U8 LA RÉPUBLIQUE CHRÉTIENNE
i( blement que les parents et amis de mêmes provinces... (1). •> Telle devait être la composition de cette fameuse république chrétienne, c'est-à-dire d'une confédération comprenant toutes les nations qui rcclamaicnt le nom de Jésus-CIirist en Europe ('2).
Mais qui serait à la tête de cette république p!)Uf nuiiiileinr l'accord en décidant les questions litigieuses ou refrénant les ambitions particulières? Un conseil que les divers Etiits constitueraient et qui deviendrait « l'arbitre amiable de tous les différents (3). )> Dans le cas où un Etat ne voudrait pas se soumettre à la sentence arbitrale, il verrait se tourner contre lui toutes les lorces des autres.
Ce conseil , d'après Sully qui se plaisait à en indiquer les bases à l'avance, aurait rappelé celui des Amphictyons en Grèce {h). A ce titre, le ministre avait raison de ne vouloir pas qu'on le considérât commQvmQ chimère. Sans remonter si haut dans l'histoire, il aurait pu invoquer deux faits plus récents et même contemporains : la Liijue hanséalique^ cette vraie confédération de tant de cités qui sut défendre si longtemps et si glorieusement son commerce contre les pirates et ses franchises contre de terribles voisins ; reuq)ire d'Allemagne lui-même dont les diètes souveraines ou conseils suprêmes des
(1) Mnnoires de Sully, p. 428.
('') Uni., ch. CLXXv. p, 215.
(;{) //yi>/., tom. I. ri;, c, p. ;5.=)(). (i) Ihiil., toni. 11, ch. CLXXv, p. 217.
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divers Etats qui le composaient, édictaient les lois, portaient des sentences, décidaient la paix ou la guerre, en un mot, prononçaient sur toutes les questions importantes du dehors comme du dedans. On ne saurait ie nier : il y avait là une grande et généreuse pensée, et assurément elle n'a pas dû être sans influence sur celle de nos congrès modernes qui ont rendu de vraif* services et qui semblent être appelés à en rendre de plus grands encore (1).
Dans la confédération européenne, le Pape eût vu ses Etats s'agrandir et son autorité temporelle s'accroître : à part la Lombardie et Venise, ce qui en Italie n'aurait pas fait partie des premiers, n'eût pas échappé à la suzeraineté de la seconde (2). Pour le conseil suprême, il eût été placé sur la même ligne que les plus puissants souverains. Mais tout se fût borné là. Henri IV aurait-il personnellement désiré quelque
(1) Besoin n'est pas de faire remarquer : 1° que nous entendons les congrL'.s sérieux et non point ces réunions qui ne semblent avoir d'autre but que de formuler "des utopies; et 2° que le grand dessein ne doit pas être confondu avec le système de la paix perpétuelle et universelle, ce rêve d'un honnête homme, disait le cardinal Dubois,
L'impraticable paix do Tabbé de Saint-Pierre,
disait Voltaire; car la constitution de la république chrétienne avait pour but, non de supprimer la guerre, mais de la rendre la plus rare possible.
('2) Mémoires de Sullv, cli., CLX, p. 151, 15-2.