée, ainsi que dans celle de 1659, in-1'2, tom. II, p. 573, est évidemment une faute, puispuisqu'il est question de VEdit de Natites.
(1) Lettre du roi à d'Ossat, du 20 janvier 1601, Lettres d'Ossat, fin du tom. II, p. 12.
i27f) RATIFICATION
exprima de nouveau sou intention bien sincère de donner « contentement» à Sa Sainteté, engageant les ecclésisatique? à observer « pour la réformation des mœurs et delà discipline... « les saints décrets et constitutions canoniques contenues audit «concile et autres précédents. » Il alla même jusqu'à enjoindre « à tous juges et ofïïciers de prêter main -forte à l'exé- « cution des jugements donnés par les juges ecclésiasti- « que.i (1). »
w Enfin, en 1605, l'assemblée du cleigé renouvelant les mêmes remontrances, le roi s'appuya sur les décisions de son conseil pour refuser la publication (2). «(Vous m'avez parlé « du concile — disait-il à l'orateur du clergé, M. de Villars, archevêque de Vienne — : j'en ai désiré la publication ; mais, « comme vous avez dit, les considérations du monde combat- (( tent souvent celles du ciel (3). »
Ainsi, le tort du roi fut d'avoir, comme ses prédécesseurs, préféré les fatales doctrines des parlements aux demandes légitimes du clergé, ou mieux, de s'être laissé conduire par les unes au préjudice des autres. De la part des parlementaires, c'était un parti pris qui s'accusait d'autant plus que l'article souscrit à Kome touchant la publication du concile de Trente avait eu soin d'ajouter la clause : « excepté aux choses qui ne
(1) Mcrnrr fniiiroit, (roisiiiinc continuât., p. 115.
(2) Dupleix, Histoire de Henry le (îrmid, p. 367.
(3) Lettres ivimves de Henri IV. tom VI, p. 5G5.
« S!" pourront exécuter, sans troubler la tranquillité du H royaume, et s'il s'y en trouve de telles (l). »
Nous avons essayé de faire connaître dans ses détails le grand acte religieux qu'accomplit Henri IV. Si cet acte fait honneur à l'esprit logique du roi comme à la persévérance de ses efforts, à la sincérité de sa foi comme à sa fidélité dans les engagements, il eut aussi pour la France les plus heureux résultats : il fit cesser la guerre civile et devait amener la fin de la guerre étrangère.
Après la véritable réconciliation de Henri IV avec l'Eglise, la Ligue n'avait plus de raison d'être. Le duc de Mayenne le comprit et, comme dit Voltaii'e, dans la Henriade :
... soumettant enfin son cœur et ses provinces.
Fut le meilleur sujet du plus juste des princes.
Sa soumission fut le désarmement de la Ligue, car c'est en qualité de chef de ce parti qu'il traita avec le roi. S'il devait ètie « aiuKi » à l'avenir comme « bon parent et fidèle sujet (2), » les biens, offices et dignités étaient rendus ou mainlenus aux ligueurs. Les récalcitrants, à la tête desquels se
(1) Ambu'sid., p. 156.
(•2) Memnim de la Ligue, tom. VI, p. 3i0, préambule de l'édit de Folembray, janvier 1596.
278 RATIFICATIOÎI
plaçait le duc de Mercœur, se trouvèrent trop faibles pour continuer longtemps la lutte et durent faire leur soumission. Les protestants, il est vrai, ne pouvant pardonner à leur ancien chef sa rentrée dans le sein de l'Église catholique, s'agitaient et ne paraissaient pas disposés à désarmer. Us revenaient à l'idée première de la réforme en France, celle d'une république indépendante dans le royaume ; et, après en avoir habilement combiné l'organisation, ils travaillaient hardiment à ce que le vœu devint une réalité. Henri IV disait un jour à Sully que le huitième de ses souhaits les plus ardents était « de pouvoir anéantir nofi la religion réformée, car il « avait été trop bien servi et assisté en ses angoisses et « tribulations de plusieurs qui en font profession, mais la u faction huguenote que M. de Bouillon et de la Trémouille » essayaient « de rallumer et rendre plus mutine et tumultueuse « que jamais, sans rien entreprendre néanmoins — avait-il soin d'ajouter — par la rigueur et violence des armes ni des (( persécuteurs, quoique peut-être cela » ne lui fût pas « impossible (1). » L'attitude des huguenots pouvait être menaçante, mais leur nombre, comme le pensait le roi, eût permis (l'on avoir raison dans les circonstances. Et d'ailleurs, n'accordait-on pas la liberté de conscience et l'exercice de leur ciilte ? Que pouvaient-ils donc raisonnablement demander de plus? Nous verrons plus tard, cependant, que les calvinistes
(1) Mimoirei de Stilly, tom. I, rh. Lxxri, [). 'lt\'6.
finirent par se montrer plus exigeants et que le roi, pour éviter une nouvelle guerre civile, fit de nouvelles concessions. .Mais, pour le moment, les luttes intestines et sanglantes avaient cessé.
Dans les négociations à Rome, nous le savons, le roi n'avait voulu prendre aucun engagement eu ce qui concernait la paix à conclure avec le roi d'Espagne. Mais le Saint-Père s'était réservé d'agir par son légat en France. Du reste, l'Espagne ne (levait-elle pas être portée à se retirer du champ de bataille, où elle éprouvait tant de défaites, devant l'annihilation de ses prétentions d'autrefois ? Et d'autre part, la France pouvait-elle se refuser à une paix glorieuse? Dès les premières audiences que lui accorda Henri IV, après la ratification, le légat aborda ce chapitre. Ce n'était pas seulement le bien des Etats belligérants qui était en cause, mais celui de là chrétienté entière. Pourquoi des princes catholiques continueraientils à se faire ainsi la guerre, quand il faudrait, au contraire, se réunir pour repousser les attaques des Tuics ? Mù par ces considérations et l'amour qu'd portait à ses enfants, le père coumiun des fidèles s'offrait pour remplir Toflice de médiateur entre les deux souverains. Henri IV, en accueillant les ouvertures qui lui étaient faites, déclara qu'il ne consentirait jamais à la paix qu'autant que la France serait remise dans ses anciennes limites : il entendait celles qui avaient été fixées par le traité de Cateau-Gambrésis. Les conditions paraîtraient sans doute dures à l'Espagne. iMais, aux yeux du légat, c'était
un point de départ pour les négociations désirées. Il envoya donc en Espagne le général des cordeliers, Jean-Bonaventure Calatagirone. Pendant plus d'un an, malgré les hostilités qui ne cessaient pas, le religieux continua ses négociations indirectes, allant de Madrid à Bruxelles, du roi Philippe à l'archiduc Albert. La réussite, pour se faire attendre, n'en devint pas moins un fait. La France et l'Espagne nommèrent leurs plénipotentiaires. On se réunit à Vervins où le légat se rendit lui-même; et le 2 mai 1598, sur les bases indiquées par Henri IV, fut signé le célèbre traité qui porte le nom de cette ville (1).
C'est ainsi que la France put jouir enlin de la paix sous le sceptre incontesté de son roi légitime, afm de guérir ses plaies, de faire naître l'ordre dans les affaires, le calme dans les âmes, le bien-être et la prospérité partout.
Un dernier mot cependant sur le Saint-Siège, j)our remettre en mémoire ce qui a été dit ou indiqué dans le cours de ce travail.
Ce qui apparaît au milieu des troubles de la France, c'est la bonne volonté, le désir des papes d'arriver à une heureuse solution, c<î sont les efforts qu'ils faisaient, les actes qu'ils accomplissaient dans cette pensée; et les deux plus remarpiables pontifes de cette époque, Sixte-Quint et Clément Mil, se montraient même, dans leur impartialité, personnellement
(I) Davila, J/i^ior., lil). \V, p. 500 et suiv.
ET EXÉCUTION DES CLAUSES 2Si
as^ez favorables au parti royaliste. Nous le répétons, il est bien regrettable qu'ils n'aient pas eu en France des représentants impartiaux : la solution eût été plus prompte et plus facile. Mais, une fois olîiciellement entamées, les négociations ont été Hivorisées et par l'habileté de Clément VIII, et par son t'sprit de conciliation, et par sa sagesse dans les concessions. Là même où il pouvait diplomatiquement se montrer susceptible, il ne voulait être que bienveillant, indulgent même, pour ne point apporter d'entraves et parvenir plus sûrement et plus rapidement au terme désiré. Voilà bien Clément VIII dans l'œuvre de la ratification, en France, de l'absolution de Rome. Dans cette circonstance, les lenteurs venaient d'autre part ; mais la même sagesse se montrait toujours du côté de la ville éternelle, en même temps qu'une paternité condescendante s'v accusait davantage.