LA RKPCBLIOUE CHRÉTIENNE
dée par l'habileté de Sully (t) permirent de les renouer pour aboutir au traité de Sion (17 janvier 1601), lequel, en échange du marquisat de Saluées, donnait à la France la Bresse, la Bugey, le Valromey et le pays de Gex. Le roi était donc fondé à faire remonter jusqu'au Saint-Père la conclusion delà paix (2).
(1) Sully nous raconte comment l'on a pu arrivera la conclusion de la paix. Tout semblait rompu et des ordres de df'ipart avaient été donnés. « Sire, dit Sull^', trouveriez-vous mauvais que j'allasse dire « adieu ;iu égat? — Non... Vous feriez bien, car il vous aime et vous « estime fort. — S'il me parle... de la paix, que vous plaii-il que je « re.«poi]do? — V'us savez mes affaires et ma volonté aussi bien que u niui;... f;iitrs ce que vous jugerez plus à propos >; La visite se fit Comme Sully p;iraissait avoir ses liabits de voy;igc, le légat lui demanda où il allait, et il reçut cette réponse : « Je m en vais à Paris faire venir « de l'argt'iit et de.s munitions pour passer les monts et aller enltalic, et « c'est à ce coup qu'en bonne compagnie j'irai baiser les |)ieds du a Pape; mais je n'ai voulu partir sans venir prendre congé de vous « et vous asseurer de mon très-humble service, et prier de dire au « Pape que je suis son très humble serviteur. — Comment, respondit « monsieur le légat, en Italie! Ilo! monsieur, il ne faut pas cela; «je \ous pri'% aidez-moi à renouer cette paix; car il la faut faire à ■ quelque prix que ce soit. — Je le veux;... mais vous savez bien « que je ne suis trompeur ni dissimulé; panant il me faut dire li- « brement sur quels articles la paix a été accrochée et ce que vous a pouv« z faire; car de ma part je vous diray frauchomeat mon opi - « nion touchant ce que le Roy pourra contester ou concéder. » La conversation s'engagea sur les points litigieux: et, quand on fut tombé d accord, le légat ajouta vivement: h Je vous prie, mettons « une fin à ce bofi œuvre, vous et moi, et allez trouver le Roy pour « le dispo.ser à tro'iver bon ce que nous avons projette. — Je m'y eu « vais, reptii Sully, et vous asseure de rapporter une confirmation « du total — ... fié quoy, dit le roi en apercevant son niinistre, vous « voilà eiicor; ne parlez-vous point? — Je crois (|iie nou, .Sire,... car « il y a d'antres nouvelles; la paix est renouée, si vous le voulez, n .^près le compte-rendu de l'entretien, le roi s'empressa de donner 80n as.senlim«'nt. [Mémoires^ tora. I, p. 3/i7.)
(2) Li7//ei d'Ussat, fiii du tom II, p. 11. Il s'agissait d'un courrier
Voilà une nouvelle preuve de la déférence dont nous parlons.
Quant à l'attachement, nous nous bornerons à transcrire les propres paroles de Henri IV, paroles qu'un ancien historien nous a conservées : elles sont assez explicites. L'ambassadeur de Venise, dans le temps des démêlés de cette république avec le Saint-Siège, insistant près de Henri pour obtenir l'appui du monaniue, reçut de ce dernier cette réponse : « L'al- « liance de l'Eglise dont je suis le fils aîné m'est plus précieuse « et plus étroite que toutes les autres. Personne ne voudra (( quitter Rome pour Venise ni Saint-Pierre pour Saint-Marc, t( et moi moins que tous, de qui les prédécesseurs ont passé « les Alpes tant de fois pour secourir les papes (1). »
Enfin, Henri IV ne se contentait pas d'un accroissement de territoire pour le Siint-Siége, et même d'un accroissement si considérable que le Pape fût devenu « le plus puissant et ample dominateur terrien de la chrétienté (2); » il voulait encore en faire garantir l'inaliénabililé par les Etats de la république chrétienne. « Quant au Pape — lisons-nous encore dans les Bcànomies royales — à l'ancien domaine ecclésiastique au t( quel il a été ajouté, comme il a été dit ailleurs, le royaume «( de Naples et ses dépendances, il semble nécessaire de faire
qui avait été expédié à Clément VFII pour lui porter le premier avis de la w conclusion et signature des articles du Traité qu'il a fait, disait Henri i^, entre moi et le duc de Savoie, n
(1) Matthieu. Hi^iuirc de Henry IV, p. lui.
(•J) Méinuiien de Sully, tom. Il, p. 507.
i(»V LA RÉPUBLIQUE CHnÉTIEÎfNE
« l'union de tous ses Etats par de si bonnes et authentiques for- « mes, qu'ils soient à perpétuité du patrimoine de saint Pierre « et domaine de l'Eglise, sans en pouvoir jamais plus être sé- « parés par inféodation ou autres voies que ce puisse être (1). »
Mais, en attendant ce splendide avenir, Henri IV savait prendre en main les droits actuels des Etats pontificaux.
En 1597, le duc de Ferrare, Alphonse II, était décédé sans enfants. Ce duché, fief du Saint-Siège, devait, de par les lois féodales, lui faire retour. Le dernier duc, il est vrai, avait, de son vivant, sollicité l'investiture pour son cousin Dom César. Mais Rome s'y était refusée (2). Malgré cela, Dom César prit le titre de duc et s'attribua le gouvernement de Ferrare. Rome, ayant épuisé les autres moyens, décida de revendiquer par les armes son droit méconnu. Le cardinal d'Ossat en écrivit au roi de France qui, à son tour, lui demanda des renseignements sur ces trois points : la possibilité de mettre pacifiquement un terme au conflit; les dispositions des princes d'Italie; la raison d'une intervention armée de la France. Après avoir répondu sur le premier point qu'il n'y a de solution pacifique que dans la seule retraite de Dom César, le cardinal peint ainsi les mutuelles défiances des Etats de la péninsule et leur peu de sympathie pour la cause actuelle de !a papauté : « Cette « jalousie et envie possèdent principalement les princes
(1) Mémoires de Sull}', p. 'Mxb.
(2) L«/<res d'Ossat, au commencement du tom. I'', p. 66 : lettre XVIII à la reine Louise.
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« (l'Italie, et surtout la plupart ne voudraient point que le Pape (1 s'agrandit plus au temporel ; et disent qu'il est souverain « au spirituel par toute la chrétienté, et que par le moyen * de la puissance spirituelle et des censures ecclésiastiques, « avec son étole seulement, sans autres armes temporelles, il H a rangé autrefois de très-grands princes et empereurs plu6 « puissants que ne sont à présent tous les princes d'Italie en- « semble ; et craignent que si à la souveraine puissance spiri- <( tuelle, qu'ils disent être déjà formidable, s'adjoint une « insigne puissance temporelle, comme il se pourra faire avec '( le temps par le moyen de tant de reversions de fiefs..., il ne « puissent plus résister au Pape, quand il se voudra prendre u à eux [i). » L'Espagne qui a tant de possessions dans la péninsule, « craint particulièrement la grandeur temporelle « du Pape qui sur tous autres peut moyenner son abaissement « et la liberté d'Italie (2). » Enfin, disait d'Ossat, une intervention armée u renouvellera en la personne de Votre Majesté « les beaux exemples et la gloire des anciens rois de France « qui jadis employèrent leurs armes et leurs puissance, non à (( l'oppression des autres princes et des pauvres peuples, « comme font aujourd'hui les Espagnols; mais à la protection u de la justice près et loin, et particulièrement à la défense et «amplification du Saint-Siège (3). » En cet état de choses,
(1) Letirijs d'Ossat, lett. CXXIll, au roi, du 20 décembre 1597.
(2) Ibid.
(3) Jbid.