‹ Henri IV et l'EgliseChapitre 33 sur 54 · LA. RÉPUBLIQUE CHRÉTIENNE DE HENRI IV · texte numérisé non relu

LA. RÉPUBLIQUE CHRÉTIENNE DE HENRI IV

Ahl mon ami, vous avez perdu votre roi et votre bon maître ; et moi j'ai perdu mon bon fils aîné, prince grand, magnanime, sage et incomparable, vrai fils de l'Eglise, affectionné à ce Saint-Siège... Votre France plus ira avant, et plus en sentira la perte ; il n'y aura coin de la terre qui ne pleure ce grand monarque, et de moi qui ai cet honneur de porter le titre de chef de l'Eglise, je veuxgar un privilège singulier, en honorer la mémoire au-dessus de tous les rois qui l'ont précédé. (Paroles de Paul V à l'ambassadeur français.)

HENRI IV, EN ESTIMANT NÈGLSSAIRE LA CONFÉDÉRATION DES ÉTATS EUROPÉENS, EST LOIN DE VOULOIR NÉGLlGEft LES INTÉRÊTS CATHOLIQUES.

I. Le grand dessein. La république chrétienne. Les trois religions qui pouvaient y être professées.

II. Henri IV estime pouvoir se ménager des alliances avec les Etats protestants comme avec les Etats catholiques, en vue de la lutte contre la maison d'Autriche. Son adhésion à l'Union de Hall.

III. Henri IV travaille pacifiquement, sincèrement dans l'intcrèt du catholicisme. Son action en Angleterre, dans les Provinces-Unies, en Allemagne, en Orient.

IV. Déférences de Henri IV à l'égard du Saint-Siège, attachement qu'il a pour lui, intérêt qu'il lui porte.

La politique de Henri IV a exercé la sagacité de bien des historiens sans qu'on soit parvenu, après tant de travaux, à tomber parfaitement d'accord. Les uns ont vu en lui l'inau-

.T»i LA HKPUBLIQUK CURKTIEXNF.

gurateur de ce système gouvernemental qui fait abstraction des croyances religieuses pour ne s'occuper que de l'Etat entendu dans le sens du langage moderne, ou bien ne songer aux unes qu'autant quelles sont intimement liées à l'autre et dans le but de les faire tourner à son avantage. D'autres ont voulu en faire, surtout à la fin de son règne, le chef plus ou moins avoué ou plus ou moins dissimulé du protestantisme en Europe. Ceuxci regrettent qu'il ne se soit pas inspiré, pour les remettre en œuvre, des grandes pensées de Charlemagne et de saint Louis. Ceux-là, mais ce sont les moins nombreux, si tant est même que l'appréciation de M. Mercier de Laconibe (1) ait fait des prosélytes, ne considèrent la politique de tempérament adoptée par ce grand roi que comme un moyen choisi pour arriver à la politique absolument et exclusivement catholique, que comme un premier degré à franchir pour s'élever jusqu'à elle.

Pour nous, persuadé que, parmi ces opinions, les unes sont fausses et les autres exagérées, nous nous permettons d'exposer, à notre tour, ce que nous croyons la vérité vraie.

Nous ne parlerons dans ce chapitre fjue de la politique extérieure, réservant la politique intérieure pour le suivant.

Pour parvenir à avoir une idée juste de la politique extérieure de Henri IV, la première chose à faire assurément, c'est d'essayer d'en saisir la pensée inspiratrice, qui se découvre dans le but principalement et persévéramment poursuivi. Or,

(1) Henri IV et sa poUd'/iie, nouv. édit. in-l'J, p. Z|09.

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si nous ne nous trompons, le but ainsi poursuivi par Henri IV était d'établir entre les Etats de l'Europe une sage et juste pondération qui permît à chacun d'eux de vivre en paix sans avoir <à redouter de trop puissants voisins; en d'autres termes, pour employer les expressions consacrées, c'était l'équilibre européen. Voilà ce qu'en s'inspirant de Sully, on peut appeler le grand dessein de Henri IV.

Que l'Europe fut partagée en quinze Etats d'une puissance à peu près égale : six monarchies héréditaires, la France, l'Espagne, la Grande-Bretagne, la Lombardie, la Suède et le Danemark; cinq monarchies électives, la papauté, l'empire, la Hongrie, la Bohème et la Pologne; quatre républiques, les Pays-Bas, la Suisse, Venise, les autres Etats de l'Italie ; que' l'Europe, disons-nous, fût ainsi rigoureusement partagée, comme il est marqué dans les Economies roijales (1), ou

(1) Mémoires de Sully, collect. de MM. Michaud et l'oujoulat, t. II, ch. CLX, p. 150-15Zi, et ch. ccxv, p. ^'29. Ce partage, indiqué par Sully, paraît avoir été particulièrement l'œuvre de sa pensée. — Disons le immédiatement, bien qu'on ne puisse pas toujours distinguer les conceptions du roi de cel es du ministre, il n'est pas dout ux que non-seulement la pensée-mère du i)lan, mais le plan lui-même dans ses principales parties n'appartiennent à Henri IV : la lecture attentive de Sully ne permet pas une autre appréciation. Cette réflexion a déjà été faite par M. Mercier de Lacomlie {Henri IV et sa politique, nouv. édit. in-12, p. 39ii) et par M. Wolowski [Le grand dessein, rapport lu dans la séance publique annuelle des cinq Académies, le 16 août 18G0). « Il faudrait, dit ce dernier à ce sujet, accuser Sully do « la plus audacieuse des falsifications, pour rejeter ces témoignages, M ces paroles, ces documents qui tous conduisent au môme résultat.» {Ilnd., p. U).

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bien qu'il y eût d'autres divisions ou modificalions, peu importe ici , car, lorsqu'il s'agissait de remanier politiquement l'Europe, il ne pouvait y avoir a prioin rien d'absolu; et le partage en quinze Etats ne devait être qu'un des modes d'appliquer le principe du remaniement, principe qui dans l'esprit de Henri IV ne semble pas avoir subi la moindre variation.

En effet, dès l'instant où il put se glorifier d'être incontestablement roi de France, en 1596, Henri IV déclara à Sully que son âme nourrissait, « deux certains magifiques desseins, » desseins qu'il avait toujours tenus secrets,, qu'il ne manifesterait à personne, pas même à lui, son vieil et fidèle ami, qu'autant que la prospérité du royaume lui permettrait de songer elli- *caceraent à leur réalisation (1). Quatre ans plus tard, nous trouvons ainsi formulé un de ces desseins: « Faire... convenir « tous les potentats de la chrétienté au choix de tels ordres et « règlements, que par iceux toutes 'es dominations royales.. . « aient agréable de se réduire à une si fort approchante égalité « de puissance, tant en force qu'en étendue de terres et pays, « que nul d'iceux par l'excès d'iceux n'entre en l'avidité d'en « opprimer quelqu'un , ni l'un d'iceux en l'appréhension de le .( pouvoir être de lui (2). »

(1) Mémoires de Sully, tom. I, ch. txxn, p. 2/i3 : le LVdes souhaits du roi. Cependant l'idée générale de république chrétienne remonte plus haut, puisque, dès 1593, SiiUy parlait à Ileuri IV do ses « hauts et a niai^nifiques de.sseins pour rétablissement d'une république univer- " selle, très-chrestienue, composée de tous les roys et potentats d'Eu- •I rope, qui professent le nom du Clirist. » {Ibid., chap. xxxvui, p. Ile)

(2) Ihid., ch. xcix, p.' 353.

Sully qui transcrit ce dessein , le reproduit presque dans les mêmes termes quelques lignes plus loin. Là, nous voyons que ces puissances souveraines sont fixées au nombre de quinze (1).

-Nous voici à Tannée 1606. Le même Sully replace le projet devant les yeux de son maître pour en louer la sagesse, en appeler la réalisation et insister sur quelques points particuliers (2].

Quand des difficultés nouvelles surgissent ou se font craindre, on ne manque pas de chercher les moyens d'y faire face on de les tourner, tant on considère le projet comme ne pouvant et ne devant être abandonné! Sully qui paraît plus intimement dans le secret et approuve complètement la chose, est toujours là pour donner au roi des conseils sages et encourageants. Voilà bien ce que nous remarquons dans le chapitre intitulé : Développement du projet de pacification générale et de confédération européenne (3).

Le roi n'est plus ; et le ministre confident écrit encore : « Le « but principal da ce grand guerrier et politique monarque '; était de pouvoir établir une forme de république... par le (( moyen de laquelle tous les potentats chrétiens de l'Europe « se fussent réconciliés, familiarisés et entrevisités, les uns (1 les autres, et leurs femmes et enfants et sujets, aussi amia-

(1) Mémoires de Sully, ch. c, p. 356.

(2) Ibid., tom. Il, p. 150, 15Z|.

(3) Ihid., ch. CLXXV, p. 212.

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