LA RÉPUBLIQUE CHRÉTIENNE
malgré les craintes que pouvait inspirer l'avenir, Henri IV n'hésita pas : et, en faisant expliquer un peu plus tard sa conduite au grand-duc de Toscane, il déclarait en avoir agi de la sorte, « tant pour la justice de la cause du Saint-Siège que «tout prince chrétien est tenu de favoriser, que pour l'obli- (( gatiou particulière » qu'il avait « à la personne de Sa Sainte teté (1). » Le délaissement de Dom César, d'un côté, et, de l'autre, son peu d'expérience de la guerre firent déposer promptement les armes à l'usurpateur. L'engagement du roi de France demeura donc à l'état de simple promesse ; mais personne ne douta qu'il n'eût exerc<j une inûuence décisive sur la bonne issue du conflit. Voilà pourquoi d'Ossat disait de Henri IV : ail est loué et béni pai* toute cette cour et par tout le «peuple qui lui attribue une grande partie du recouvrement « que le Sainl-Siége a fait d'un si grand et si principal « membre (2) . »
Que le lecteur veuille bien le remarquer, Henri IV inaugurait ainsi, après sa rentrée dans le sein de l'Eglise, la mission que nous avons rappelée précédemment (3), cette mission qui lui revenait en sa qualité de roi très-chrétien et de successeur de Pépin et de Charlemagne (4), cette raiss-on glorieuse que n'avaient pas toujours parfaitement connue ses prédécesseurs
(1) Lettres d'Ossat, toiu. 1", p. 525 : Instruction envoyée à Monsieur d'O^sut parle roi, le l'I février 1598.
(2) llnd.. Lettre CXXV, à Villeroy, du 2i janvi.-r 15'>8.
(3) Voir fin du Couflit entre Venise et Home, p. 'ioU, 3û(» decevolume. (û) D'Ossat, dans ses éclaircissements au roi, rappLlait queFerrare
sur le trône de France. N'était-ce donc pas la force de la vérité autant que le sentiment de la reconnaissance qui inspirait à Paul V, sous le coup de la douleur, ces paroles qui font suite à celles déjà citées : « Nous nous devons tous i-essentir « de cette cruelle mort ; Votre France plus ira avant, et plus « en sentira la perte ; il n'y aura coin de terre qui ne pleure u ce grand monarque, et de moi qui ai cet honneur de porter le « titre de chef de l'Eglise, je veux par un privilège singulier « en honorer la mémoire au-dessus de tous les rois qui l'ont « précédé (1). » En effet, il ne se borna pas à faire célébrer solennellement en sa chapelle un service religieux pour le royal défunt; mais il voulut, ce qui n'était pas l'usage, y assister ainsi qu'à l'oraison funèbre qui (2), par son ordre, y fut prononcée.
faisait partie de la donation de Pépin au Saint-Siège; « laquelle « donation, continuait-il, faite par Pépin, fut depuis confirmée par « Charlemagne, son fils, étant à Rome en Tan 773. et depuis par le <( roi Louis le-l)ébonnaire, fils de Charlemagne, en l'un 817. De façon « qu'en prêtant secours au Pape pour Ferrare, Votre Majesté aura « conservé et recouvré au Saint-Siège le bien que vos prédécesseurs « lui ont fait autrefois. » {Lttlrcs d'Ossat, lottr. CXXlil.)
(1) Beijisire-Juiirfi'il de Louis XIII, p. 61 ù.
(2) Ihid: « Ce qui n'a jamais esté remarqué en pape quelconque; « car encore que quelquefois, mais bien rarement, ils se soient « trouvés aux obsèques, jamais pourtant à oraison funèbre qui se fist « en icelles; et disoit-on à liomme que cestuici estoit le premier. »