LA RÉPUBLIQUE CUR ETIENNE
but ultime qui pouvait parfois attirer ses regards et, si l'on veut, sourire à sa foi, mais que son esprit essentiellement pratique devait rejeter aussitôt comme irréalisable (1).
Voilà une seconde thèse que nous essaierons également de développer.
Ces deux thèses, après les éclaircissements des pages précédentes, en plaçant la diplomatie du grand roi sous son véritable jour, seront à la foi la réfutation, en ce qu'ils ont de faux ou d'exagéré, des systèmes que nous avons signalés.
Une réflexion avant d'aborder notre sujet. Dès 4596, le roi de France avait déjà conçu son grand projet. Pourquoi donc, deux ans plus tard, fit-il la paix avec l'Espagne? Pourquoi, au contraire, soutenu par l'Angleterre et les Provinces-Unies, ne continua-t-il pas la lutte jusqu'à ce qu'il ait atteint son noble but?
D'abord, l'intérêt du royaume conseillait la paix : après tant de déchirements intérieurs, quand les blessures étaient loin d'être cicatrisées, comment continuer indéfiniment la guerre étrangère? Et combien faible la coopération des deux alliés ! Quelques mille hommes, lorsqu'il fallait pour le succès certain la confédération des Etats européens qui eussent tous contribué à l'œuvre efficacement et dans la mesure de leurs moyens!
(1) Les paroles royales que M. Mercier de Lacombe cite à la page .'i23, peuvent et doivent s'entendre dans ce sens. Henri IV, comme lout chrétien, désirait le triomphe du catholicisme, la vraie religion, mais par les armes apostoliques sons la sage protection des puissances Séoul i^^es.
Puis, on ne l'a pas oublié, dans la pensée de Henri IV, on ne devait arriver à une lutte ouverte avec la maison d'Autriche qu'après avoir épuisé toutes les ressources de la diplomatie. Enfin, la médiation spontanée du Saint-Siège pour lequel, en politique, Henri ne cessa d'avoir la plus grande déférence, ne fut pas sans peser sur les pacifiques résolutions du roi (1).
Naturellement les anciennes alliances devaient être maintenues ou renouvelées.
La puissante Angleterre, en premier lieu, attirait l'attention. Mais la jalousie d''Elisabeth et l'inconstance de ^Jacques I*' ne rendaient pas toujours la chose facile. Aussi, ne se contentait-on pas de la diplomatie ordinaire, si habile fût-elle. On eut recours aux missions secrètes, aux ambassades solennelles.
(1) Tel est, du reste, l'aveu du roi au landgrave de Hesse quant aux deux principaux motifs qui l'ont déterminé ù la paix. « C'est alors, « lui fait-il dire par son ambassadeur, que Sa Majesté fut convaincue « par l'expérience que des secours étrangers la mettraient peut-être u en état de prolonger et de soutenir la guerre, mais non de la ter- « miner; que ni ses propres forces ni celles des alliés ne pourraient « sulBre pour reprendre les autres villes de France occupées par les « Espagnols, et relever de la misère son royaume et ses sujets. C'est « alors qu'après une proposition du Pape, le roi songea sérieusement « à faire la paix, comme au seul moyen de sauver ses Etats. » (CVrespondancc inédite df Henri IV... avec Maurice- le- Savant, publiée par M. de Rommel. Paris 18û0, p 28 : Déclaration faite par Bongars de la part du roi eu landgrave Maurice, \U mars 1599, trad. du latin).
370 LA RÉPUBLIQUE CIIRÉTIENNK
C'était en 1601 (l). Le roi de France se trouvait à Calais et la reine d'Angleterre à Douvres. Une correspondance s'établit entre eux. Une phrase assez énigmatique terminait la dernière lettre d'Elisabeth (2). Le roi, dont la curiosité était piquée, envoya secrètement Sully à Douvres. En apparence, ce dernier n'était qu'un touriste désireux de connaître l'Angleterre; mais en réalité, le voyage était seulement entrepris dans l'espérance que le touriste serait mandé par la reine et pourrait ainsi en pénétrer la pensée. La chose réussit parfaitement. Dans le cours de l'entretien, Sully fut tiré à l'écart par Elisabeth qui lui demanda « si les aiïaircs du roi, son bon H frère, étaient en meilleur état qu'en l'année 1598 et s'il se- '( rait à présent en commodité d'entamer à bon escient ce u grand dessein qu'elle avait proposé dès ce temps là (3). <> 11 s'agissait de l'abaissement de la maison d'Autriche. Sull\ , après avoir répondu que la France, malgré le bon état de son trésor etde son armée, ne pouvait se charger seule d'une pareille guerre, que ce n'était même pas assez de l'alliance delà France, de l'Angleterre et des Provinces-Unies, ajouta qu'il fallait avant tout « essayer à faire une bonne union et confère dération avec tous les autres rois, princes, potentats, répu- « bliques et peuples [h)... » H fut d'autant plus facile de
(1) Mémoires (le Sully. toill. I, eh. Clll, p. 363, oG7.
(2) Ello disait au roi : « J'ai qiiclqiu! cjjose tic conséquence à vou> • communiquer que je ne puis escrire ni confiera aucun des vostres « ny des miens pour maintenant. » (Mrnwircs de i^uUy, p. 36i).
(3) Ibid., p. 365.
DE Hi:XRI [V 371
s'entendre que la reine elle-même, à ce qu'il paraît, partageait l'idée d'une confédération européenne et s'occupait à en projeter les bases solides. C'était même à cela qu'elle avait fait allusion dans sa dernière lettre. Oa tomba d'accord sur les principaux articles que poursuivait la politique du roi de France : le nouveau partage de l'Europe, la reconnaissance des trois principales religions, l'indépendance des dix-sept Provinces-Unies, la constitution d'une Suisse puissante, la libre élection de l'Empereur d'Allemagne, des rois de Hongrie et de Bohême, la consécration des droits et libertés des Etats qui composaient l'empire. Le moyen de parvenir au but désiré était la grande association dont Sully avait parlé d'abord, moyen qui reçut également l'approbation de la reine ( l ) . Riei:^ ne lut signé pour l'instant : Sully n'avait pas qualité pour cela. Mais, quelques jours après, la convention projetée devint définitive par la ratificatijn des deux hautes puissances contractantes (2). Celles-ci eurent même soin de spécifier quelques points qui les concernaient particulièrement.
(1) C'est ù dosàoin que Sully, .sans aucun doute, ne mentionna point l'Italie : la haine de la papauté chez Elisabeth commandait, pour l'instant, cette prudence. .Mais il en fut autrement, deux ans plus tard, quand le même Sully fut envoyé ver.s Jacques I". (Ihid., ch. cxix, p. Zi76 et Û91 en particulier).
(2) Mémoires de Sully, p. 367. Tel est évidemment le sens de cette phrase des Economies royales la Leurs Majestez de France et d'Angleterre « estant convenues ensemble, avec satisfaction de toutes parts, des t procédures, ordres et méthodes desquelles chacune d'icelies devroit « user en conformité des projets cy-dessus mentionnez, cette prin- « cesse s'en retourna à Londres et le roy prit son chemin vers Paris. .. »
372 LA RÉPUBIIQUE CHRÉTIENNE
Ce fut pour rendre plus intime encore l'union entre les deux royaumes qu'une ambassade solennelle partit pour Londres, cette même année 1601. Henri IV avait obéi à une pensée politique autant qu'à un sentiment de bonté en plaçant à la tête de l'ambassade l'illustre guerrier, Biron, qui complotait déjà contre son roi (1). Si Elisabeth devait s'estimer honorée de l'envoi d'un tel personnage, celui-ci ne pouvait, de son côté, que recevoir une heureuse impression à Londres où l'autorité royale savait tant se faire respecter et craindre, où les crimes de lèse-majesté étaient si impitoyablement frappés.
La mort d'Elisabeth, cette a ennemie irréconciliable de nos irréconciliables ennemis, (2)» parut affecter Henri IV. »Tacques d'Ecosse, son successeur, consentirait-il à suivre la même politique? Voilà ce dont il importait de s'assurer. « J'ai au^itôt « jeté les yeux sur vous, écrivait le roi à Sully, comme celui « de tous mes bons serviteurs par lequel je puis le plus con- « fidemment traiter avec lui de choses plus importantes, tant « à cause de l'amitié que chacun sait que je vous porte, de la « religion que vous professez, que pour vous être acquis « envers lui la réputation d'avoir de la fianchise et d'être a hoiurae de foi et de parole. Préparez-vous donc à faire ce « voyage... (3). » Deux instructions furent remises à Sully,
(1) Mémoires de Sully, p. o69.
(2) Ibid., ch. cxiv, p. i'26 : Letlie de la main du roy ù M de Rosny ; et, pour le reste, jusqu'à la pafe 511.
DE HENRI lY 373
l'une oflicielle, délibérée en conseil d'Etat, l'autre secrète, confiée par le roi. Selon la première, l'ambassadeur était envoyé pour « se condouloir » avec le roi Jacques, « au nom de Sa Majesté, de la mort de la feue reine d'Angleterre (1), » le complimenter lui-même sur son heureux avènement à la couronne et expriuier la volonté de la France, comme c'était, on le savait déjà, la volonté de l'Angleterre, de maintenir les traités précédemment conclus avec Elisabeth. Selon la seconde, il devait exposer, pour les faire admettre ou prendre en considération, les grands desseins de Henri IV. Mais ici l'ambassadeur disparaissait : c'était Sully qui parlerait en son nom personnel, alléguant, toutefois, sa résolution de porter à la connaissance du roi de France ce qui serait adopté par le roi d'Angleterre, afin d'engager le premier à entrer dans les mômes vues. Au besoin, en présence d'un roi protestant, l'intérêt du protestantisme pouvait être mis enjeu; mais c'était toujours, l'homme privé qui se ferait entendre. Dans le premier cas l'on aurait le politique, dans le second le huguenot. Sully s'acquitta habilement de cette mission (2). L'exposé et la dis-
(1) Mémoires de Sully, p. Zi32.
(2) 11 renchérissait même, relativement au zèle religieux, aux dépens de la vérité, quand il disait: « Je préfère... la gloire de Dieu, mon M salut et la subsistance de la vraye religion que je professe, au roy, « mon maistre, ma fortune, ma femme, mes enfauts, ma patrie et « toutes autres considérations humaines. » {Ibid., p. /i7f).) Tout cela se concilie peu avec la profession de foi que nous lui avons entendu faire précédemment. (Voir pag. 58 de ce volume.) Mais le diplomate se permettait des licences.
'M'i LA RÉPUBLIorE CnRÉTIKNNK
cussion des grands desseins parurent faire une bonne impression snr l'esprit de Jacques I" ; et le résultat imaiédiat des entretiens ofiiciels et privés fut un traité conclu entre les deux puissances et dont la première clause portait : « Pour prt'uve « certaine du désir que Sa Majesté d'Angleterre a de conserver, (' avec tout honneur et dignité, l'amitié et l'alliance d'un si « grand prince, son bon frère, elle trouve à propos et môme « promet, comme aussi fait ledit sieur marquis au nom du roi, « son maître, de renouveler non -seulement les anciennes et K non jamais interrompues alliances de France et d'Ecosse et (1 celles qui avaient été contractées entre le susdit roi de « France et la sérénissime Elisabeth, ci-devant reine de l'An- « gletene, mais aussi de les fortifier et restreindre par toutes h autres sortes de conventions utiles et honorables; même « par une ligue, qui sera particulièrement conclue entre leurs « Majestés, pour la défense commune de leurs personnes. « royaumes et sujets, dans laquelle ligue défensive seront «^compris tous les alliés de part et d'autre (1)... >»
A ce titre, il devenait impossible de ne pns comprendre dans le traité les Provinces-Unies, ces anciens alliés qui combattaient avec une si persévérante énergie pour leur indépendance. Du reste, leur indépendance importait à la paix de
(1) Mnnoircs de Sully, ch. cxxi, p. ôOI. — Le traité signé par h^ roi (l'Angleterre et l'ambassadeur de France porte, dans les Economies rnynits, la date du 25 Juin 1603. — Au sujet de ce traité, Henri IV disait de Sully : « Ce qu'il a fait et traitté eut esté impossible tout autre qu'à luy. » [IhiU.. p. 50.'î.)
DE IIENUI IV 36o
l'Europe comme aux projets de l'avenir. Voilà pourquoi leur cause n'avait pas été oubliée dans ies instructions officielles données à Sully qui, en conséquence, l'introduisit, à diverses reprises, dans les négociations entamées et fut assez heureux pour faire inscrire dans le même traité les stipulations suivantes en faveur de ces Provinces : « Les assister et secourir « présentement d'une bonne somme d'argent et d'un suffisant (i nombre de gens do guerre qui seront tous levés dans les « pays, terres et seigneuries du roi d'Angleterre, et les frais <i de ladite levée, solde et entretènement, fournis des deniers i'. du roi de France, qui mettra à cet effet es mains des iceux « Etats desdits Pays-Bas les sommes pour ce nécessaires, « dont la moitié sera purement et simplement fournie par Sa (( Majesté de France, et l'autre moitié semblablement par elle, .« mais en déduction et paiement de ce qu'elle peut devoir au « roi d'Angleterre. » Il fallait tout prévoir. L'Espagne pouvait, dès lors, se considérer comme offensée et une guerre s'ensuivre. Dans le cas où l'une de.s deux parties contractantes serait attaquée par l'Espagne, l'autre serait tenue de fournir « une gaillarde et forte armée,» c'est-à-dire d'au moins 6,000 hommes. Si l'Espagne déclarait la guerre aux deux royaumes à la fois, la France jetterait une armée de 20,000 hommes sur la Belgique, et l'Angleterre équiperait deux grandes flottes pour attaquer les possessions espagtioles des Indes (1-).
(l) Mémoires ÛQSMy, p. 502.
376 LA l'KPL'BLIQUE CHRÉTIENNE
La triple alliance de la France, de l'Angleterre et des Provinces-Unies permettait d'envisager l'avenir avec confiance. Sans doute, la politique tortueuse de l'AngleteiTe allait susciter bien des embarras. Mais la fermeté de Henri IV et l'habileté de sa diplomatie devaient finir par triompher : la trêve (TAtivers, en 1609, conclue sous la médiation de la France entre les Provinces-Unies et l'Espagne, non-seulement confirma, mais fortifia cette triple alliance, les Provinces s'attichant à la France par gratitude et l'Angleterre mettant un terme à ses irrésolutions.
Si, comme le disait Sully à Jacques 1", l'union de la France et de l'Angleterre ayant pour premier résultat l'affranchissement des Pays-Bas u était la preuiière base du principal fondement de toutes hautes et généreuses entreprises (1), » il fallait en même temps travailler activement et adroitement à jeter les autres assises. Henri IV ne faillit pas plus à cette œuvre-ci qu'à celle-là.
Les alliances se renouvelaient avec les cantons suisses, la ligue des Grisons, la république de Genève (2).
La vieille amitié qui unissait la France et la Pologne se maintenait (3;, des rapprochements étaient tentés près des cours de Danemark, et de Suède, des intelligences ménagées dans la Hongrie et la Bohème [h].
(1) Mémoires de Sully, p. ù81, h92.
('2) Ihid,, p. 369, !i-îh et passim.
(.i) Ainhuasad. du cardinal du l'erron, Paris 1623, p. û87.
(i) MànotresdQ SuUy, tom. Il, p. 327, /j28, 3U\.
DE HENRI lY 377
En Alleiiiagne, Henri ne cessait d'intervenir, autant amicalement que diplomatiquement, poui* ménager l'union polititique entre les catholiques et les protestants par la juste et bien fondée appréhension qu'ils devaient avoir, d'un coté, des armes des Turcs, de l'autre, de celles du roi d'Espagne (1). L'empereur lui-même n'était pas oublié dans les tentatives de négociations (2).
A part les provinces occupées par l'Espagne, les Etats de l'Italie nous étaient sincèrement attachés. Alais si cet attachement pouvait constituer un péril pour eux (3), il ne nous permettait pas d'en espérer de bien grands secours. Renfermés au nord et au midi par les provinces espagnoles, ils se trouvaient séparés de nous parla Savoie avec laquelle nous étions en paix, il est vrai, mais dont le duc, selon les expressions du cardinal d'Ossat, « mortel et implacable ennemi du roi et de la
(1) Correspondance inc'li(e de Henri IV... avec Maurice-le- Savant, publiée par M. de Rommel, Paris ISZiO, p. 321, lettr. du roi, du 14 août 1606. Il s'agit bien des princes catlioliques et protestants à la fois, car à la page suivante il dit : « Je n'entends pas les engager à faire chose qui préjudicie à l'empire ni à leur foy et debvoir... »
(2) Mémoires de Sully, tora. II, p. 334, 335.
(3) C'est ce que le grand-duc de Toscane exposait au cardinal du Perron quand celui-ci se rendait ù Kome, en 1604 : « Le comte de « Fuente, disait-il, plantoit des forteresses sur les yeux, non-seule- « ment des Grisons, mais aussi des Vénitiens, et ne faisoit point diffi- <i culte de dire que maintenant il se moquoit de la France...; tous « les princes de l'Italie sentoient bien qu'il leur mettoit peu ù peu le « joug sur le col; et néantmoins n'osoient faire semblant de s'en « apercevoir voyant que les portes de l'Italie estoieut fermées et les « passages du secours bouchés. » {Ambassades du card. du Perron, p. 263).
.'HS LA RKlHlJLlOLi; CllHKïIENNli
France, brouillon suprême et impatient (J), >< supérieure tous les princes par sa « malice ■> et ses « inventions diaboliques, » désirait plus notre ruine qu'il ne souhaitait n sa propre conservation (2). » Malgré tout, Henri IV parvint à se laire de Charles-Emmanuel un allié ; l'alliance devait se cimenter par le mariage de Madame de France et du prince de Piémont; et l'Italie était appelée àentrerdans cette « ligue de confédération. » Tel fut le traité de Brusol (3) qui vint admirablement couronner l'œuvre si laborieuse de la diplomatie de Henri IV.
Cette diplomatie, Sully la résume parfaitement dans ces quelques lignes : <t Comme ce prince était d'une prudence !( exquise et prévoyance merveilleuse, afin de n'éventer pas (' prématurément le fond de ses desseins, ni la résolution qu'il « avait prise de ne les entamer, sinon en temps opportun, et « de ne les poursuivre que peu à peu, de temps en temps et <( (le succès eiî succès, pour ne pas trop embrasser à la fois, « il envoya divers députés, agents et négociateurs, pour visi- K ter ses amis, seulement par lorme de civilité et de compliu ment, pour l'apparence, avec des instructions si bien
ri) Leltres d'Ossat, lettr. CCCW, à Villcroy, du !"• juillet 1602.
(2) Ibid., Icttr. CCXCV, au m<^me, du 15 octobre 1601.
(3) Du Mont, Corji$ universel diplomatique du droit des </ens, Amsterdam 1728, tom. V, part. II, p. 137 : Traité entre HenrilV... cl Charles- Kinmmiw.l... pour la cwqnftc du duché de Milan, fait à Brusol le 25 «1/(7 1610 ; et Traité de lif/ur offensive et défensive, entre les mêmes, contre le roi d'Espagne, de la même date et du même lieu.
« assaisonnées qu'elles mériteraient bien d'être ici toutes in- « sérées... (1) o
On le voit donc, Henri IV cherchait des alliances partout, sans faire attention à la religion professée et en vue de l'abaissement de la maison d'Autriche. Ainsi, notre première thèse se trouve prouvée et, par là même, les assertions de M. Poirson renversées.
Comment, en effet, vouloir découvrir dans le roi de France le chef du protestantisme, quand il ne poursuivait pas avec moins d'ardeur l'aliiance de l'Italie catholique que celle de l'Angleterre protestante et cultivait l'amitié de la Pologne, si fidèle au culte de ses pères, en même temps qu'il cherchait à se conciliei' celle de la Suède et du Danemark, qui s'étaient donnés à la réforme; quand dans les contrées où il y avait des Etats de diverses religions, comme en Allemagne et en Suisse, il ne voulait pas distinguer entre eux, les engageait à la concorde et sollicitait également leur adhésion ; quand le Saint-Siège n'était pas plus oublié dans le présent que pour l'avenir, quand le roi lui désirait un accroissement de puissance temporelle, et qu'en attendant il recommandait aux Etats de la péninsule de se grouper autour de Rome : « Leur (( imion avec le Siiiiit-Siége — disait-il à celui qu'il envoyait pour le représenter à Venise — assure leur liberté et autorité, « et garantit leur Etat de tout mauvais accident, et .pareil-
(1) Métnuiics de Sully, tom II. p. 333.
2Zi
:\HU LA UKPl'BUQUE CHRÉTIENNE
« lement tous les autres princes et potentats de l'Italie (1). » Un seul fait, lorsqu'il n'est pas présenté sous son vrai jour, pourrait influencer l'iiistorien et faire dévier son jugeaient : c'est l'adhésion du roi de France à l'union de Hall.
Depuis longtemps Henri IV prévoyait que la succession du duché de, Juliers et Clèves, après la rnort du duc Jean- Guillaume, qui n'avait pas d'héritiers directs, pourrait devenir une source de difficultés et peut-être une occasion de troubles. Il ne se trompait pas. La succession se trouva vivement disputée par le duc de Saxe, d'un côté, et, de l'autre, par l'électeur de Brandebourg et le comte de Neubourg. L'empereur d'Allemagne, évoquant l'aflaire à son tribunal, décida de mettre les domaines en séquestre, entre les mains de l'évêque de Strasbourg, l'archiduc Léopold,qui en fit commencer aussitôt l'occupation. On craignait que la maison d'Autriche ne linîi par s'approprier ces petits Etats. Elle était assez coutumière du lait. Dans cette prévision, les princes protestants, l)0ur parer aux événements, signèrent l'Union de Hall ; le principal mobile de l'alliance était, à n'en pas douter, l'intérôt religieux. Henri IV adhéra à l'Union sous le coup de la môme crainte, iJ)ais pour une autre raison. H y avait nii intérêt français et européen à ceique ces duchés ne fussent point possédés par des princes de la maison d'Autriche. Sans parler d'un nouvel agrandissement pour cette maison, qu'au contraire
(1) Instruction à M. de Cliampagny, aoiH 1608, pièce inédite citée par M. Mercier de Lacombe, uuv. cit., p. 26G.
11 fallait affaiblir, c'eût été laisser s'établir d'un autre côté et à peu de distance de nos frontières les puissances que nous considérions comme nos ennemies-nées, c'eût été encore leur fournir un moyen de communication avec les Pays-Bas espagnols et une entrée facile dans les Provinces- Unies. Sans doute, Henri IV n'était pas fâché de la circonstance qui lui permettait d'ouvrir la lutte depuis longtemps prévue et désirée et, eu égard à de nombreuses alliances, de se promettre le succès. Sans doute, il apportait môme à la saisir un empressement qui jetait çà et là des inquiétudes. Mais, en définitive, il ne voyait là qu'un intérêt politique et ne voulait pas en servir d'autres. Aussi, s'empressait-il de rassurer les catholiques de l'Allemagne et la papauté elle-même qui s'était émue. Aux premiers il disait que, en cas d'une complication religieuse, il serait le premier à les soutenir « comme un prince et roi très-chrétien doit laire (1) . » Pour Paul V, outre ce même langage qu'il tenait (2), il lui exposa que la cause religieuse était un simple prétexte mis en avant par la maison d'Autriche pour se procurer l'appui du Saint-Siège, qu'il ne s'agissait ni d'hérétiques ni d'orthodoxes, mais bien d'un conflit purement temporel ; et il parvint à lui faire « démontrer et
(1) Matthieu, Bùloire de Henry IV, Paris 1631, p. 803.
(2) Jbid. : o La première chose dont j'ay parlé, Uisait-il au uouce,,a <i esté la seureté de la Keligiou Calhulit|ue au pays de Chnes; je ne « peruiettray jauiais qu'elle se plaiyiie ny de mes aruies ny de mes « intentions. »
382 LA RÉPUBLIQUE CHRKTIENNE
toucher du doigt(l) » la réalité de la chose : le Pape conserva « le nom et les îonctions de Père commun envers les para ties, sans se partialiser pour l'une plus que pour l'autre, « afin de pouvoir être propre et capable de moyenner un bon « accord » entre elles (2).. Dans le cas où la question politique viendrait à se compliquer de la question religieuse, la France, le roi l'espérait bien, serait assez puissante pour lui maintenir son caractère primitif (3).
Nous croyons que la lumière s'est faite sulfisante autour de notre première thèse. Nous passons à la seconde.
Le Perronii attribue ces paroles au cardinal du Perron : f( Je fus principalement envoyé à Rome pour le fait d'Angle- « terre, et le Pape sollicita le roi de m'envoyer pour aviser « aux moyens d'amener le roi d'Angleterre à la religion ca- «< tholique. »
Ce qui est certain, c'est que Clément VIII désirait le cé-
(1) Lellrci miisivcs, loin. VU, p. 871, leUr., du 'JO mais ir.lO, à de la Boderie.
(2) Ihi'l.
(3) Instruction du cardinal de La llocliefoucauld citée, d'après le ms. 557 du Foudi Bu/un/, par M. Mercier de Laconibe, uuvr. cit., p. Uli3, UU'i. Et Kontenay-Marenil écrit pour une circonstance particulière, le projet d'élection du roi de Havière à l'empire : « Le Roy « avoit aussi assez de crédit sur les Protestants pour lever toutes les « dinicuiiés que l'envye ou la dilTérence de relijrion y pourroit ap- « i)orter. » [Mémoires, collect. Micliaud, p. y.)
lèbre cardinal à Rome et en avait fait écrire au roi (1). Ce qui est certain encore, c'est que, arrivé dans la ville éternelle, du Perron fut nommé membre de la congrégation des affaires d'Angleterre (2), congrégation dans laquelle on agita la question de l'envoi d'un personnage dans ce royaume pour engager le roi à revenir au catholicisme dont on lui démontrerait la vérité (3). Un pareil projet s'expliquait naturellement : l'avènement du fils de Marie Stuart, en donnant tant d'espérances aux catholiques, ne devait-il pas faire naître à Rome la pensée de son retour au catholicisme, faire même concevoir l'apostolique dessein d'en entreprendre et poursuivre la réalisation? Heureux retour qui n'aurait pas été sans exercer la plus salutaire influence dans ce royaume que la langue catholique saluait jadis avec fierté du nom glorieux qVIIc des Saints. Le projet conçu, il était assez naturel aussi de jeter les regards sui* le cardinal du Perron comme un de ceux qui seraient le plus aptes à remplir une si importante mission : à R'.nne comme en France, on connaissait sa sagesse de diplomate et sa science de controversiste. D'autre part, sa qualité de Français pouvait ménager à l'envoyé de Rome un accueil p!us cordial.
H^.nri IV entrait-il dans les vues de Rome? La chose ne
(1) Ambasmd. du card. du Perron, p. 19'i, lettre du card. de Givry, du 16 juin 1606.
i'z) Jbi'L, p. 276, lettr. de du Perron au roi, du 25 janvier 1605. (3) lOid., p. 2»3, lettr. du même au même, du 7 février 1605.
AM LA m-PIRLIOUF. CIIRÉTIENNR
nous paraît pas doiiieuse. Lorsque dnns la congrégation romaine on examina la question que nous mentionnions à l'instant, le cardinal du Perron se prononça pour l'affirmative ; et voici la raison qu'il en donna lui-même dans une lettre au roi de France : « Je pensais ne pouvoir donner un meilleur <( gage de la vraie et sincère affection de Voire Majesté, au « fajt de la religion, que de montrer qu'elle désirait une telle « conversion ; ni mieux montrer qu'elle la désirait que de (( montrer que ses créatures la désiraient (1). »
L'ambassadeur de Fiance en Angleterre, de Beaumont, n'hésitait pas à engager Jacques I" à suivre l'exemple de Henri IV, lui promettant même, dans le cas d'une aussi sainte résolution, le secours des conseils de ce dernier et l'appui de son influence à Rome (2). La mort de Clément VIII ne permit pas de donner suite au projet. Paul V le reprit et il eut à ce sujet plusieurs entretiens avec le même cardinal. Si le roi do France conseillait la plus grande circonspection, à rencontre d'un Anglais, nommé Lendzay, dont la parole, ne s' inspirant pas assez de la réalité des choses, demandait" de la promptitude dans l'exécution de l'entreprise, cela n'empôfh;iit pas qu'il nourrît les mômes désirs et qu'il eût voulu partager les mômes espérances. Il était à craindre selon lui, que
(1) Ambn'^sndes, p. 283, lottr. du 7 fi^vrier 1605. 2) Lf'ttro do Boaiminnt au roi, du 2,'? juillot 1603, tnnsrrite on partio d'apn'-s nn ms. do la Bil)lioth«''q!io nationalo, par M. Morcioj do Laoombo {Henri IV et $n poUlique, Paris, nouvel. Mit, p. '|90).
ce Lendzay « n'excédât les bornes de la commission et que « l'on ne trouvât pas par effist, en l'esprit du roi d'Angleterre, « ce qu'il en promettait et que » Sa « Majesté désirait extrê- « mement, la perfection de ce bon œuvre ; » car « c'était une '( affaire fort épineuse et où il fallait procéder avec beaucoup « de circonspection, tant pour ne point mettre l'autorité du « Saint-Siège en compromis que pour n'empirer point les af- (( faires des catholiques (1). '^ La Conspiration des poudres ^ suivie d'une nouvelle recrudescence de persécution contre les catholiques dut faire renoncer, non à toute espérance, le zèle apostolique ne connaît point cela, mais à la pensée de faire immédiatement des tentatives. A peine quelques quatre ans s'étaient-ilsécoulés, que le religieux dessein réapparaissait et, cette fois, Henri IV semblait vouloir se charger de le mener à bonne fin. Un historien du temps nous parle d'une conférence qui se serait tenue à ce sujet dajis le ville de Fontainebleau. Plusieurs cardinaux et le nonce y assistaient. Du Perron devait être chargé de la mission. iVIais il fallait préalablement faire sonder les dispositions du roi de la Grande-Bretagne (2). L'ambassadeur français près cette cour, de laBoderie, reçut des instructions en conséquence. Les dernières élucubrations du roi théologien, fort malmenées en France, fournissaient naturellement l'occasion d'entrer en matière, car, mécontent
(1) Ambassades, p. 372, lettre au roi, du 28 juin 1605. {1) Discours sommaire, p. 25, au coiiiraencemeut des Divers, œuvrer du card. du ['(?rron.
386 LA fiKPlBLlQUE CHRÉTIENNE
d'un pareil accueil, il s'en prenait volontiers à la trop grande liberté qui était accordée à ses adversaires. Henri IV tenait à rassurer ou édifier son bon frère d'Angleterre. La conversalion ainsi engagée, l'ambassadeur soulèverait, comme de luimême, la question de savoir si un entretien de Sa Majesté britannique avec un bon théologien français, avec le cardinal du Perron, par exemple, ne pourrait pas mettre fin aux discussions en éclaircissant les diflicultés. Jacques I'' ne voulut consentir à rien ; alléguant que ce serait jeter l'alarme dans le royaume et que, du reste, il lui suflisait. pour refuser la conférence, que le personnage annoncé fût « cardinal et prêtre » , qu'il fît '< profession d'être grandement consommé dans la dispute >< et qu'il ait été « l'instrument de la conversion du roi, son Irère >> : car, ajoutait-il en faisant allusion H sa propre conversion qu'on projetait sans doute, (csi c'était pour cela que le roi l'envoyait, il n'en cLait pas besoin, étant très-résolu de ce qu'il avait à croire... (1). »
Assurément, nous ne prétendons nullement que Henri IV eût des pensées aussi apostoliques que le Saint-Siège. 11 pouvait voir là, en même temps, un moyen d'affermir davantage l'alliance entre les deux royaumes. Mais nous n'ignorons pas
(1) Ambassadps de la Boderie, 1750, tom. IV, p. 391, lettre à de l'uisiciix, du 1/j juillet IGOO. F^os paroles cit<-es se lisent ù la piigo û02 ; t't, à la i>afc'(' /jO.), nous rencontruns cette phrase : « Kt si la bonne « intention de Sa Majest»'^ n'a «'-té aussi bien reçue, comme elle en « étoit digne, le mérite ne laisso de lui en demeure:* envers Dieu et « envers la* hommes, et plus envers ledit roi qu'envers nul autre pour « le principal int<''rét qu'il y a. »
ni:: HENRI IV 387
qu'il savait allier ou cherchait à allier, dans la mesure de la licite, l'intérêt politique à l'intérêt religieux, et que tel était le sentiment inspirateur de ses actes comme la pensée dominante de sa diplomatie.
Au-dessous de la grande idée de procurer la conversion du roi d'Angleterre, il y avait la louable volonté de ménager au nj€>ins un rapprochement entre lui et le Saint-Siège, et le compatissant désir d'obtenir des adoucissements pour les catholiques de ce royaume ; et, quand on se verrait contraint de renoncer au premier dessein ou d'en dilTérer l'exécution, il fallait poursuivre les deux autres constamment et incessamment ; car, d'un côté, c'était préparer les voies à la conversion elle-même; et, de l'autre, c'était une question d'humanité qui, le plus souvent, venait se joindre à la question de foi ou • le liberté de conscience.
Si le rapprochement désirable ne put s'elfectuer, cela ne tint pas aux elforis de Henri IV qui agissait à Rome comme à Londres : à Rome pour atténuer le mauvais vouloir de l'Angleterre, à Londres pour faire ressortir le paternel empressement du Saint-Siège. Mais pendant que le Pape « donnait sa (( parole que, pour toutes les affaires. d'Angleterre, il ne se '( gouvernerait que par le seul conseil et entremise » du roi de France dont il « trouvait, en ce cas, la prudence plus grande « et l'alVeciion plus sincère que d'aucun autre prince (1),»
(1) Ainhasind. du card. du Perron, p. 393, lettre au roi, du 13 août 1G05.
.'{8H LA RKPUnLIOUE CHRÉTIENNE
Jacques 1*' ne cessait de nourrir des sentiments d'aversion et de défiance, en sorte qu'avant même la Co?ispiration des poudres, le roi de France avait assez de mal à détruire dans l'es- ]Mit de Sa Majesté britannique les fausses opinions qu'on lui inculquait, « les sinistres impressions» qu'elle conservait (1). Commencée sous Elisabeth, la noble intervention de Henri IV en faveur des catholiques se continua avec un zèle infatigable sous Jacques I". En 1605, le cardinal du Perron, écrivant au roi de France, résumait ainsi les paroles qu'il avait prononcées devant Paul V: « Me coulant aux affaires d'An - (( gleterre, je lui remis devant les yeux combien les Espagnols, « qui voulaient être tenus pour seuls protecteurs de la religion « catholique, en avoient eu peu de soin en leur paix avec les « Anglais, n'y ayant jamais fait aucune instance pour les ca- <( tholiques ; et combien peu ils en avaient encore niainte- « nant, les abandonnant et laissant en proie aux persécutions <i du roi d'Angleterre, sans s'interposer en aucune sorte pour Il eux; au lieu qu'au contraire Votre Majesté leur faisait de {( jour en jour tous les oflTices qu'il lui était possible et par ses (. lettres et par son ambassadeur (2) . «
(1) Amhrvutnd . , et p. '4OI, lettro au roi, du 7 septembre 1605.
(2) llml., p. 3'ï2. « Je voudrois, écrivait une fois Henri IV à son « ambassadeur, que ledit roy peut, dès à pn'isent, sans préjudicier à n ses affaires, donner quelque eonsolation aux bons catholiques de « ses royaumes, non toile qu'est celle dcuit ceux de contraire religion « jouissent en mon royaume, mais telle qu'ils eussent occasion de « demeurer en repos, mitux espérer de sa protection et bienveil-
Aprèsla terrible Conspiration, quand les catholiques se trouvaient sous le coup de lois dignes de l'empire romain. Henri IV chargeait son nouvel ambassadeur à Londres (1) de prendre prudemment, mais activement leur cause en main (2), Celui-ci devait respectueusement représenter au roi que la nécessité de punir ne devait pas aller jusqu'à la persécution, qu'il fallait frapper les coupables, inais se garder d'atteindre les innocents, que c'était justice dans le premier cas, tandis que c'eût été un crime dans le second, que, d'ailleurs, les lois cruelles ne servaient guère la pensée du législateur en courroux, car elles irritent plutôt qu'elles n'effraient, elles multiplient les périls redoutés au lieu de les éloigner (3).
Nous l'avons déjà remarqué, si l'humanité parlait au cœur de l'homme, la foi parlait aussi au cœur du chrétien : Henri IV voulait le progrès du catholicisme en Angleterre. Nous avons encore ici le témoignage du cardinal du Perron. Il s'agit du '( colonel Standlay » qui avait eu un entretien avec le roi de France et qui avait quitté Sa Majesté, écrivait le cardinal.
rt veillance... » (Lettre du roi à de Beaumont, du 15 août 1603, transcrite d'après le même ms. par le môme M. Mercier dé Lacombe [ouvrage ci'é, p. 492).
(1) Instruction à M. de la Boderie, allant ambassadeur ordinaire en Angleterre, tom. I des Ambussades de la Boderie, p. 1, Instruction portant la date du 15 avril 1606.
(2) Ibid., p. 22.
(3) IbiL, p. 2Zi : « De quoy tant s'en faut que l'usage des lois rigou- M reusos soit bastant et propre pour délivrer et garantir ceux qui les M font, qu'il allume et réchaufife tellement cette passion que souvent « ils convertissent en rage et désespoir les cogitations d'icelle. »
.{'.Ml LA HÉPLBLIOl'K CHHÉTIENNE
« si content et si satisfait de son zèle et de ses bonnes inte'.i- (1 lions pour l'avancement de la religion catholique en An^le- '( terre, qu'il croyait qu'elle seule procédait avec sincérité au <( fait de l'honneur de Dieu, et tous les autres par intérêt (Ij. » Nous pouvons citer un fait particulier à l'appui de ce témoignage (2). Depuis l'expulsion, par Elisabeth, du clergé demeuré fidèle, un seul ecclésiastique, avec le titre d'archiprètre, était chargé des intérêts catholiques dans la Grande-Bretagne. 11 y avait déjà plusieurs années que les jésuites entretenaient une mission dans ce pays. Or, il advint qu'un certain nombre de catholiques, ne voulant pas relever de l'archiprètre, parce qu'il se laissait, disait-on, gouverner par les jésuites, avaient déféré l'affaire à Rome. Le roi de France ne crut pas devoir se désintéresser de la grosse question : c'était là une division déplorable qui pouvait causer la ruine du catholicisme de l'autre côté du tfétroit. Il transmit son avis à Rome : scion lui, il fallait arriver à une réconciliation pure et simple entre les deux partis, et non point aggraver la situation par une sentence qui statuerait judiciairement et par là même, vu les circonstances, intempestivement. Le Saint-Père goûta fort cet avis. D'autre part, les ambassadeurs de France on Angleterre et à Venise, sans doute l'un, parce qu'il avait reçu des ordres, l'autre, pour entrer dans les vues de son maître, se préoccu-
{\) Amhaisad. du c.ird. du Perron, p. .'{7^.
(2) Joui., p. '402, ZiC'ô,. lettres au roi, du 7 scptemljre 1605, et à de l'resnc-Canaye, du 12 novembre de la même année.
m HENRI IV 193
paient de la chose, ménageaient ou cherchaient une solution pour le présent en même temps qu'an meilleur modus vivendi pour l'avenir. Sur ce modus vivoidi, suivant les lettres qu'ils avaient adressées au cardinal duPerVon, ils s'étaient trouvés d'accord en ceci : établir quelques évoques dans le royaume, car personne parmi les catholiques ne pourrait alors refuser l'obéissance. ou même la donner à regret. Du Perron communiqua l'idée au Pape qui opposa la réserve de Clément VIII : ce dernier n'avait jamais osé prendre une semblable décision dans la crainte de rendre encore plus grande la persécution. A cela le cardinal français répondit qu'on arriverait plutôt de cette sorte à la rendre moins ardente, parce que le nom d'évêque ne pouvait faire une mauvaise impression sur les Anglais qui l'avaient, au contraire, en estime, tandis que les hérétiques en général n'aimaient pas les jésuites. Il allégua une autre raison qui militait en faveur de cette idée : c'était l'impossibilité d'ordonner, dans la situation actuelle, des i)rêtres en Angleterre. De là, deux graves inconvénients, car la nécessité de passer sur le continent pour l'ordination était évidemment un obstacle au nombre des vocations ecclésiastiques, et pouvait rendre un peu suspects à leurs compatriotes ceux qui y avaient reçu lesacerdoce. 11 n'y avait (ju'uiie seule chose à signaler à l'encontre : les évèques protestants qui favorisaient en secret le catholicisme et conservaient l'espérance de se voir confirmer par Rome dans leur bénéfice, ne se prendraient-ils pas à ne plus rien attendre et à se donner entièrement à l'an-
392 LA ni:PLBUQUE CHRÉTIt:N^E
glicanisme? En signalant lui-même le péril, le cardinal avait soin d'indiquer le remède : on eût nommé seulement des évêques aux sièges dont les titulakes étaient mariés et, partant, dans un cas d'exclusion absolue. C'étaient de simples réflexions que se permettait le caidinal : il ne voulait pas insister davantage avant d'avoir connu les intentions du roi de France. Ce dernier donna son approbation au projet en lui-même ; mais il ne croyait [)as le moment venu de le mettre à exécution, et cela pour ces deux raisons : la première, c'est que, grâce à de nouveaux efforts, il était parvenu à réconcilier les partis; la seconde, c'est que les « conditions desdits catholi- « ques d'Angleterre n'étaient point encore en état que l'on y a put faire un tel changement sans péril de les empirer (1). » Si le conseil du roi était sage, son intervention avait été eûicace.
Henri IV ne bornait pas son zèle religieux à l'Angleterre. Nulle part, au contraire, il ne laissait échapper l'occa.sion de l'afiirmer.
Dans les Provinces-Unies, quand fut signée la Trêve d" Anvers, dans laquelle il devint impossible d'introduire uneclausi' en laveur des catholiques (2) , le roi do France chargea le pré-
(1) Ambassad., p. û35.
2) IVs le 6 novembre l<i07, le président Jcaniiin disait an roi dans une lettre : « 11 y a peu d'espérance qu'ils (les Etats) luy donnent «« (à Votre Majesté) en effet le contentement qu'elle désire pour le « rcsiablissement de la Ueligion Catlioli'|iie, dont toutefois nous ne « laisserons de faire remonstrance selon la charge fju'il luy a pieu
DE UENRl IV 39.'{
sident Jeannin, son ambassadeur, un des trois Tiégociateurs de la trêve, de solliciter des Etats au nom de l'amitié ce qu'il n'avait pu. obtenir au nom de la justice. « J'aurais aussi bien « agréable, lui écrivait-il (1), que vous, sieur Jeannin, fassiez « en mon nom aux dits sieurs les Etats, devant votre départ, « honnête recommandation en faveur des habitants catholin ques de leurs provinces, afin qu'ils puissent subsister et ré- « sider en icelles, sans être molestés ou forcés en leur cons- <( cience, et avec quelques repos et consolation. Je dois cela à « la religion de laquelle je fais profession et à la charité qui doi L « accoaipagner un roi très-chrétien tel que Dieu m'a consti- « tué. » Jeannin s'empressa d'obéir (2) et déploya dans ses remontrances aux Etats autant d'éloquence qu'il avait montré
" nous donner, soit après la paix, si elle se fait, ou bien avant... Il « est vray qu'il y faut procéder avec une telle circonspection qu'ils (' ne demeurent oflencez au lieu d'estre persuadez ; car c'est en cette «j conformité de Religion que l'Anglois essaye de prendre avantage « sur nous. » {Néyuci'dions, Paris 1656, p. 200.) Cette opposition de l'Angleterre qui se faisait djà sentir en 1(307, triompha en 1609.
(1) NéyuciuL, p. 659, lettre du 18 mai 1609.
(2) Il paraît même que c'est à lui que revient l'honneur d'avoir ouvert l'avis touchant les remontrances, car nous lisons dans sa lettre du 8 mai à Villcroy : « Les Catholiques sont plus rudement « traitez par deçà depuis trois mois qu'ils n'estoieni auparavant; il « est besoin d'en faire quelque sonnnaire remonstrance, non pour « espérer qu'ils restablissent maintenant l'exercice de la Religion Il Catholique, mais pour obtenir, s'il est possible, qu'ils ne soient M recherchés en leurs maisons, à quoy je procéderay avec tel respect « et modéraiioii, que si c'est sans fruit, je sçay bien que personne « n'en demeurera ollencé. » {Ihi'U, p. 6513.)
:i\)'i LA UKPUBLIQUE CHRÉTIENNE
d'habileté dans les précédentes négociations (1). Ce ne fut pas, non plus, sans résultat.
En Allemagne, s'il estimait nécessaire à sa politique que la dignité impériale sortît de la maison d'Autriche, il ne voulait pas que ce fût au détriment des intérêts catholiques. Selon lui, l'empereur devait professer la religion romaine : c'était même une clause des plans primitifs du grand roi (2). Aussi, lorsque, en prévision moins de la vacance du trône impérial que de l'élection probable du roi des Romains, plusieurs princes protestants se portaient candidats, se fit-il un devoir de les dissuader, ne leur laissant pas ignorer qu'ils ne pouvaient compter sur son concours; et il disait, en particulier, au sujet du roi de Danemark, un de ces prétendants-là et beau-frère du roi d'Angleterre qui le patronnait : « Etant ce prince decontraire religion. (( je ne pourrais honnêtement entreprendre sa promotion, (( parce que j'oflenserais le Pape et les autres princes cathoti liques (3). » 11 paraît même que, quelques années plus tard.
(1) Remonsirancc faite en l'As.<eml>lé(; des Estais généraux des Provinrev- U/iiei pur Monsieur Jeannin au nom du Roif, en faveur de^ Cathulù/m^ desdite.i Provinces, (Ibid., p, 672). « Si les Catholiques, disait-il, ont ■ été constants et fidelles durant la guerre, encore qu'ils fussent « privez lors de l'exercice de leur Ueligion, que no doit-on attendre « de leur zt''lc et dévotion à conserver la liberté de leur pays, quand « ils en jouiront et auront part à l'antliorité et aux honneurs que « cette union vous a acquis en commun... » (p. 673).
(2) Mémoire» de Sully, tom. Il, p. 337, û35.
(3) Lettres inissives, tom. VI, p. 532, lettre du 27 septembre J60'i, à M. de Ht-aumont, amb;issadeur en Angleterre. Dans cette lettre, le roi exposait ù son ambassadeur, afin que, les conununiquant à Jac-
DE UENRI IV 395
la pensée de Henri prévalut ou, du moins, était bien près de prévaloir chez les princes protestants, car il faisait promettre par ses ambassadeurs au duc de Bavière que, dans le cas où celui-ci voudrait se séparer de la maison d'Autriche, il serait « choisi pour être roi des Romains et ensuite empereur (1). » On ne l'a pas oublié, l'empire ottoman devait disparaître de l'Europe. Mais, en attendant, il fallait conserver avec lui les relations diplomaiiques, les rendre même plus intimes, si l'on voulait faire reconnaître l'antique patronage de la France sur les chrétiens d'Orient et consacrer, en même temps, la si précieuse liberté du commerce. Savary de Brèves fut envoyé dans ce double but à la cour de Constantinople. 11 n'y a que la question religieuse qui nous occupe ici. L'influence de i'a'iibassadeur français devint si considérable, qu'elle suffit à la protection des intérêts chrétiens (2). Un traité allait bientôt les sauve-
ques I", il lui fît abandonner cette candidature, les obstacles devant lesquels éclioueraiont nécessairement les prétentions du roi de Danemarck et de tons les princes protestants.
(1) Mémoires de Sully, ibid., p. 337. C'était dans les années 1608 et 1609, lorsque Henri IV faisait agir en Allemagne d'iiabiles diplomates qui « en rapportèrent tout contentement à la France. » [ihid., p. 338). Du reste, répétait-il au nonce, « si tous les princes d'Alle- « magne estoioiit d'accord pour faire empereur un protestant, je « l'empescherois. » (Matthieu, Hi^loire de Henri I V, p. 803.) Fontenay- Mareuil dit positivement dans ses Mémoires que les protestants se rendirent aux conseils de Henri IV et « luy quittèrent la place, comme le roy vnuioit. » (Collect. Micliaud, p. 9.)
(2) « Que de persécutions arrêtées! » — dit trèt-bien M. Mercier de Lacoral)e résumant la mission de Savary de Brèves — Que « d'institutions fondées et protégées I Plus de 1200 esclaves doivent à
3% LA RKPUBLIQUE CnRÉTIENNE
garder. Au mois de mai 1604, se signait dans la capitale de la Turquie la convention dont les clauses touchant la religion chrétienne portaient : « Nous commandons aussi que les sujets « dudit empereur de France et ceux des princes, ses amis, « alliés et confédérés puissent sous son aveu et protection li- « brement visiter les saints lieux de Jérusalem sans qu'il soit u fait ou donné aucun empêchement. De plus, pour l'honneur « d'icelui empereur, nous permettons que les religieux qui u demeurent en Jérusalem, Bethléem et autres lieux de notre M obéissance pour y servir les églises qui s'y trouvent d'an- « cienneté bâties, y puissent avec sûreté séjourner, aller et « venir, sans aucun trouble et desiourbier, et y soient bien « reçus et protégés, aidés et secourus (l). » Le baron de Salignac fut le digne continuateur de l'œuvre de Savary de
M Savary de Brèves leur lil^erté... Par lui les jésuites, en dépit des « résistances de l'Ancleterre, sont admis ù l'era. Une foule de rené- « srats, que la frayeur avait poussés sous le joug du Croissant, rassurés « inaintonant par la sollicitude de la France, rentrent dans le sein u de l'Eglise. La Palestine se relève de l'abandon oi'i Tiiifluence bri- M tannique l'avait laissée. En 1600, le sultan interdit tout à coup les <i pèlerinages aux Lieux-Saints ; il ordonne la transformation du (I saiiit-St'pulcre en mosquée et remprisonnement des Franciscains. « Brt;\es élève aussitôt ses réclamations : il menace le grand seigneur « d'une coalition des princes de l'Europe, à la tète desquels se a placera Henri IV... et les religieux demeurent libres avec le tom- « beau confié à leur garde, m {Henri IV et sa politique, nouvel, édit, p. 368.)
(1) Art. ÏV et V du Trnicté du Roif Henry le Grandet de l'Empereur dr$ Turcs faict par i'ciilroni'ie di- Momietir de Brrvc'<. Ce traité, « escrit environ le vingtiesme may mil six cent quatre, » se trouve ù la suite de la Relulion des voyages de Monsieur de Brèves.
Brèves qu'il remplaçait dans l'ambassadeide Constantinople, Ce fut, avec les mêmes sollicitudes, une fermeté d'autant plus grande qu'elle pouvait s'appuyer sur un traité récent. Pendant que le roi de France n'avait qu'à se féliciter de son ambassadeur, le Souverain-Pontife adressait, à plusieurs reprises, à ce dernier de sincères félicitations (1).
Un fait particulier des sollicitudes vraiment chrétiennes de Henri IV pour les Lieux-Saints.
Savary de Brèves avait, à la fin de son ambassade, sollicité la permission de visiter les lieux témoins du grand mystère de notre rédemption. En la lui accordant, le roi de France lui dit ; « J'aurai bien agréable que vous favorisiez autant qu'il « vous sera possible le repos et la sûreté du Saint- Sépulcre, « comme des religieux qui y résident et des pèlerins qu'y s'y vouent (2). A son retour en France, l'ambassadeur fit connaître le délabrement des églises du Saint-Sépulcre et de Bethléem. Le roi voulut remédier au mal. Il adressa aux archevêques et évêques du royaume une circulaire, a afin que '< tout ainsi que de notre part, disait-il, nous y voulons con- « tribuer, comme héritier du zèle, sang et couronne de
(1) Voir, Ambassades du card. du Perron, p. û56, US5, 530, 5^8, les lettres de ce dernier au baron de Sali;i,'nac. CVst le môme personnage dont il a été question à la page U5 de ce volume. Voir, Histoire généalogique et chronologique, par le P. Anselme, Paris 1726-1733, tom. Vif, p. 310. Mais c'est par erreur que, dans cet ouvrage, l'on assigne les années 1003-1603 à l'ambassade du baron.
(2) Lettres miiiivPù tom. VI, p. 260, lettre du 2'4 juin 1604.
398 LA RÉPUBLIQUE CnRÉTIKNME
«. Tîos prédécesseurs, nos sujets y fassent leurs aumônes, « comme issus de ceux qui y ont ci-devant apporté leur>5 Il vies et commodités. » Il paraît qu'on n'avait pas répondu à l'attente royale. De là , une seconde circulaire invitant les prélats à u députer et élire deux des plus pieux et « notables personnages de chacune paroisse de » leur « évê- « ché, pour aller faire quête es maisons particulières et « receuillir les aumônes des gens de bien. » Le cardinal du Perron, en sa qualité de grand-aumônier, eut ordre de joindre à la missive royale quelques paroles de recommandation. (( Sa Majesté... m'a commandé, disait-il, de vous faire ce « mot pour accompagner ses lettres et vous prier, comme je H fais, par tous les respects qui rendent cette cause considé- « rable, d'y vouloir apporter autant de soin et d'affection u qu'elle se promet de vous en l'exécution de sa volonté (1). » Encore une fois, nous ne voulons pas faire un apôtre de Henri IV. Nous nous sommes proposé seulement de montrer qu'il suivait une politique aussi catholique que possible, à son sens, car, tout en faisant des concessions aux exigences de l'époque, il ne perdait jamais de vue le catholicisme et savait élever la voix soit pour en défendre les intérêts ou en patronne^ la cause, soit pour intervenir en faveur de ceux qui le professaient. Tellt* est bien, d'ailleurs, la thèse que nous
(I) Amh'isindes, p. 672, 67.'{, lettre du roi du 29 f<^vrier — c'est assurément f-ir erreur qu'elle porte la date du '.9 avril — et lettre de du l'errou du \*' mars 1608.
DE OEXRI IV 399
avons posée et, à moins d'illusion de notre part, nous h. croyons à cette heure suffisamment étayée.
Ce n'est pas, certes, que nous prétendions que rien ne fasse ombre au tableau, que, dans l'ensemble de cette politique, tout s'allie harmonieusement , tout se développe avec un ordre parfait, tout se pousuive avec une ardeur constamment égale. Non. Oa peut remarquer çà et là, surtout en ce qui regarde les relations avec l'Angleterre et l'Allemagne, des hésitations, des tâtonnements, des temps d'arrêt, presque des mouvements de retraite. Mais était-ce le fait de la volonté royale ou bien celui de causes plus fortes qu'elle? Dans la politique extérieure, n'est-ce pas la marche qui s'impose souvent et fatalement? Là, la persévérance dans la poursuite d'un but à atteindre ne doit-elle pas savoir s'allier avec la sagesse à apporter dans le choix et l'emploi des moyens, avec une véritable science stratégique qui commande tantôt un mouvement hardi, tantôt une marche dissimulée, ici la plus grande réserve dans les coups à porter, là un lléchiasement calculé, parfois même une sorie d'abandon de la place assiégée pour revenir à l'assaut avec de nouvelles forces et en temps plus opportun?
D'ailleurs, le jugement que nous avons porté sur Henri IV, nous paraît être celui de deux illustres contemporains, que leur qualité d'étrangers, leur haute situation, la vérité et l'ampleur de leurs renseignements, la rectitude de leur esprit comme leur habileté dans le maniement des affaires mettaient parfaitement à même de formuler une appréciation saine et
40() LA RÉrUBUQLE CDRÉTIENNE
impartiale. Nous venons de désigner saint François de Sales elle Pape Paul V. Le premier écrivait quelques jours après l'horrible attentat : « Au demeurant, le plus grand honneur « de ce grand roi défunt lut celui par lequel se rendant enfant « de l'Eglise, il se rendit père delà France; se rendant brebis • du grand pasteur, il se rendit pasteur de tant de peuples; « en convertissant son cœur à Dieu, il convertit celui de tous « les bons catholiquos à soi (1). » Le second, ayant appris la fatale nouvelle, disait avec larmes à l'ambassadeur français, le même Savary de Brèves qui quelque teuips après son retour d'Orient avait été envoyé à Rome : u Ha ! mon ami, H vous avez perdu votre roi et votre bon maître ; et moi, j'ai « perdu mon fils aîné, prince grand, magnanime, sage et « incomparable, vrai fils de l'Eglise, aflectionné à ce Saint- « Siège (2).»
Enfin notre double thèse va recevoir un dernier confirmatuTy si nous ajoutons quelques mots sur les déférences de Henri IV pour le Saint-Siège, sur l'attachement qu'il lui
(1) Œuvres complclcù Paris 1839, tom. 1I[, Lettres, lettr. DCCLXII. i Dfcshayes, maître d'hùtel du roi, p. 636. Il disait encore dans cett«^ même lettre: « Il semblait bien qu'une si grande vie ne devait finir « que sur les dépouiller du Levant apn'-s une finale ruine de l'hérésie • et du turkisiiie » (ibid.).
('2) Hf'iistn'Juiirnal de Louii Xlll, p. 61^. Nous avons vu combien de membres émincnts du .«-acre- collège étaient sincèrement attachés au roi de France. Nous rappellerons, en particulier, le célèbre Karoniusquilui dédia même un de ses ouvrages. (Lf//r«d'Ossat, tom. II. p. 31!i. et fin du même tome, p. 17.) \.n eût-il été ainsi, si on n'avait lias cru Henri IV .sincèrement attaché lui-même à l'Eglise catholique?
vouait, sur le désir par lui formé d'en accroître temporellement la grandeur et la puissance.
Nous disons : quelques mots seulement ; car ces trois assertions sont déjà suffisamment appuyées par ce que nous avons été à même de constater dans les pages précédentes. Cependant consignons ici ce que les circonstances ou l'ordre logique de la narration ne nous ont pas encore permis d'écrire : la vérité historique n'en saurait que briller davantage.
Nous l'avons vu, ce fut sous l'influence de Clément VIII que se conclut le traité de Vervins. Ce fut encore sous la même influence que, trois ans plus tard, la France signa la paix avec la Savoie. Le Pape, voulant intervenir dans la guerre entre ces deux puissances, «afin que tout le monde vît qu'il n'omettait rien de ce qu'il pouvait faire pour éteindre ce feu avant qu'il s'embrasât davantage (1), » nomma le cardinal Aldobrandin légat en France. Les négociations commencèrent aussitôt après l'arrivée de ce dernier. Sur le point d'être rompues par la démolition du fort de Sainte-Catherine que Henri IV avait promise aux Genevois, la sage insistance du légat, d'un côté, et, de l'autre, la bonne volonté du rot secon-
(l) Lettres d'Ossat, lett. CCXLIV, à Villeroy, du 1/j octobre 1600. Voir aussi Avis du cardinal (TOssat sur la guerre de Savoie. (Ibid.^ tom. II, p. 211.)